Mes grands-parents maternels : André MURAT né BROUET (1905-1970) et Yvonne GOURDON (1909-1967)                                    SOSA 6 et 7

Page mise à jour en 2018, 2019 et  juin 2020.

Page réorganisée et mise à jour en décembre 2020.

Introduction

L'arbre généalogique de Lucienne MURAT (ma mère) avec ses parents, grands-parents et arrière-grands-parents connus.

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Ma mère, Lucienne MURAT (au centre de l'arbre généalogique, âgée d'une vingtaine d'années), est née en 1943, avant-dernière d'une famille qui comptait déjà 8 enfants vivants : Guy (1926), Christian (1929), Gisèle (1930), Henri (1933), Roger (1935), Maurice (1936), Huguette (1937) et Ginette (1941). Après ma mère vient, tardivement, une dernière fille, Rosine (1951). 

Mes grands parents sont d'une part André MURAT, fils naturel de Noélie BROUET mais reconnu par son beau-père, Louis MURAT et d'autres part Yvonne GOURDON, fille de Marcel GOURDON et de Julie PERRIAT.

Introduction

Il ne m'est pas facile de parler de ma famille maternelle. Tout d'abord parce que je n'ai connu aucun de mes grands-parents. Yvonne GOURDON, ma grand-mère, est décédée d'une chute trop lentement prise en compte à 57 ans. Il faut dire que la vie ne l'avait pas ménagée : plus de 10 enfants, avec des décès bien trop précoces et des naissances sans doute trop tardives (au moins la dernière) l'ont sans doute usée avant l'âge. On n'en parlait pas forcément comme cela à l'époque mais elle a du faire une dépression les dernières années de sa vie, sur fond de jalousie, ce qui n'a pas du aider à long terme.

André MURAT n'a pas eu non plus une vie facile : sans père (même si il fut reconnu plus tard par le mari de sa mère), il a multiplié les emplois : cimentier, vendeur à la charrette, transporteur, veilleur de nuit... Il y eu les années de guerre avec neuf enfants à nourrir. Et finalement il se retrouve veuf, avec encore une jeune fille (la seule née après-guerre, la dixième) à sa charge. Il est mort d'un ulcère à l'estomac qu'il n'a jamais pris le temps de faire soigner et qui s'est transformé en cancer. Il avait 65 ans. 

Sans souvenir d'eux, je ne les connais qu'à travers quelques trop rares photos et les récits de ma mère, Lucienne MURAT, l'avant-dernière de la famille. Mais les souvenirs sont facilement déformés par le temps et elle écoutait sans parler ce que disaient ses parents et ses grands frères. Difficile parfois de faire la différence entre les faits, les émotions, les on-dit. Cependant, ma mère se souvient d'une enfance pauvre mais heureuse, où le terrain de jeu était la rue et où le territoire se limitait au quartier. On dînait de café au lait à la chicorée, on achetait "au carnet" et on réglait les commerçants en fin de semaine. Et la maison était tout le temps pleine, avec les derniers nés, les frères plus âgés qui avaient du mal à quitter le domicile parental, les belles-sœurs présentes aussi par voie de conséquence, la "petite grand-mère" (Julie PERRIAT) qui accusait André, son gendre, de tenter de l'empoisonner (et qui voyait des "yeux" dans son bouillon ! En fait, des ronds de gras...) et qui finit en maison de retraite... Tout un petit monde et des milliers d'anecdotes.

 

La photo : Yvonne GOURDON et André MURAT avec leur dernière fille, Rosine. Ils sont avec deux de leurs petits enfants, Fabienne (la plus grande) et Patricia (la plus jeune au premier rang). Leur papa est Maurice MURAT et leur maman, Jeanine OULIÉ. On est au milieu des années 1960,  (sans doute  1965).

1. Naissance et enfance d'André BROUET-MURAT et d'Yvonne GOURDON

1.1. André BROUET-MURAT (1905-1970)

1.1.1. André BROUET, fils naturel de Noélie "Madeleine" BROUET

Extrait de l'acte de naissance d'André BROUET et acte de reconnaissance d'André BROUET par sa mère 

Source : Archives Bordeaux Métropole

André MURAT est en fait né André BROUET.

Il a vu le jour à 15h le 28 décembre 1905 et sa naissance est déclarée le lendemain après-midi par la sage-femme. Il est né à domicile, comme cela se faisait à l'époque au 34 rue Mazagran à Bordeaux. Il est de "père non nommé".

Pour la mère, cela semblait plus compliqué...

En effet, la mère désignée par la sage-femme est Madeleine BROUET, 19 ans, journalière. Mais le 10 janvier 1906, c'est Noélie BROUET, 18 ans, habitant au même domicile qui reconnait l'enfant. J'ai longtemps cru qu'il s'agissait de deux personnes différentes, deux sœurs : une même adresse, certes, mais deux prénoms et des âges différents.

En fait, il s'agit de la même personne : en fait, Noélie n'était pas appelée par son prénom de l'état civil mais par celui de Madeleine.

1.1.2. Quelques mots sur les parents d'André BROUET-MURAT

Je ne vais pas trop m'étendre sur le sujet puisque les parents d'André sont l'objet d'une page spécifique. Mais faisons un point sur leur situation au moment de la naissance de mon grand-père maternel.

Noélie BROUET a 18 ans à la naissance de son fils André. L'année précédente, elle avait déjà eu un enfant naturel, prénommé Henri (en 1904) qui ne vit pas une journée entière. Pour la naissance d'Henri, c'est également une sage-femme qui déclare la naissance et qui utilise le prénom de Madeleine. Cela confirme encore une fois que Noélie n'utilise donc pas au quotidien son prénom de l'état civil. Le fait m'a été confirmé par Claude MURAT, petit fils de Noélie (enfant du fils cadet de Noélie, Roger MURAT, dit le "grand" Roger) ; proche de sa grand-mère, il ne l'a toujours connu que sous le nom de Madeleine.

André BROUET est reconnu par Louis MURAT en 1914. Il a huit ans. 

Extrait de la reconnaissance par Louis MURAT d'André BROUET, qui devient donc André MURAT.

Source : Archives Bordeaux Métropole.

Louis MURAT est un ancien militaire (un engagé volontaire) qui a 31 ans en 1914. Il est manœuvre quand il déclare reconnaître André BROUET comme son fils. Nous sommes le 21 août. Visiblement, Louis MURAT et Noélie BROUET sont en couple sans être mariés. C'est sans doute la mobilisation générale du 1er août 1914, et le risque inhérent de perdre la vie dans le conflit, qui décide Louis MURAT a reconnaître André comme son fils. Ce n'est qu'une hypothèse, certes, mais qui découle d'une certaine logique. 

Louis MURAT part à la guerre et est réformé en octobre 1915. En juillet, il a épousé Noélie. Ils habitent déjà ensemble, au 21 rue Lavaud, avec la mère de Noélie, Marie BROUET. On peut légitimement supposer qu'André, qui a 9 ans, habite avec sa mère, sa grand-mère et son père adoptif.

En mars 1919, André, qui a 14 ans, a un petit frère : Roger. D'après ce que j'ai entendu dire, André a toujours eu beaucoup d'affection pour son jeune frère. Ils n'ont sans doute pas du jouer beaucoup ensemble, vu la différence d'âge qui les sépare. Peut-être cette affection est-elle renforcée par la mort précoce de Louis MURAT en 1922 ? Il avait 38 ans. 

André a désormais 17 ans et son jeune frère 3. Cela a du être un coup dur pour Noélie qui semblait très amoureuse de son mari et qui, à priori, portera son deuil toute sa vie. Elle est encore jeune : 34 ans. Mais désormais, elle s'habille en noir. Comme son père, sa mère et d'autres membres de sa famille, elle est caissière (non pas au sens moderne du terme, mais comme ouvrière dans une atelier qui fabrique des caisses en bois).

1.1.3. Qui est le vrai père d'André BROUET ?

Question un peu insoluble à vrai dire.

Ce que je vais écrire maintenant est lié à la "légende familiale" et ne présente donc aucune garantie d'exactitude et de véracité. Il s'agit des souvenirs de ma mère concernant des propos de son frère Henri et de sa belle-sœur Raymonde (de son vrai nom Anne GESTAS épouse de Guy MURAT, frère aîné de ma mère).

Le vrai père d'André serait un dénommé TAILLADE, surnommé le "chanteur des Capucins". Je n'ai trouvé aucune information sur ce "chanteur" des rues dans les ouvrages que j'ai pu consulter sur l'histoire des Capucins, le "ventre de Bordeaux" jusqu'à la création du marché de Brienne en 1963. Et TAILLADE est un patronyme assez courant dans le Sud-Ouest (sous sa variante TAILLADE ou LATAILLADE). 

D'un point de vue géographique, cette hypothèse n'est pas dénuée de fondement. Noélie BROUET habitait rue Mazagran, dans le quartier de la gare, près du cours de l'Yser et donc à proximité des "Capus". Mais c'est le seul aspect vérifiable.

Pour plus de certitude, il faudrait identifier ce TAILLADE, trouver ces descendants et procéder à un test ADN ! Autant dire que ce n'est pas pour demain !

1.1.3. André BROUET-MURAT au service militaire

Je n'ai aucun renseignement précis concernant l'enfance de mon grand-père. Il semblerait qu'il n'était pas trop aimé par sa mère. Quand arrête-t-il l'école ? Sans doute tôt comme cela se faisait dans les classes sociales pauvres à cette époque. Mes parents ont, tous les deux, travaillé dès 14 ans. 

Donc, André a 20 ans le 12 mai 1926 quand il est incorporé pour son service militaire. Un service militaire relativement bref (un peu plus d'un an) car il est soutien de famille : souvenons-nous que sa mère, Noélie, est veuve, et que son jeune frère, Roger, a seulement 7 ans. Et, pour couronner le tout, si André n'est pas encore papa, il a mis une jeune fille enceinte, une jeune fille dénommée Yvonne GOURDON, qui accouche en octobre 1926 d'un enfant prénommé André Guy.

André mesure 1,57 m et il est cimentier. Il habite rue Francin, au n°8. Son niveau d'instruction est évalué à 2. Il manque sa description physique : les champs du sa fiche matricule n'ont pas été remplis.

Il est affecté au 107e régiment d'infanterie, qui est en garnison à Angoulême. Il passe caporal le 16 novembre 1926. Il est renvoyé dans ses foyers le 10 novembre 1927 avec un certificat de bonne conduite.

Dans le contexte de la Deuxième Guerre mondiale, il est rappelé le 29 octobre 1939 mais dispensé des obligations militaire le 16 septembre car père de sept enfants.

En effet,  André est un papa très prolifique. Mais nous verrons ça après le mariage.

1.2. Yvonne GOURDON (1909-1967)

1.2.1. La naissance d'Yvonne GOURDON

Yvonne GOURDON voit le jour le 6 mai 1909, à Bordeaux, comme André BROUET-MURAT, son futur mari ; et comme André, dans le quartier de la gare ou pas loin. Elle naît à domicile, au 59, rue Carpenteyre. C'est une rue située dans le quartier Saint-Michel, parallèle aux quais (ici, c'est le quai de la Monnaie). C'est un immeuble de trois étages  et, comme beaucoup d'immeubles de Bordeaux situés à proximité des quais, le rez-de-chaussée se compose d'un hangar.

Jusqu'au XVIIIe siècle, il y avait une ségrégation sociale par étage : plus on montait, plus on était pauvre. Et comme les traditions ont la vie dure, il est possible que la famille GOURDON habite au troisième étage de l'immeuble.

La mère d'Yvonne GOURDON (ma grand-mère maternelle) s'appelait Julie PERRIAT. Née en 1871 à Orthez, dans les Basses-Pyrénées, elle épouse en 1889 Marcel GOURDON qui, lui, est né en Charente-Inférieure, dans la commune de Biron, en 1863. En 1909, il est employé de chai et elle est journalière. Ils ont respectivement 37 et 45 ans au moment de la naissance de leur fille Yvonne.

 

Extrait de l'acte de naissance d'Yonne GOURDON

Source : Archives Bordeaux Métropole

Yvonne est la petite dernière d'une famille qui comptait déjà trois enfants :

 

Léon André GOURDON est né le 1er juillet 1891 ; 

Joseph Roger GOURDON, né 3 ans plus tard, le 6 janvier 1894 ;  

- Clothilde GOURDON voit le jour à Bordeaux, comme ses deux grands frères en 1902, 

1.2.2. Yvonne, orpheline de père

 Le sort va s'acharner assez rapidement sur la famille GOURDON-PERRIAT : Marcel, le père, trouve la mort en 1910 ; Yvonne a à peine dépassé sa première année. Elle n'a en fait jamais connu son père. En 1912, Léon, le frère aîné d'Yvonne décède à l'hôpital Saint-André ; il avait 21 ans. Joseph est mobilisé en 1914. Il a 21 ans quand il meurt en 1915 à Le Mesnil-lès-Hurlus.

En cinq ans, Julie PERRIAT a perdu son mari et ses deux jeunes fils. Elle est veuve et doit élever ses deux filles qui, en 1915, ont respectivement 13 ans pour Clothilde et 6 pour Yvonne. Autant dire que la vie ne va pas être facile.

1.2.3. Une enfance pauvre

Je ne sais pas grand-chose, voire rien, de l'enfance d'Yvonne GOURDON, ma grand-mère. La seule anecdote qui m'est parvenu, racontée par ma mère, c'est qu'Yvonne, enfant, était envoyée par sa mère au marché des Capucins pour récupérer les légumes invendus et laissés sur place après le marché par les vendeurs. Sa maman, Julie PERRIAT, était journalière au moment de la naissance d'Yvonne. A-t-elle pu garder son emploi ? Dans quel domaine travaillait-elle ? Difficile de le savoir. Il faudrait que je puisse consulter les recensements de Bordeaux de 1921, 1926 et 1931 pour le savoir. 

Ma grand-mère Yvonne a du travailler assez tôt comme cela se faisait dans les familles modestes à l'époque. Je n'ai guère d'informations si ce n'est qu'elle a exercé le métier de souffleuse de verre dans la verrerie Domec à Bordeaux. Avait-elle déjà rencontré André MURAT ? Toujours est-il qu'un jour, agacée par les remarques régulières (le harcèlement ?) d'un collègue, elle lui aurait balancé dessus sa lourde canne de souffleuse. Mais elle l'a raté. Et c'est peut-être mieux vu que la canne est en fer forgé et semble assez lourde ( à priori un bon kg pour 1,60m de long).

📖
      La verrerie Domec

 

Sources : 

- Marie Kabouche, « Verrerie Domec », Inventaire général du patrimoine culturel, Conseil Régional d'Aquitaine, 1995. (Consulté le 24 décembre 2020)

- Article Saint-Jean-Belcier, Wikiwand (Consulté le 24 décembre 2020).

- L'entreprise Domec se situait dans le quartier Belcier, le quartier "derrière la gare" ; le quartier "devant la gare", c'est le quartier Saint-Jean. 

C'est en 1912 que Pierre-Adolphe Domec, issu d'une famille de verriers lorrains, fonde une verrerie à Bordeaux, rue Eugène Delacroix. Il rachète une verrerie dans les années 1930 pour élargir ses productions. L'usine est importante : 225 m de long sur 100 m de large.

"La production d'origine est d'abord orientée vers la verrerie fine (verres de lampe, gobeleterie et flaconnage décoré), puis évolue vers la verrerie de fantaisie et objets de laboratoire. Elle se spécialise ensuite dans les bouteilles isolantes réalisées avec verre et enveloppe plastique". 

La production est stoppée pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle reprend après-guerre. L'usine ferme ses portes en 1992. Aujourd'hui, le bâtiment n'existe plus.

Le quartier Belcier s'est industrialisé avec le développement du chemin de fer au XIXe siècle et la construction de la gare Saint-Jean en 1855 (la gare du Midi à l'époque). Il s'urbanise, accueille des ruraux qui viennent travailler en ville en grand nombre, souvent dans des habitats insalubres. C'est un quartier qui a longtemps (et sans doute encore aujourd'hui) eu mauvaise réputation, en raison de la prostitution qui, parait-il, y sévissait.

1.2.3.4. Yvonne, "fille-mère"

Très rigoureux avec sa progéniture féminine sur la question des sorties, des garçons, des fréquentations, André MURAT n'a pourtant pas été irréprochable dans sa jeunesse. En effet, en octobre 1926, la jeune Yvonne GOURDON, 17 ans, accouche d'un enfant naturel, André Guy, dont il est le père. Il a 20 ans et il est en train de faire son service militaire à la naissance d'André.

Yvonne et André se sont-ils rencontrés ? Cela fait partie des informations que je ne pourrais pas retrouver.

Acte de naissance d'André Guy GOURDON

Source : Etat civil de Bordeaux

Mon oncle Guy MURAT est donc né André Guy GOURDON le 26 octobre 1926. Son acte de naissance indique qu'il est né rue de Canolle, c'est-à-dire l'adresse de l'hôpital Pellegrin où se situe, entre autre, une maternité. Mon père y naîtra 10 ans plus tard. 

Yvonne GOURDON est donc, d'après les indications données par l'acte de naissance, journalière, sans plus de précision. Elle habite (sans doute avec sa mère, Julie PERRIAT) au 9, rue Porte de la Monnaie. C'est une rue qui se situe dans le quartier Saint-Michel ; elle est perpendiculaire à la rue Carpenteyre où Yvonne est née et où a vécu sa famille de nombreuses années. C'est également proche du marché des Capucins. Et pas trop loin du quartier de la gare où elle et son mari vivront avec leurs dix enfants. Aujourd'hui, l'immeuble de deux étages situé au 9, rue de la Monnaie a été restauré, la façade ravalée, mais il devait en être autrement en 1926. La déclaration de la naissance ayant été faite par une infirmière de la maternité (Marie BOHET, âgée de 60 ans), il est nécessaire pour Yvonne de se déplacer pour reconnaître son enfant. C'est chose faire un mois plus tard, le 30 novembre 1926. Il faut attendre deux ans pour qu'André MURAT reconnaisse son fils André Guy GOURDON, le 26 mars 1928.

Quelques remarques sur les rues de Bordeaux

Nous avons cité plusieurs rues de Bordeaux où sont nés André BROUET (34, rue Mazagran), Yvonne GOURDON (59 rue Carpenteyre, où meurt Marcel GOURDON son père). La famille GOURDON-PERRIAT habite, en 1912, au moment du décès de Léon GOURDON et en 1914 lorsque Marcel est appel sous les drapeaux, au 13 rue du Puits-Descazeaux. André est reconnu par Louis MURAT alors qu'ils habitent 11, rue Kleber. 

Profitons donc de l'occasion pour nous informer à propos de ces rues.

📖
      Les rues de Bordeaux

 

Source principale (mais pas unique...) : COUSTET Robert, Le nouveau viographe de Bordeaux, 2011, Mollat.

- La rue Carpenteyre : c'est la rue du charpentier, le carpentey en vieux français. C'était des charpentiers de navires et de barriques (environ 200 litres), de pipes (environ 600 litres), de charges (25 l), de muid, etc. Les contenants et les contenances étaient variées. Dans le prolongement de la rue Carpenteyre, se situe la rue de la Fusterie et finalement, c'est un peu la même chose car le fuster, c'est le charpentier, le tonnelier, mais cette fois en gascon. Ces deux rues sont localisées à proximité des quais. Elles existaient dès le Moyen Âge ; cependant, la plupart des bâtiments datent du XVIIIe siècle bien qu'on puisse en trouver de plus anciens (XVIIe voire même XVIe siècles). De nombreux immeubles bourgeois attestent de la prospérité du quartier Saint-Michel, quartier qui, dès la seconde moitié du XIXe siècle, s'est paupérisé avant d'être touché par la vague de rénovations et, par conséquence, de gentrification des quartiers du centre-ville de Bordeaux à la fin du XXe siècle (qui a débuté par le quartier Saint-Pierre avant de s'étendre le long des rives de la Garonne, au Nord et au Sud). Les habitants étaient issus de milieux populaires, voire pauvres, les populations étaient également très cosmopolites et représentaient les différentes vagues migratoires ; sans oublier que les logements, bons marchés (mais souvent sans conforts) étaient fort prisés par les étudiants (dont moi, pendant plusieurs années !). Enfin, de très nombreuses personnes âgées grimpaient les escaliers de pierre des vieux immeubles où ils avaient vécu toute leur vie. Dans les années 1990, ce sont des résidents au nveau de vie de plus en plus élevé qui se sont installés au fur et à mesure des rénovations.

- La rue du Puits-Descazeaux, ou du Puits des Cazeaux est une rue du quartier Saint-Michel qui part de la rue de la Rousselle pour remonter vers la rue Renière, parallèle au cours Victor Hugo. La rue de la Rousselle (où j'ai habité, juste en face du début de la rue du Puits-Descazeaux justement), est assez intéressante. Occupée au XVIIIe par des marchands ou négociants en poissons salée (le port est tout proche), elle est bordée de belles maisons bourgeoises (dont une fut occupée par la famille de Michel de Montaigne). Au rez-de-chaussée, une grande pièce voutée témoigne de la fonction commerciale des occupants avec un portail en bois fermant l'ouverture voutée. Une imposte en fer forgé permet à l'air de circuler. Au début des années 1990, on trouvait encore des grossistes qui utilisaient ces espaces mais on trouvait également des boutiques ou des garages, voire des appartements.

Mais revenons à la rue du Puits-Descazeaux. Casau, en gascon, c'est le potager d'après le dictionnaire du site Lo Congrès permanent de la langa occitana (consulté le 27 décembre 2020) ; le Viologue, lui, parle de casail. N'étant absolument pas compétent pour trancher, je laisse le lecteur libre de se renseigner plus avant. Peu importe, l'essentiel, c'est l'idée que cette rue doit sans doute son nom à l'existence de jardins où on faisait pousser quelques légumes. Ce nom de rue remonte au moins au XVe siècle. On a donc ici la rue du puits des jardins, putz daus casaus. Si les immeubles datent du XVIIe ou du XVIIIe siècle, on a bien ici une rue étroite issue directement du Moyen Âge. À noter la présence des pavés (dans mon souvenir). 

 

- rue Lavaud

- La rue Mazagran

- La rue Kleber

- La rue Porte de la Monnaie

- La rue Francin 

2. La vie de famille d'André MURAT et d'Yvonne GOURDON

2.1. Le mariage en 1928

Acte de mariage d'André MURAT et d'Yvonne GOURDON

Source : état civil de Bordeaux

Le mariage a lieu le 1er décembre 1928. On peut noter qu'André MURAT et Yvonne GOURDON ne vivaient pas ensemble au moment du mariage. Il faut dire qu'entre la naissance de son fils André Guy et son mariage, il a passé une bonne partie de son temps au service militaire (entre mai 1926 et novembre 1927).  Même tardif, le mariage a lieu, ce qui permet de légitimer Guy (André Guy MURAT était appelé Guy par tout le monde).

L'acte précise qu'André était cimentier à ce moment-là et Yvonne "sans profession".  Elle vivait encore chez sa mère, rue Porte de la Monnaie et lui vivait également avec sa mère (et sans doute son jeune frère) au 8, rue Francin.

Un mot sur les témoins. Ils sont deux : Camille BROUET, un oncle d'André. C'est le plus jeune frère de Noélie BROUET (qui avait également une sœur, Mathilde, et  deux demi-frères, Antoine et Guillaume SABARIO, bien qu'il soit probable que le deuxième soit mort au moment du mariage d'André). Le second témoin, Jean RICARTE, habite comme Camille BROUET au 10, rue Francin, à proximité de Noélie, qui elle, on l'a vu, habite la porte à côté, au 8, rue Francin. Mathilde BROUET (la sœur de Noélie donc)a épousé un dénommé Henri RICARTE qui est mort en 1910. Ils ont eu quatre enfants, trois filles et un garçon. Je pense qu'il s'agit ici du garçon, qui est né en 1903, et qui doit donc avoir 25 ans. Il s'agirait dont du cousin germain d'André, Marcel Jean RICARTE (qui doit donc privilégier le prénom de Jean à celui de Marcel). On notera qu'il n'y a pas de témoin du côté familial d'Yvonne GOURDON.

8 (à gauche) et 10 (à droite) rue Francin à Bordeaux

Source : Google Street View

2.2. Travail et enfants entre 1928 et 1939

Je n'ai pas d'informations précises et chronologiques sur la vie de mes grands-parents. Quelques anecdotes éparses, des souvenirs de ma mère, imprécis, parfois erronés car vu à travers ses yeux d'enfants et pas toujours corrects d'un point de vue historique. Je ne vais pas développer ici la notion de "faux souvenirs" (un domaine de la recherche qui apparait dès la fin du XIXe siècle) qui porte sur l'exactitude et la fiabilité des témoignages. La bonne foi du témoin n'est, bien sûr, pas mise en doute mais de nombreux éléments peuvent modifier, altérer voire créer des souvenirs. Un souvenir est toujours une reconstruction qui, souvent, évolue avec le temps. Pour les curieux, je vous renvoie à un petit article de l'Association française pour l'information scientifique (AFIS) qui fait le point sur le sujet : Petite histoire des recherches sur les faux souvenirs (consulté le 31 décembre 2020).

Bref, tout cela pour préciser que de nombreuses informations évoquées plus loin sont à prendre avec du recul, comme des possibilités et non des faits.

2.2.1. L'aventure rochefortaise et la naissance de Christian MURAT

André MURAT et son épouse Yvonne GOURDON enfourchent une moto et partent pour Rochefort, en Charentes maritimes. Objectif : trouver du travail, pour André. Quand ils partent (selon la "légende familiale"), Yvonne est enceinte de son deuxième enfant.

Était-il si difficile de trouver du travail à Bordeaux dans le bâtiment pour un cimentier en 1929 ? Certes, la crise économique des années 1930 est proche mais le krach boursier a lieu en octobre 1929 (qui est d'ailleurs plus un révélateur qu'une cause première) et ses conséquences vont surtout se faire sentir à partir de 1931 en France. À la fin de l'année 1928 et au début de 1929, le chômage n'était pas très important. Donc, comment expliquer ce départ ? Pour l'instant, je ne peux pas répondre à cette question. Reste le fait : ils partent à Rochefort, soit à la fin de l'année 1928 soit au début de l'année 1929. Ils n'ont pas avec eux le petit Guy, né en octobre 1926 et qui a donc entre deux et trois ans. Par contre, je ne vois pas qui a pu le garder. Les grands-mères, Julie PERRIAT veuve GOURDON du côté maternel et Noélie BROUET, veuve MURAT du côté paternel, ne semblaient pas entretenir de bonnes relations avec le couple. D'après ce que j'en sais, Julie PERRIAT n'aimait pas son gendre et Noélie BROUET ne semblait aimer si son fils ni sa bru. À priori, d'après ce que je peux en savoir, ce serait peut-être Noélie BROUET, malgré tout, qui garde Guy.

Le deuxième enfant d'André et d'Yvonne naît à Rochefort, le 30 septembre 1929 à 4h. Il se prénomme Christian.

Acte de naissance de Christian MURAT

Source : service de l'état civil de la mairie de Rochefort

J'ai peu connu mon oncle Christian et j'en garde l'image d'un homme souriant et calme. Cependant, il semble avoir été l'enfant "difficile" de la famille d'après les récits familiaux. Je ne sais en fait rien de son enfance. André et Yvonne habitaient dans  un logement aux murs "en carton" (c'est-à-dire peu isolés et fins) et il fallait que les deux jeunes parents déploient des efforts considérables pour éviter que les pleurs du bébé Christian ne réveillent les voisins. Grâce à Google Street View, on peut voir à quoi ressemble la maison qu'ils habitaient au 30, rue Anatole France. 

Combien de temps durent cette "aventure rochefortaise" ? Je n'en suis pas trop sûr. Toujours est-il que l'enfant suivant d'André et d'Yvonne naît en à Bordeaux en 1930. Il s'agit de leur première fille, Gisèle.

2.2.2. Le retour en Gironde entre 1930 et 1939

Entre 1930 et 1939, je n'ai pas beaucoup d'informations précises (c'est un leitmotiv). André, cimentier, semble avoir changé de travail. Ma mère m'a raconté que lui et Yvonne auraient été quelques temps vendeurs à la charrette, c'est-à-dire marchands ambulants. Yvonne aurait aussi travaillait à emballer du café en grain dans des sachets en papier.

La fiche matricule d'André MURAT nous donne quelques informations sur ses adresses successives, entre 1935 et 1938.

Entre 1930 et 1935, je n'ai pas encore d'informations. Entre 1935 et 1938, on compte trois déménagement : Bègles pendant 3 ans, un court passage à Bordeaux de quelques mois avant un départ à Léognan.

J'aime bien cette carte de la Gironde mais le rédacteur à écrit Loignan au lieu de Léognan... 

Entre 1930 et 1939, André et Yvonne ont au moins cinq enfants et déménagent régulièrement (sans doute en lien avec l'augmentation des membres de la famille). Les actes de naissance des frères et sœurs de ma mère permettent de suivre de manière plus détaillée le parcours de mes grands-parents et complètent les informations, succinctes, de son registre matricule. 

Après André Guy en 1926 et Christian en 1929, c'est une fille qui naît le 16 décembre 1930. Ses parents la prénomme Gisèle.  Elle naît à Bordeaux au domicile familial, au 16, rue Francin, une rue qui, décidemment, revient souvent. Rappelons qu'André a longtemps vécu au 8 de la rue Francin et une partie de sa famille (oncle et cousins) vivaient au 10 de la même rue. On verra d'ailleurs qu'André et Yvonne vivront également au 10, rue Francin. André est toujours cimentier et Yvonne est papetière (ce qui correspond aux souvenirs de ma mère Lucienne, qui n'était pas née à l'époque, mais à qui on a dit que sa mère emballait du café dans des sacs en papier).

16, rue Francin

Source : Google Street View

Une autre petite fille naît le 8 janvier 1932, rue Francin, mais cette fois au n°10. Elle se prénomme HuguetteAndré est toujours cimentier, Yvonne ne travaille plus (elle a déjà trois enfants, âgés de 6 à 2 ans). Mais le bébé ne vit pas très longtemps. Elle décède le 11 janvier 1933. Elle vient juste d'avoir un an. D'après mes sources (ma mère Lucienne et ma tante Huguette, mais pas celle dont je parle ici), elle meurt d'une entérite. Si l'on en croit Wikipédia (et d'après la date), cette inflammation de l'intestin grêle entraîne diarrhée, vomissement et déshydratation et serait causée par la présence de micro-organismes dans les aliments ou dans l'eau.

Un autre garçon vient agrandir la famille : c'est la naissance d'Henri, le 3 mars 1933. Pas de changement dans les activités professionnelles d'André, toujours cimentier, et d'Yvonne, sans profession. En revanche, le couple a déménagé pour s'installer au 65, rue Ferbos. On est toujours dans le quartier de la gare mais on se rapproche des Capucins. La rue Ferbos se situe derrière le lycée Gustave Eiffel ; elle est parallèle au cours de la Marne qui relie la place de la Victoire à la gare Saint-Jean. La naissance d'Henri est déclarée non pas par André MURAT, son père, mais par sa grand-mère maternelle, Julie PERRIAT veuve GOURDON. À cette époque, elle a 62 ans et vit au 45, rue de la Devise. C'est une rue du quartier Saint-Pierre.

Toujours au 65, rue Ferbos, cette fois le 28 janvier 1935, on assiste à la naissance d'un nouveau garçon : Roger Hughes. C'est le sixième enfant d'André, toujours cimentier, et d'Yvonne, sans profession. Mais s'occuper de six enfants dont l'ainé a 9 ans, c'est un travail à temps plein et, hélas, pas reconnu. À l'inverse de la plupart de ses frères et sœurs (à l'exception notable de Guy), Roger ne naît pas au domicile de ses parents. Il voit le jour au 22, cours de la Marne qui, aujourd'hui, abrite l'université d'odontologie. 

65, rue Ferbos à Bordeaux

Source : Google Street View

Les deux enfants suivants naissent au 21, impasse d'Agen. Changement d'adresse donc mais pas de changement pour l'activité professionnelle d'André, toujours cimentier et pour Yvonne, toujours femme au foyer.

C'est d'abord Maurice, qui naît le 15 septembre 1936, puis Huguette (comme on le constate, elle porte le même prénom que la petite fille décédée quatre années plus tôt), qui naît le 26 octobre 1937. 

C'est tout pour la période d'avant guerre ; c'est tout, mais c'est déjà beaucoup en terme de naissances. Entre 1930 et 1937, Yvonne a accouché de six enfants dont cinq ont survécu. Je n'ai plus trop d'informations sur la vie d'André et d'Yvonne pour l'année 1938 et 1939. Ils déménagent encore une fois à Bordeaux, au 7 rue du Portail avant de partir pour Léognan. Combien de temps restent-ils dans cette petite commune viticole d'environ 2000 habitant ? Aucune idée... Quelle activité professionnelle André exerce-t-il à ce moment-là ? Je ne sais pas. Mais quand la Seconde Guerre mondiale débute, ils sont de retour à Bordeaux.

2.3. La famille MURAT pendant la Seconde Guerre mondiale

En septembre 1939, quand la France entre en guerre contre l'Allemagne, André a 33 ans et Yvonne en a 30. Ils ont 7 enfants : l'aîné, Guy, va bientôt avoir 13 ans et la petite dernière, Huguette, fêtera bientôt ses deux ans.

André est rappelé par l'armée le 29 août 1939 pour un appel et il est donc en service quand l'ordre de mobilisation générale tombe le 2 septembre 1939. Comme père de sept enfant, André est dégagé de ses obligations militaires le 16 septembre 1939. Il ne participe donc pas à la guerre comme soldat et il est rayé des contrôle le 22 septembre.

 

C'est pendant la Seconde Guerre mondiale qu'AndréYvonne et leurs enfants se fixent définitivement dans leur domicile au 20, rue Veyssière. On est toujours dans le secteur de la gare que la famille ne semble pas vouloir quitter. Dans le quartier, les gens déconseillaient André d'emménager dans cet immeuble, un ancien hôtel, construit un peu étrangement, sans cave ni grenier. Mais il fallait quelque chose de suffisamment grand pour loger un couple avec sept enfants (bientôt neuf) et surtout de pas trop cher. Et quand même, luxe qui n'était pas partagé par tout le monde, la maison bénéficiait de l'eau courante ! Et des toilettes. Ceci étant, l'immeuble n'était pas très salubre. Et chaque année, toute la famille désinfectait la maison et la literie.  Mais nous y reviendront...

 

20, rue Veyssière à Bordeaux

Source : Google Street View

Il est sans doute nécessaire de rappeler le contexte de Bordeaux pendant la Seconde Guerre mondiale.

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      Bordeaux pendant l'occupation

 

 

Face à l'avancée allemande, Bordeaux retrouve sa fonction de capitale provisoire de la France, comme en 1870 et en 1914. C'est le 10 juin 1940 que le président de la République Albert LEBRUN, le gouvernement de Paul REYNAUD et une bonne partie des députés et sénateurs s'installent à Bordeaux. Et c'est à Bordeaux que REYNAUD démissionne, que PÉTAIN devient Président du Conseil (c'est-à-dire chef du gouvernement), qu'il décide de demander l'armistice le 17 juin (en violation de l'engagement interallié du 28 mars 1940). Le 17 juin, c'est de l'aéroport de Mérignac que s'envole pour Londres le général DE GAULLE qui veut poursuivre la lutte. C'est depuis l'avant-port de Bordeaux du Verdon que part le Massilia avec, à son bord, 27 parlementaires souhaitant gagner l'Afrique du Nord (dont Georges MANDEL, Pierre MENDES-FRANCE, Édouard DALADIER, Jean ZAY...) le 24 juin 1939. Le 25 juin 1940, l'armée allemande entre dans Bordeaux après avoir copieusement bombarder la ville les 19 et 20 juin 1944. Le gouvernement français en part le 29, d'abord pour Clermont-Ferrand puis pour Vichy.

Selon la convention d'armistice signée à Rethondes, une partie de la France est occupée par l'armée allemande. Toute la côte atlantique est bien sûr concernée et Bordeaux en particulier, en raison de sa fonction portuaire. 

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     Une vie quotidienne difficile 

 

Très rapidement, la situation des Bordelais se dégrade, comme c'est également le cas pour les Français dans l'ensemble du pays. Bordeaux a vu sa population tripler avec le début de l'offensive allemande qui a provoqué un exode massif des populations du Nord et de l'Est de la France. On passe de 270 00 habitants à plus de 750 000 ! Si on ajoute à cette surpopulation les conditions d'armistice, l'occupation de la région par la VIIe armée allemande dirigée par le général KLEITZ, on comprend que très vite se pose la question du ravitaillement. Face à la pénurie, le rationnement se met en place. Dès août 1940, il concerne le sucre, le pain, les pâtes. En octobre, le rationnement s'étend à la viande, aux œufs, à l'huile, au fromage, au café... Enfin, lait, vin, pommes de terre et légumes secs sont touchés à leur tour. Avant la fin de l'année 1940, beaucoup de Bordelais connaissent la faim en raison des rations insuffisantes (en 1942 et 1943, le rationnement officiel est en moyenne de 1400 calories). La quantité de denrées achetée pendant la période de l'occupation correspond à un quart de celle de 1938. Il faut trouver des compléments : jardinage, aides du Secours national ou du Secours social de la communauté bordelaise ou, pour les plus aisés, le marché noir. Bien que punis de mort par la loi du 16 octobre 1941, les trafics prennent beaucoup d'ampleur. Carences, maladies, hausse de la mortalité infantile sont les conséquence de ce rationnement.  

Pour compléter ce tableau très rapide, notons la mise en place d'un couvre-feu (on ne sort qu'entre 5h et 21h) et l'obligation d'occulter les lumières de 20h à 7h30. 

Enfin, pour aggraver la vie déjà difficile des Bordelais, les bombardements fréquents ajoute la peur aux privations. Nous avons déjà parlé du bombardement allemand des 19 et 21 juin 1940. Les Alliés vont également lâcher des bombes sur Bordeaux. Sont visés l'aéroport de Mérignac, la base navale installée par l'occupant dans le quartier de Bacalan, le port, le quartier de la gare... Au total, c'est 34 bombardements qui touchent la ville et son agglomération, provoquant le décès de plus de 300 habitants, le double de blessés et plusieurs milliers de sinistrés.

 

Sources principales :

TERRISSE René : Bordeaux, 1940-1944, Perrin 1993

LE CROM Jean-Pierre et HESSE Philippe-Jean (dir) : La protection sociale sous le régime de Vichy, Presses universitaires de Rennes, 2001

La résistance en Gironde, (consulté la dernière fois  le 16 janvier 2021) pour les bombardements

2.3.1. Un autre enfant et un nouveau métier

Le 11 février 1941, un huitième enfant (je ne compte pas la petite fille morte en 1933) vient s'ajouter à la famille. C'est une petite Ginette Madeleine. Elle naît à 11h au domicile de ses parents, toujours au 10 rue Francin. Petite nouveauté : André est qualifié de chauffeur. Difficile d'avoir des détails précis sur ce nouveau métier. Est-il chauffeur salarié pour une entreprise ou indépendant ? Sur un livre qui traînait il y a longtemps chez mes parents, on avait utilisé un tampon qui disait : André MURAT Transporteur. Cela semblait plus indiquer une activité où André aurait été à son compte. La "légende familiale" raconte que mon grand-père aurait choisi cette activité pour être plus mobile et ainsi pouvoir chercher, dans les campagnes environnant Bordeaux, des denrées alimentaires pour sa famille. Difficile de vérifier ce propos. Mes oncles les plus âgés auraient sans doute pu me renseigner mais hélas, ils sont presque tous décédés.

2.3.2. Naissance de ma mère et départ à la campagne d'une partie des enfants de la famille MURAT

Deux ans après la naissance de Ginette, un neuvième enfant naît au 20 rue Veyssière, le domicile où la famille Murat va vivre jusqu'au décès d'Yvonne et d'André (respectivement en 1967 et 1969). Le bébé s'appelle Lucienne et c'est ma maman. Pendant longtemps, ce sera la petite dernière de la famille. Elle voit le jour le 13 février 1943. 

Je ne sais pas trop comment André, Yvonne et leurs enfants vivent cette période de l'occupation. Ma mère était trop petite pour avoir des souvenirs précis. Mais on peut évoquer quelques faits. Commençons d'abord par une petite vidéo de l'INA (l'Institut National de l'Audiovisuel). Certes, mes oncles et tantes n'y figurent pas mais ils ont vécu la même situation.

Trois garçons de la famille, Henri, Roger et Maurice, et deux filles, Gisèle et Huguette, vont être évacués de Bordeaux et accueillis dans des familles d'accueil à la campagne. Bien qu'ayant fait de nombreuses recherches (livres, articles, archives), je n'ai pas encore exactement trouvé qui s'occupait de ces évacuations, ni comment étaient choisies les familles de départ et les familles d'accueil. J'ai des pistes mais je préfère poursuivre mes recherches avant de publier quoi que ce soit.

Gisèle et Huguette sont évacuées dans le Lot-et-Garonne, dans la commune de Monflanquin. Elles sont accueillis par deux familles qui avaient des fermes voisines : Gisèle chez la famille GOUGET et Huguette chez la famille DOMINGIE. Cette commune qui comptait un peu plus de 2500 habitants pendant la guerre se situe entre Agen et Bergerac.

Carte postale de Monflanquin vers 1915 (peut-être).

Source : Archives départementales du Lot-et-Garonne.

Henri, lui, part à Mauvezin (sans doute dans les Hautes-Pyrénées. Mais il y a aussi une commune du même nom en Haute-Garonne et une dans le Gers). L'agriculteur qui l'a accueilli vivait seul et était particulièrement pingre. Henri aurait donc été ensuite accueilli dans une autre famille, à Lusignan, dans le département de la Vienne.

Je ne sais pas où ont été placés Roger et Maurice.

Une photo qui pourrait avoir été prise avant le départ de Maurice, Roger et Henri (de gauche à droite), ici avec leur mère Yvonne.

2.2.3. Guy et le STO

Le Reich allemand a besoin de main d'œuvre pour soutenir son effort de guerre. Après un appel au volontariat, au succès limité, est mise en place "la Relève" en mai 1942 : contre trois ouvrier qualifié, l'Allemagne relâchera un prisonnier de guerre. Cependant, les volontaires sont peu nombreux. Pierre LAVAL décide de donc de remplacer le volontariat par une réquisition concernant tous les hommes de 18 à 50 ans et pour les femmes célibataires âgées de 21 à 35 ans. Fin décembre, 250 000 Français sont partis travailler en Allemagne.  Mais les réactions hostiles sont nombreuses. Fritz SAUCKEL, chargé des déportations des travailleurs européens vers l'Allemagne, a besoin d'encore plus d'hommes pour compenser les départs d'ouvriers allemands à l'armée. C'est l'instauration du SOT (service obligatoire du travail) que l'on renomme vite STO en raison de l'acronyme malheureux qui suscite de nombreuses moqueries, le 16 février 1943 Le 1er mars 1943 part de la gare Saint-Jean à Bordeaux un train d'ouvriers d'imprimeurs et d'ouvriers de la presse. Rue Bouffard, une permanence est organisée pour étudier les dossiers d'enquête des inspecteurs chargés de rechercher les jeunes qui doivent partir? Ce sont quatre-vont-treize policiers qui chassent les réfractaires. Parmi eux, André Guy MURAT, qui ne souhaite pas partir et qui se cache chez sa grand-mère Noélie BROUET, après avoir, selon la légende familiale, sauté du train qui devait l'emmener en Allemagne dans le grenier. Il a 18 ans en 1944. 

2.4. La période de l'après-guerre

2.1.1. La famille MURAT au 20, rue Veyssière en 1945

Extrait du recensement de Bordeaux pour l'année 1946.

Source : Archives départementales de Gironde

Note : tous les recensements de Bordeaux sont conservés aux Archives de Bordeaux Métropole, sauf celui de 1946.

La guerre st fini et toute la famille a survécu. Ce fut bien dur. Nourrir une famille nombreuse avec peu d'argent dans un contexte de rationnement drastique a du être une épreuve de tous les instants. Apparemment, André en sort avec un ulcère à l'estomac.

Petite bizarrerie de ce recensement de Bordeaux de 1946, Yvonne n'y figure pas. Je n'ai aucune explication à cette absence. On note l'arrivée au 20 rue Veyssière de deux nouveaux membres : Raymonde, l'épouse de Guy et leur fille Mireille, née en 1945. Guy s'est marié avec Anne GESTAS, que tout le monde appelle Raymonde, le 18 décembre 1944. Il a 20 ans et son épouse 18. Et Mireille est née le 11 novembre 1945. 

En 1953, le 29 avril, André MURAT à la base aérienne 106 de Mérignac comme veilleur de nuit. Cette base a été créée en 1936 sur un site qui existait depuis 1910 mais qui accueillait des aviateurs civils. Cette base aérienne a été détruite par l'occupant allemand en 1944.

André MURAT (à gauche) sur son lieu de travail. Date inconnue. 

Il se rendait sur son lieu de travail en mobylette ou en moto (les souvenirs de ma mère sont un peu flous) jusqu'au jour où, à la suite d'une chute, il s'est cassé la jambe (et/ou une blessure au genou) et a du être hospitalisé à Saint-André. Il a donc investi dans une voiture, sans doute une des plus petite du marché de l'époque, une Isetta, reconnaissable pour sa forme d'œuf. Elle était surnommé en France "le pot de yaourt". Conçue en 1952, Isetta cède la licence de fabrication en 1955 : la voiture est fabriquée en Allemagne par BMW, en France par Velam, etc.