Les neuf enfants de Marie BROUET (SOSA 27)

1. Corrections décembre 2020.

 

2. Refonte de la page en février 2021.

 

3. Mise à jour en cours (à partir de juillet 2021) avec la mise en ligne des recensements de la ville de Bordeaux sur le site Archives Bordeaux Métropole et les résultats de recherches aux Archives départementales de Gironde des archives judiciaires (tribunal correctionnel). Ces dernières mises à jour seront d'une autre couleur typographique que le noir de l'article principal.

Introduction

La page consacrée à Marie BROUET est accessible en cliquant sur le lien ci-dessous :

Faisons une petite synthèse : Marie BROUET a eu trois enfants avec son mari, Guillaume SABARIO, un enfant avec chacun de ses deux concubins (Henri Antoine BAILLET et Jean-Marie ARRÉOU) et quatre enfants sans père déclaré (on ne sait donc pas si il y a un ou plusieurs pères). Elle a 22 ans à la naissance de son premier enfant et 47 ans pour le dernier.

Dans l'ordre, il s'agit de :

  • Françoise Alice SABARIO (1873)
  • Antoine SABARIO (1876)
  • Guillaume SABARIO (1879)
  • Henri Antoine BAILLET (1883)
  • Mathilde BROUET (1885)
  • Noélie BROUET (1887)
  • Jean Camille BROUET (1890)
  • Marie Marguerite BROUET (1892)
  • Raymond ARRÉOU (1897)

Je ne connais pas le destin de chacun des enfants de Marie BROUET.  On va donc faire un sort à ceux pour qui je n'ai aucune information : Guillaume SABARIO (le fils), ou ceux qui sont victimes de mortalité infantile : Henri Antoine BAILLET et Raymond ARRÉOU. Henri Antoine meurt environ neuf mois après sa naissance ; Raymond ne vit qu'une quinzaine de jours.

 

Reste six enfants.  

1. Françoise Alice SABARIO (1873-1958)

1. 2. Le mariage de Françoise Alice SABARIO

C'est le premier enfant de Marie BROUET. Je ne sais rien de l'enfance de Françoise Alice et c'est avec son mariage, en 1898, que nous retrouvons quelques informations. Son père est mort, on l'a vu, et donc sa mère seule est présente aux noces (et dans l'acte). Comme son père et plus tard sa mère, comme sa sœur Noélie BROUET, elle est fabricante de caisse. Elle a 25 ans quand elle épouse Jean QUILLACQ, employé aux chemins de fer. Sur l'acte de mariage, on note qu'ils habitent tous les deux au 34 rue Mazagran. Sont-ils voisins ou, vivent-ils déjà ensemble ? C'est la deuxième solution qu'il faut privilégier. En effet, le mariage permet de légitimer l'enfant qu'ils ont eu ensemble. Un petit Roger SABARIO est né deux ans plus tôt, en juillet 1896. Reconnu par sa mère, il était, jusqu'au mariage, de père inconnu. Ce qui n'est plus le cas : désormais, il s'appelle Roger QUILLACQ. Notons que parmi les quatre témoins, on retrouve Jean-Marie ARRÉOU, le compagnon de Marie BROUET (la même adresse est mentionnée pour les deux, au 63 rue Saint-Jacques).

 

Au moment du conseil de révision, à ses 20 ans, Jean QUILLACQ est mécanicien dentiste (on parle aujourd'hui de prothésiste). Né à Lesgor, dans les Landes, il est fils naturel de Marie QUILLACQ. Ils partent ensuite vivre tous les deux à Bordeaux. Il ne fait pas son service, réformé pour bronchite chronique. Lors de la Première Guerre mondiale, il sera affecté, en tant qu'employé des Chemins de fer du Midi, comme homme d'équipe des trains. Son fils Roger aura moins de chance.

 

Je n'ai pas d'autres informations sur Françoise Alice SABARIO ; elle meurt en 1958 à Bordeaux à l'âge de 84 ans. Je ne sais quand décède son époux Jean QUILLACQ.

1.2. Roger QUILLACQ, fils de Françoise Alice SABARIO et petit-fils de Marie BROUET

Roger QUILLACQ, à 20 ans, est un jeune homme plutôt grand,1,69 m (ce qui, à l'époque, était plus grand que la moyenne), aux yeux et aux cheveux châtains. Il vit chez ses parents au 71, rue de la gare. Il exerce le métier d'ajusteur. Comme tous les jeunes de sa génération, il doit faire son service militaire. Malheureusement, nous sommes en 1916 et en pleine guerre. D'ailleurs, il part à l'armée dès avril 1915, comme soldat de 2ème classe  au 123ème régiment d'infanterie. Il est promu soldat de 1ère classe en août. En avril 1916, il passe au 106e régiment d'infanterie. Un peu plus d'un mois plus tard, le 22 juin, il est "tué à l'ennemi" dans le secteur de Tavannes, zone de la Laufée.

J'avoue ne pas être très connaisseur, ni même amateur, de l'histoire militaire de la Première Guerre mondiale. J'ai lu quelques ouvrages, je l'ai enseigné mais je en suis pas au fait des détails stratégiques, des batailles, des tactiques... Mais je vais faire un petit effort pour évoquer un peu le contexte du décès de Roger QUILLACQ. Ce contexte, c'est la bataille de Verdun. 

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      Le mot de Clio sur la journée du 22 juin 1916, secteur de Tavannes,                                zone de la  Laufée, dans le contexte de la bataille de Verdun

 

Comme on le sait (enfin, je suppose), la Première Guerre mondiale oppose Le Royaume-Uni, la France, l'Italie et la Russie d'un côté aux deux "empires centraux" que sont l'Empire allemand et l'Empire austro-hongrois. L'offensive allemande à l'Ouest a porté le combat sur le territoire français. Après une première période de guerre de mouvements, le front s'est stabilisé, les soldats ont commencé à s'enterrer pour se protéger et, progressivement, un ensemble de tranchées s'est développé. La guerre est désormais une guerre de positions, une guerre d'usure. De grandes offensives sont lancées en 1915 pour tenter de percer les positions adverses, offensives effroyablement coûteuses en vie humaines, souvent sans succès réels. Au début de l'année 1916, le commandement allemand décide de lancer une offensive sur un point des défenses françaises : Verdun.

Comme on peut le voir sur la carte ci-dessus, Verdun forme un saillant dans les lignes allemandes. Ce qui permettra aux Allemands d'attaquer les positions françaises de plusieurs endroits à la fois. De plus, Verdun est difficile à ravitailler du côté français : la Meuse est un obstacle, une seule ligne de chemin de fer à voie étroite et très lente ne peut transporter de lourdes charges et il n'y a qu'une petite départementales. Début 1916, les Allemands préparent leur offensive. JOFFRE, commandant en chef des armées françaises, qui prépare une offensive dans la Somme, ne tient pas compte des renseignements concernant l'attaque allemande. La zone a été dépouillée d'une grande partie de son artillerie, les troupes françaises sont peu nombreuses et le système de défense est souvent composé d'une seule tranchée (au lieu des trois habituelles).  

Le secteur de Tavannes, zone de la  Laufée

 

Ce secteur se situe au Nord-Est de Verdun. Il est composée du Fort de Tavannes, du tunnel de Tavannes (où les trains ne circulent plus ; le tunnel est sur la ligne Metz-Verdun mais Metz est dans la zone occupée par l'armée allemande. Cependant, ce tunnel sert d'abris aux soldats), de l'ouvrage de la Laufée (un ouvrage d'infanterie équipée d'une tourelle) et, entre le fort de Tavannes et l'ouvrage de la Laufée, la "fontaine de Tavannes" qui est une station de pompage alimentant Verdun (qui comprend un bâtiment en béton, prévu pour une situation de conflit, avec un casernement). La station de pompage est localisée en bleu sur la carte ci-dessous.

Le début de la bataille de Verdun

 

C'est bien un orage d'acier qui s'abat sur Verdun (pour reprendre le titre du livre d'Ernst JÜNGER) à partir de 7h15, le lundi 21 février 1916, les Allemands ayant choisi un pilonnage continu par leur artillerie composée de 800 canons. Deux millions d'obus en deux jours. Soixante mille soldats allemands passent à l'offensive. L'attaque est un immense succès pour l'assaillant et un revers pour les Français. Les 24 et 25 février, cependant, les Allemands commencent à piétiner et les soldats français, en dépit des pertes, des bombardements et de leur faible nombre offrent une résistance acharnée. Si PÉTAIN est nommé le 24 pour redresser la situation, il ne peut prendre son commandement que le 3 mars (il est cloué au lit par une bronchite ou une pneumonie) et c'est aux soldats français et au général DE CASTELNAU que l'on doit la stabilisation du front. PÉTAIN ne reste que deux mois en charge de la défense de Verdun. Il décide avec JOFFRE le "tourniquet" des soldats, qui se relaient au front pour éviter une usure trop rapide des troupes. La zone est désormais ravitaillée par un immense convoi passant par la départementale (qui est empierrée), la petite voie ferrée est intensément mise à contribution,  l'artillerie est renforcée et une unité d'avions de chasse est créée. Par contre, pas vraiment de contre-attaque. Malgré une forte augmentation des troupes présentes à Verdun, PÉTAIN reste pessimiste et défaitiste (c'est son caractère). C'est pourquoi il est remplacé par le général NIVELLE. C'est NIVELLE que l'on doit qualifier de "vainqueur de Verdun" (si vainqueur il y a dans cette longue bataille si coûteuse en vie humaine...). En mai et juin, les assauts allemands se multiplient ; les Français tentent de reprendre Douaumont sans succès. Les Allemands prennent le fort de Vaux, bombardent le secteur et utilisent du gaz phosgène. Les Français renforcent leurs positions et lancent un assaut. C'est la situation au 22 juin quand meurt Roger QUILLACQ.

Roger QUILLACQ, fantassin du 106e régiment d'infanterie

 

Avant de partir dans le secteur de Verdun, le 106e régiment d'infanterie combat, au début de l'année 1916, dans la région de Reims et séjourne au camp Berthelot à Mourmelon-le-Grand. Ce régiment est formé (au début de la guerre) de trois bataillons composés chacun de quatre compagnies, sous les ordres d'un colonel. En tout, une dizaine d'officiers, quatre-vingt-huit officiers et  deux-mille soixante-treize caporaux et soldats.                                                                                                                                                                              Le 11 juin 1916, la douzième division, dont fait partie le 106e régiment, est mise à la disposition de la IIe armée qui combat à Verdun. Le 106e régiment s'installe à la fontaine de Tavannes à partir du 17 juin puis, le 19, dans la zone de la Laufée où il subit des bombardements "d'intensité moyenne" d'après le journal de marche (page 21). L'ouvrage de la Laufée est la cible de tirs allemands depuis le fort de Vaux. Le 21 juin, les bombardements se font plus violents. Les Allemands avancent et une partie du 106e reçoit pour mission de les arrêter à proximité de la fontaine de Tavannes (entre autres). À la fin de la journée, le régiment compte 31 tués et 23 blessés. Des tranchées sont perdues. Le 22 juin, il faut contre-attaquer. Cependant, les bombardements allemands sont particulièrement violents sur tout le plateau de la Laufée. Au soir, les pertes sont nombreuses : 74 morts et 270 blessés. Parmi eux, Roger QUILLACQ.

Source : base des morts pour la France de la Première Guerre mondiale

Mémoire des Hommes

Pour aller plus loin...

 

Quelques sites pour de plus amples informations sur le sujet :                                                                              - La fontaine de la Laufée                                                                                                                                                  - L'ouvrage de la Laufée                                                                                                                                               - Le tunnel de Tavannes                                                                                                                                                 Ces trois liens renvoient sur des pages de l'excellent site intitulé Le site web de la fortification Séré de Rivières                                                                                                                                                                                 On peut consulter le journal de marche du 106e régiment d'infanterie sur le site du ministère des armées Mémoires des Hommes.                                                                                                                                               Enfin, un article intitulé "Pétain l'imposteur de Verdun" par l'historien Jean-Yves LE NAOUR sur le site de la revue Historia.

2. Antoine "Émile" SABARIO (1876-?)

Antoine SABARIO est né le 27 avril 1876 au 123 route d'Espagne, appelé actuellement cours de l'Yser.

Acte de naissance d'Antoine SABARIO

Source : Archives Bordeaux Métropole

La route ou le cours d'Espagne, avant qu'il ne devienne le cours de l'Yser ; le marché à la criée, c'est-à-dire le marché des Capucins ou, localement, les "Capus".

Source : CPArama (site dédié aux cartes postales anciennes).

Revenons à la naissance d'Antoine SABARIO : un des deux témoins s'appellent également Antoine SABARIO mais il signe SABARIAU. Au jugé, je tablerai un sur un oncle mais c'est à vérifier. Il a 27 ans et exerce, si je lis bien, le métier de "voilier". Si j'en crois le site Les métiers de nos ancêtres, animé par D. CHARTRY depuis 1997 (c'était un précurseur), le voilier est un tisserand qui fabrique des voiles de bateaux. 

2.1. Le conscrit Antoine SABARIO

Antoine SABARIO est comme (presque) tous les Français de sexe masculin soumis à la conscription. Bref, il doit faire son service militaire. Vingt ans après sa naissance, il passe le conseil de révision. Que nous apprend sa fiche matricule ? Déjà, une description physique...

Extrait du registre matricule d'Antoine SABARIO.

Cote : 1 R 1121 3835

Source : Archives départementales de la Gironde.

Comme on le voit, Antoine SABARIO est un jeune homme d'1,64 m, blond aux yeux gris. On note que son degré d'instruction est évalué à "0" ce qui signifie qu'il ne sait ni lire ni écrire. On avait pu noter que son père, sur son acte de naissance, avait déclaré ne pas savoir signer (contrairement au témoin dont le patronyme est également SABARIO-SABARIAU et dont je pense qu'il est l'oncle d'Antoine).

 

C'est un peu surprenant mais pas inhabituel. Antoine est pourtant né en 1876, sa fiche matricule date de 1896. Les lois Ferry rendant la scolarité obligatoire date de 1881-1882 : 1881 pour la gratuité et 1882 pour son caractère obligatoire (en fait, c'est l'instruction qui est une obligation, pas la scolarisation). Et ce, à partir de 6 ans jusqu'à l'âge de 13 ans (sauf pour les titulaires du certificat d'études qui pouvait cesser "l'instruction" dès 11 ans). Il a donc du être scolarisé. Pour autant, il fait partie des conscrit qui restent illettrés. Notons cependant que, dans la période 1887-1896, 93,5 % des habitants du Sud-Ouest savaient lire et écrire. 

 

Pour autant, Antoine SABARIO signera son acte de mariage en 1899. 

D'après son registre matricule, il exerce le métier de charretier et il habite au 36 rue Lafontaine. dans le quartier situé en face du marché des Capucins, quand on traverse cours Saint-Jean (aujourd'hui appelé le cours de la Marne).

Sa fiche matricule déclare qu'il est dispensé en tant que "fils unique de veuve" (alors qu'il a eu un frère, Guillaume, qui est visiblement mort à un âge assez jeune) tout en étant incorporé de novembre 1897 à septembre 1898 au 21e régiment d'artillerie. Il fait un an de service au lieu des trois obligatoires. Il obtient son certificat de bonne conduite à l'issue de sa conscription.

Réserviste, il passe en 1911 au 18e escadron du train des équipages. Il passe le début de la Grande Guerre au train des équipages avant de passer dans l'infanterie en 1917.

Enfin, sa fiche matricule nous apprend qu'après avoir vécu à Bordeaux jusqu'en 1904, il s'installe à Cenon, puis, en 1914, à Bègles.

2.2. Le mariage d'Antoine SABARIO en 1899

Antoine SABARIO contracte mariage avec une jeune femme qui répond au nom de Léontine Germaine BACQUIÉ. Elle est un peu plus âgé que lui : elle est née en 1876 (à Bordeaux) et elle a 26 ans au moment du mariage, Antoine en ayant 23. C'est vraisemblablement une collègue de travail de sa mère car elle fabrique des caisses. En 1899, Antoine SABARIO est lui employé au "Midi", c'est-à-dire à la compagnie des chemins de fer du Midi. Pour les parents, seule est présente Marie BROUET, mère d'Antoine. Son père, Guillaume SABARIO, (qui était également fabricant de caisses) est en effet décédé (ce qui a permis à Guillaume, on s'en souvient, d'effectuer un service militaire court comme fils unique de veuve). Les parents de la mariée sont également décédés. On peut enfin noter que le couple habite déjà visiblement ensemble car ils sont domiciliés à la même adresse, au 34 de la rue Mazagran.   

Le couple a-t-il des enfants ? En 1906, alors qu'ils habitent Cenon, ils vivent seulement à deux. Et ils ont changé d'activité pour devenir journaliers (c'est-à-dire ouvriers agricoles).

Extrait du recensement de la commune de Cenon, année 1906.

Cote : Cenon - 6 M 159/2 (1820-1926)

Source : Archives départementales de Gironde.

Le couple habite la rue Syphéras que l'on peut voir sur cette carte postale dont la date est comprise entre 1900 et 1920. Par contre, je ne sais pas si c'est la rue de droite ou celle de gauche (l'autre étant l'avenue Carnot). Je pencherais pour la rue de droite...

2.3. Antoine SABARIO en prison !

Rejoignant la "longue" liste des membres de ma famille qui, du milieu du XIXe jusqu'au début du XXe siècle ont eu maille à partir avec la justice, Antoine SABARIO a connu la prison. Je n'ai hélas pas réellement de détail concernant son affaire. Ce sera l'objet d'une de mes recherches quand je pourrais accéder à la salle de lecture des Archives départementales de Gironde. En attendant, que puis-je en dire ? Ce qui est noté sur sa fiche matricule...

Extrait de la fiche matricule d'Antoine SABARIO

Cote : 1 R 1121 3835

Source : Archives départementales du Pas-de-Calais

Pour le reste de la vie d'Antoine SABARIO, je n'ai pas encore d'informations.

Mise à jour (janvier 2022)

 

J'ai pu passer rapidement aux Archives départementales de Gironde cet été (je parle de l'été 2021) ; j'avais hélas peu de temps devant moi. J'ai cependant pu retrouver la minute de la condamnation par le tribunal correctionnel d'Antoine SABARIO le 2 août 1900.  Voyons ce qui a valu à Antoine deux mois de prison.

Source : Archives départementales de Gironde

 

Pour informations, ce gros pavé est le recueil des minutes des condamnations du seul mois d'août 1900 et pour le seul tribunal correctionnel. Comme je suis très curieux et que pour retrouver la condamnation qui m’intéresse, je suis obligé de feuilleter l'ensemble du volume, j'ai lu quelques condamnations. Pour ceux (trop nombreux) qui imagine que la violence et la délinquance est un phénomène récent et en accroissement, je pourrais leur conseiller : faites donc un tour aux archives ! La lecture des registres d'écrou et des condamnations montrent une société violente (sans doute bien plus que la nôtre) et où la petite délinquance est bien présente. Mais trêve de polémique (d'autant que par expérience, je sais bien que l'on ne peut pas convaincre quelqu'un qui a une opinion fondée non pas sur une observation objective de la réalité, réalité qu'il faut remettre dans un contexte historique assez long) mais sur des préjugés et un ressenti empreint de subjectivité.

 

Donc Antoine SABARIO. Je vais proposer ici des extraits du jugement.

3. Mathilde Brouet (1885-?)

3.1. Mathile BROUET, "fille-mère" en 1903

Je ne sais rien de la vie de Mathilde BROUET après sa naissance en 1885. Je ne retrouve sa trace qu'en 1903, à la naissance de sa fille Odette. Mathilde est désigné sous le nom de BOUÉ et non de BROUET. Cette erreur est peut-être commise par la sage-femme,  Marie DUPUCH, qui déclare la naissance. Odette est née à l'hôpital Saint-André, le 5 mai, de père non nommé. Mathilde BROUET est alors caissière (elle fabrique des caisses) et réside 32 rue Mazagran. Mathilde reconnaît sa fille quelques jours plus tard, le 18 mai. Cette fois, son nom de famille est correctement orthographié. Parmi les autres différences entre les deux actes, son âge : 19 ans dans le premier, 18 ans dans le second ; son métier : caissière dans le premier, layetière dans le second ; en fait, c'est la même chose, la layette étant une caisse de bois servant à un usage domestique. Un des témoins de la reconnaissance de la petite Odette est une dénommée Théodora RICARD, âgée de 42 ans. Là encore, on peut relever une erreur dans l'orthographe du nom de famille. Il s'agit en fait de Théodora RICARTE. Elle n'a pas signé l'acte car elle ne sait pas écrire d'où l'erreur dans la transcription de son nom. En fait, elle s'appelle Théodora SANZ, et elle est veuve de Ramon RICARTE. Si elle a accompagné Mathilde BROUET ce jour là, c'est parce que la petite Odette qui vient de naître est sa petite-fille. Le père, non nommé à ce moment, est son fils Henri RICARTE. Grâce à sa fiche matricule, on sait qu'en mars 1903, il habite lui aussi au 32 rue Mazagran.

Il épouse Mathilde l'année suivante.

Extrait de l'acte de mariage de Mathilde BROUET et d'Henri RICARTE. Archives Bordeaux Métropole.

3.2. Le mariage de Mathilde BROUET avec Henri RICARTE

Henri RICARTE a perdu son père, Ramon RICARTE, en 1901. Au moment du mariage, il a encore sa mère, Thédora ou Téodora (selon les actes), qui, on l'a vu, a accompagné Mathilde BROUET lors de la reconnaissance d'Odette. Visiblement, Henri et Mathilde vivent déjà ensemble au 32 rue Mazagran, avec Marie BROUET, la mère de Mathilde. Le mariage permet de légitimer Odette BROUET.

Henri RICARTE a 24 ans. Il mesure 1,63 mètres d'après sa fiche matricule, avec des yeux et des cheveux châtains. Il est couvreur mais a été soldat. Il s'est engagé pour quatre ans mais ne reste dans l'armée que du 21 janvier 1899 au 28 octobre 1901. Il passe cette période essentiellement en Algérie, au 1er bataillon d'infanterie légère d'Afrique.

Il a eu quelques démêles avec la justice : il est condamné à 8 jours de prison pour vol en mars 1898 par le tribunal correctionnel de Bordeaux puis à 15 jours de prison et 5 francs d'amende pour vagabondage et ivresse en avril 1898 par le tribunal correctionnel de La Réole. C'était avant son engagement dans l'armée. Il est de nouveau condamné par le tribunal correctionnel de Bordeaux, en juillet 1907, pour vol et outrage à agent : il écope de quarante-huit heures de prison.

Il décède le 11 octobre 1910 au 10 rue Lafontaine, une rue parallèle à la rue Mazagran, sans doute son dernier lieu d'habitation. Son décès est rapporté par deux employés. Il est mort à une heure du matin.

3.3. Les enfants de Mathilde BROUET et d'Henri RICARTE

Mathilde BROUET et Henri RICARTE sont donc parents d'une petite Odette, née en 1903 et qui décède en 1959.

- En avril 1905, naissance de Marcel qui se marie en 1929 avec une dénommée Anne ROGATION ; lui aussi décède en 1959.

- En janvier 1908, une Raymonde Catherine RICARTE voit le jour mais elle décède en octobre de la même année, un peu avant ses neuf mois.

- En août 1909, une autre petite fille, appelée également Raymonde, naît à la maternité chemin de Canolle. Elle se marie en 1929 avec André BORDES et décède en 1999. À priori, d'après les échos que j'en ai eu, elle était assez connue pour ses mœurs volages, pour la plus grande gêne de ma grand-mère maternelle, Yvonne GOURDON, qui visiblement n'appréciait guère que son mari, André MURAT, eût une cousine germaine ayant ce genre de réputation. Lorsque mes parents se sont mariés, la seule fois où mes quatre grands-parents se sont rencontrés, mon grand-père paternel s'est trouvé connaître Raymonde BORDES, dont le sujet est  apparu dans la conversation. Ma mère a eu droit aux gros yeux de la sienne, signifiant : "tais-toi, ne dis rien, et surtout pas qu'elle est de la famille" ; c'est en tout cas comme cela que ma mère s'en souvient. Comment mon grand-père paternel Jean LARRETGÈRE l'a-t-il connue ? Aucune idée. Il était lui-même très coureur et, qui sait, c'était peut-être une connaissance au sens biblique du terme...

 

Reprenons le fil de notre propos... Donc, quand Henri RICARTE décède en 1910, il laisse à sa veuve trois enfants qui ont 7, 5 et 1 an.

3.4. Nouvelle naissance et nouveau mariage pour Mathilde BROUET

Mathilde BROUET ne reste pas veuve jusqu'à la fin de ses jours. Après tout, à la mort de son mari, bien qu'ayant eu quatre enfants, elle est encore jeune : 25 ans seulement. En 1921, elle épouse Edmond André BOUCASSERT. Mais en attendant ce mariage, Mathilde a un autre enfant le 13 août 1912 : Lucie Andrée BROUET ; pas de père nommé pour la petite Lucie Andrée qui est née à la maternité chemin de Canolle (l'hôpital Pellegrin). La petite Lucie décède 13 mois plus tard. Elle meurt au 168, cours de Bayonne (aujourd'hui le cours de l'Argonne) où se situait l'ancien hôpital et hospices des enfants. 

Avec son mari Edmond André BOUCASSERT dont je ne sais pas grand-chose si ce n'est qu'il est né en 1884 à Bordeaux d'un père marin, Jean, Cyprien, Marius BOUCASSERT (décédé au moment du mariage) et de Marie DARDANT, infirmière en 1921. Il a 37 ans et Mathilde 36. Elle est journalière. Visiblement, ils habitent déjà ensemble puisqu'ils résident tous deux au 38, rue de Bègles. Mathilde a un sixième enfant, une petite fille prénommée Andrée Marie

Claude MURAT (petit-fils de Noélie BROUET, la soeur de Mathilde) m'a raconté que parfois, Mathilde rendait visite à sa sœur cadette (dans les années 1950 sans doute puisque Claude est né en 1949) et restait quelques jours ; c'était en général le signe qu'elle manquait d'argent et qu'elle venait se renflouer un peu chez sa sœur Noélie. C'était quelqu'un qui, apparemment, avait des mœurs assez libres.

4. Noélie "Madeleine" BROUET, mon arrière grand-mère (1887-1966)

Noélie BROUET est née à l’hôpital Saint-André le 9 août 1887 à 8h du matin. La naissance est signalée le 12 août à 14h par une sage-femme de 24 ans répondant au nom de CHARTRON (Mademoiselle). Elle est la fille de Marie BROUET, marchande de 38 ans qui réside au 61 rue Fonfrède. Nous sommes dans le quartier de la gare. Le prénom du bébé est orthographié Noélie. Deux mois plus tard, le 12 octobre 1887, Marie BROUET, qualifiée de revendeuse, reconnait sa fille naturelle dont le prénom est orthographié Noéli (sans le « e »).

 

Mon arrière grand-mère Noélie BROUET a sa propre page sur le site. Cliquez sur le lien ci-dessous.

 

Ci-contre, un portrait de Noélie BROUET (sans certitude absolue).

5. Jean Camille BROUET (1890-1936)

J'ignorais l'existence de Jean Camille BROUET jusque très récemment, n'en ayant jamais entendu parler. Et pour cause : il est mort en 1936 et ma source principale de renseignements, ma mère, est née en 1943. De plus, on parlait peu dans les familles, et on ne disait pas grand-chose aux enfants.

Pour le généalogiste, il existe des documents d'archives très intéressants et en particulier les registres matricules, une fiche de renseignements concernant les garçons de 20 ans qui passent devant le conseil de révision en vue de faire leur service militaire. Il faut chercher dans les tables des registres à l'année de naissance + 20 ans : par exemple, pour un garçon né en 1880, il faut chercher à la "classe" 1900. Il faut donc savoir qui et quand chercher. Sauf si le service d'Archives départementales a indexé les noms, travail très long (et/ou coûteux si le travail est externalisé), mais très utile pour le généalogiste. Et en tapant le patronyme de BROUET dans le moteur de recherche, je suis tombé sur un Jean Camille BROUET, fils naturel de Marie BROUET.

Pour rappel, Jean Camille BROUET est le septième enfant de Marie BROUET ; il est né le 4 février 1890 à l'hôpital Saint-André. Il est reconnu par sa mère le 28 mars de la même année. Il est de père inconnu.

5.1. Jean Camille BROUET dans la Grande Guerre

4141 : c'est le numéro de matricule du conscrit Jean Camille BROUET, manœuvre, qui réside au 71 rue de la gare. Comme il est exempté, son signalement est très succinct. On apprend juste qu'il mesure 1,57 m et que son degré d'instruction est 3.

On aurait pu en rester là mais en 1914, la guerre éclate et elle a besoin d'hommes. Le 28 novembre 1914, Jean Camille est désormais bon pour le service armé ! Il est incorporé dans le 7e régiment d'infanterie coloniale. Le même régiment que le futur mari de sa sœur NoélieLouis MURAT. Cependant, il n'y reste pas longtemps : il est classé en service auxiliaire en mai 1915 et détaché comme manœuvre à Floirac jusqu'en 1917. En effet, Jean Camille a d'importants problèmes de vue : astigmatisme, myopique composé (quand les deux focales sont en avant de la rétine) de l’œil droit et amblyopie (que l'on appelle aussi "l’œil paresseux") de l’œil gauche... En juillet 1917, il intègre le 58e d'artillerie et c'est là qu'il finit la guerre. Il est démobilisé en août 1919.

Extrait du registre matricule de Jean Camille BROUET (1910 ; 4141)

Source : Archives départementales de Gironde.

5.2. Jean Camille BROUET dans la vie civile

Six jours de prison.

C'est la condamnation que lui inflige le tribunal correctionnel de Bordeaux pour vol le 12 février 1909. Décidément, au tournant du XXe siècle, ma famille a donné un peu de travail au Tribunal correctionnel de Bordeaux : Jean Camille BROUET pour vol, Louis MURAT, son beau-frère et père adoptif de mon grand-père André BROUET MURAT qui écope d'une amende de 30 francs pour avoir insulté un chauffeur de tramway, six jours de prison pour Léon PERRIAT, qui boit du vin avec un "chalumeau" à une barrique stockée sur les quais (c'est un vol)... Cependant, nous sommes quand même très loin de la grande délinquance ! 

 

Jean Camille BROUET déménage à priori assez peu. Il habite au 10 de la rue Francin en 1922 et en 1929, au 66 cours Gambetta.

 

Jean Camille BROUET se marie le 27 juillet 1929 ; l'heureuse élue se nomme Irène MILPIED. Il ne profite pas longtemps de son mariage. Sept ans plus tard, presque jour pour jour, il décède. Nous sommes le 24 juillet 1936. Je ne sais rien de plus. Quelles sont les causes du décès ? A-t-il eu des enfants ? Encore des recherches en perspective...

 Irène MILPIED avait une sœur, Jeanne, dont le petit-fils, Philippe, m'a donné le lien de l'acte de naissance de sa grande tante. Elle est née à Saint-Caprais-de-Bordeaux, le 17 juillet 1899, fille d'un cultivateur, Jean MILPIED et de Marie DUCLOUS. Son acte de naissance, outre la date de son mariage, précise également la date de son décès, assez précoce, 10 ans après celui de son époux, le 23 janvier 1946.

6. Marie Marguerite BROUET (1892-1894)

La petite Marie Marguerite naît en décembre 1892 et est reconnue par sa mère en mars 1893. Pour une raison que j'ignore (trop d'enfants ? Pas assez d'argent ?), Marie Marguerite est laissée à l'hospice de Bordeaux. Elle est inscrite sous le numéro 8927 ab. Les deux lettres signifiant sans doute "abandonnée". Elle est confiée à une gardienne, Marie JOUANNET, dans le village d'Yviers, en Charente, dans un hameau répondant au nom de Foucaudes. Et c'est chez sa gardienne qu'elle décède à un an, le 14 janvier 1894. 

L'acte de décès la déclare de père et mère inconnus bien qu'elle ait été reconnue par sa mère comme nous le prouve l'acte de reconnaissance que nous avons vu plus haut.

Acte de décès de Marie Marguerite BROUET

Archives départementales de Charente

Cote : 3 E 464 / 12

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      Le mot de Clio sur les "enfants assistés" au XIXe siècle

 

À partir de 1869, le terme d'enfants assistés vient remplacer les autres dénominations, jugées discriminantes tels qu'enfants de l'hospice, ou bâtards, champis, bourdeaux... Qui étaient appelés ainsi ? Les enfants trouvés ou abandonnés, que l'on mettait à l'hospice. Trois catégories d'enfants, définies par le décret du 19 janvier 1811 pouvaient se retrouver en hospices :                                                                                - les orphelins pauvres ;                                                                                                                                                      - les enfants abandonnés (que le ou les parents, qui étaient donc connus, déposaient à l'hospice) ;                 - les enfants trouvés, de parents inconnus qui avait été laissés sur la voie publique (dans la rue, un porche, à la porte d'une église... ; on parle également d'enfants exposés) ou déposés dans le "tour" (nous reviendrons plus loin sur le "tour"). L'exposition est bien sûr interdite en raison du danger que cela représente pour l'enfant. On va essentiellement parler ici des enfants abandonnés ou des enfants trouvés.                                                                                                                                                                                              En 1819, on compte 32 148 enfants abandonnés admis en hospices. Ce chiffre passe à 35 863 en 1831.Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le nombre d'enfants abandonnés recule : 17 020 en 1871 et 10 697 en 1881. Ensuite, une légère hausse st observable : 15 455 en 1892, l'année de la naissance de Marie Marguerite BROUET. Pourquoi exposer ou abandonner un enfant ? Les deux motifs principaux sont d'une part les naissances illégitimes (issus d'un concubinage, d'une passade, d'un viol) et la pauvreté. Bien sûr, les deux motifs ne sont pas exclusifs l'un de l'autre. Les enfants illégitimes, souvent à la charge de la mère seule dans une société sans réels secours matériels, constituent la majeure partie des enfants abandonnés ou trouvés.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              Les enfants en bas âge ne restaient pas à l'hospice. Ils étaient rapidement mis en nourrice, essentiellement à la campagne. La mortalité était très forte dans les hospices pour les enfants en bas âge qui n'étaient pas toujours en bonne santé à leur arrivée. L'état des hospices n'améliorait pas toujours la condition de l'enfant dans des locaux humides, exigus, pas aérés, avec une forte promiscuité et peu d'hygiène. Cependant, la mise en nourrice ne protégeait pas forcément l'enfant. Il fallait qu'il survive au voyage à la campagne (s'il avait survécu à l'hospice) et les familles d'accueil étaient pauvres voire très pauvres. Les conditions de vie était donc très dures chez ses familles paysannes démunies. Dès que l'enfant était sevré, le revenu de la nourrice, déjà peu élevé, diminuait. La mortalité infantile, forte chez les enfants pauvres des classes populaires des campagnes (maladies, accidents) était encore plus forte pour les enfants assistés. Pour les moins d'un an, au milieu du XIXe siècle, elle atteignait 50 % ou plus. À partir de 12 ou 13 ans, l'enfant n'est plus pris en charge par l'administration. Il pouvait rester dans la famille d'accueil ou retourner en hospice.    

L'hôpital de la Manufacture                                                                                                                                            En Gironde, c'est l'Hospice des enfants trouvés, appelé hôpital de La Manufacture, à Bordeaux, sur les quais, qui, pendant une grande partie du XIXe siècle, accueille ces enfants trouvés ou abandonnés. On y trouve le fameux tour, cylindre pivotant, parfois fabriqué à partir d'un tonneau, qui permettait d'abandonner l'enfant en tout anonymat. On faisait sonner une clochette après le dépôt de l'enfant.                                                                                                                                                                                                                                L'hôpital de la Manufacture a été établi grâce au leg de 30 000 écus de Madame DE TAUZIA, veuve d'un parlementaire de Bordeaux. La construction débuta en 1624 pour s'achever en 1661, quai de Paludate. Ce bâtiment qui devient l'hôpital général de Bordeaux était avant tout un lieu de secours pour les personnes du premier et du dernier âge que l'on occupait avec des travaux manuels. Il accueille également plus tard des aliénés (en 1728-1729). Systématiquement surpeuplé et en manque de moyens, la situation s'aggrave lors de la période révolutionnaire, ce qui entraîna la fermeture des ateliers. Ils furent réouverts quelques années plus tard. On y enseignait des métiers qui occupaient la population accueillie : au début du XIXe siècle, on y formait des sabotiers, menuisiers, tailleurs cordonniers, tonneliers, maçons, vanniers, tisserands. Et bien sûr, toutes les activités qui permettent de faire fonctionner l'hospice (cuisine, buanderie, étable...)                                                                                                                                                                                                      Cependant, les enfants n'avaient pas vocation à rester à l'hôpital de la Manufacture : en 1859, l'hospice accueille 1 143 enfants et plus de 3 500 sont placés en nourrice extérieure. Seuls les enfants handicapés qui ne peuvent pas être placés ou les plus indociles, qui sont ramenés à l'hospice, restent sur lace. Pour les nourrissons qui transitent à la Manufacture, le lait maternel est remplacé par du lait d'ânesses et de chèvres : l'objectif est de limiter la transmission de la syphilis. Une animalerie est donc ouverte sur place. Les biberons font leur apparition en 1848, sur l'initiative du Bordelais Léonce DELAMOTHE, chargé par la commission des hospices de l'inspection des enfants trouvés. Au milieu du XIXe siècle, les enfants trouvés de Bordeaux ne reçoivent pas d'éducation scolaire par manque de moyens à l'hospice, pas plus que chez les nourrices dans les communes rurales où ils représentent une force de travail et où les maires ne veulent pas contribuer financièrement à leur scolarité. À la Manufacture, ils bénéficient au mieux de quelques rudiments d'orthographe, de lecture et de calcul lors des soirées d'hiver. Pour les plus indisciplinés, c'est la maison de correction, véritable pénitencier où l'on peut être mis au cachot et au pain sec ; la durée maximale du séjour est d'un mois.                                                                                                                                                                                                                                                                                                     En 1881, l'hôpital de la Manufacture est désaffecté.                            

Hôpital de la Manufacture, quai de Paludate à Bordeaux

Exemple de tour pour l'abandon des enfants (Hospice de Macon)

Licence Creative Commons CC BY-SA 3.0. Crédits photographiques : Jlpigache

Les tours d'abandon sont officiellement abolis le 27 juin 1904.

Les zones rurales de placement en nourrice des enfants trouvés de Bordeaux

Source : Cahiers d'archives

L'hôpital hospice des Enfants                                                                                                                            Construit entre 1883 et 1886, inauguré par le président de la République Sadi CARNOT en 1888, cet hôpital est situé cours de Bayonne, plus tard renommé cours de l'Argonne. Il est constitué de plusieurs pavillons de 3 niveaux, bien ventilés par de hautes fenêtres, reliés au bâtiment central par des galeries métalliques. L'objectif est d'éviter les contagions. Cet hôpital hospice accueille les enfants malades et les enfants assistés. À partir de 1920, les enfants sains de l'Assistance publique et les enfants malades sont séparés. Plusieurs lieux sont créés pour les enfants assistés : le foyer Eysinoff et une pouponnière à Talence sur le domaine de Cholet. L'hôpital hospice des Enfants n'est désaffecté qu'en 1992, malgré des locaux exigus et inadaptés depuis depuis de nombreuses années.                                                    

L'hôpital hospice des Enfants, cours de Bayonne (ancien nom du cours de l'Argonne).

Sources :                                                                                                                                                                              - L'Hôpital de la Manufacture in CHU Bordeaux                                                                                                                                                                                                                                                                                                   Articles du site Cahiers d'Archives                                                                                                                    - Enfants trouvés en quête de bonheur                                                                                                                - Enfants trouvés et abandonnés de la Gironde au XIXe siècle                                                                        - Abandonné par sa soeur à 2 ans, il retrouve sa famille à 25 ans - 1840                                                                                                                                                                                                                                                            - GUILAUME Pierre, Enfants au travail, Presses Universitaires de Provence, 2002                                              - ROLLET Catherine, Les enfants au XIXe siècle, Hachette, 2001                                                                                                                                                                                                                                                                            - Ces boîtes où on déposait les bébés au XIXème siècle : les tours d’abandon in On n'est pas des lumières  

Conclusion

Faisons un petit bilan de la vie de Marie BROUET.

 

Née en 1850 à Bordeaux, très tôt orpheline de sa mère Marthe RAYMOND, originaire de Pessac, elle est élevée par son père, Pierre BROUET, vigneron venant de la petite commune de Grézillac, installé à Talence avec ses parents et sans doute par sa marâtre Anne BRIÈS ou BRIEZ.

 

Elle se marie en 1871 avec Guillaume SABARIO dont elle a trois enfants :

- Françoise, Alice en 1873 ;

- Antoine en 1876 ;

- Guillaume en 1879. 

 

Marie BROUET perd ou se sépare de son mari entre 1879 et 1883. Pourquoi 1883 ? C'est à cette date que naît un enfant dont le père n 'est pas Guillaume SABARIO. Mais n'écartons pas l'hypothèse d'une séparation, moins probable, mais possible.

- Henri Antoine BAILLET naît en 1883 et meurt rapidement, un peu avant ses neuf mois.

Elle vit avec Etienne Auguste BAILLET, le père de son fils Henri sans être marié. 

 

Elle a ensuite quatre enfants sans père nommé :

- Mathilde en 1885 ;

- Noélie, dite Madeleine, en 1887 ;

- Jean-Camille en 1890 ;

- Marie Marguerite en 1892 (qui meurt vers un an alors qu'elle est placée dans une famille d'accueil suite à son abandon à l'hospice).  

 

Enfin, Marie BROUET a un dernier enfant avec son compagnon Jean-Marie ARRÉOU.

- Raymond ARRÉOU en 1897 (qui ne vit que quinze jours).

 

Quand meurt-elle ? Je ne sais pas, n'ayant pas encore trouvé un acte de décès à son nom. Elle est toujours vivante en 1921 au mariage de sa fille Mathilde BROUET avec Edmond André BOUCASSERT. Elle a 71 ans. Mais elle est déjà morte quand son fils Jean-Camille se marie en 1929.