Les parents d'Yvonne GOURDON : Marcel GOURDON et Julie PERRIAT (SOSA 14 et 15)

1. Julie PERRIAT et Marcel GOURDON

1.1. Le mariage de Julie PERRIAT et de Marcel GOURDON

La mère d'Yvonne GOURDON (ma grand-mère maternelle) s'appelait Julie PERRIAT (photo ci-dessous) ; c'était la "petite grand-mère" comme l'appelait ma mère. Née en 1871 à Orthez, dans les Basses-Pyrénées, fille de Pierre PERRIAT et de Jeanne LASBORDES. Le nom complet de son père est Pierre PERRIAT dit FLOURET. Il était tanneur mais on reviendra sur son cas plus tard. Ce père meurt sans doute assez tôt car lors du mariage de Julie avec Marcel GOURDON à Bordeaux en 1889, alors qu'elle n'a que 17 ans, son père est mentionné comme déjà décédé. Où ? Quand ? Je n'ai pas encore trouvé... Au moment de son mariage, elle vit avec sa mère à Bordeaux. Sont-elles parties à Bordeaux après ou avant le décès de Pierre PERRIAT dit FLOURET ? Là encore, je n'ai pas trouvé cette information. Habitant Arras, je dépend des archives numérisées sur le site des Archives départementales des Pyrénées Atlantiques et des Archives de Bordeaux Métropole et cela limite grandement mes recherches.

 

Elle épouse donc Marcel GOURDON qui, lui, est né en Charente-Inférieure (que l'on appelle aujourd'hui les Charentes maritimes), dans la commune de Biron, en 1863. Il est employé de chai et elle est journalière, et tous deux habitent Bordeaux. Ils ont respectivement 37 et 45 ans au moment de la naissance de leur fille Yvonne.

 

Quand Yvonne GOURDON se marie avec André MURAT, son père, Marcel GOURDON, est déjà mort. À la guerre comme on l'a raconté à ma mère ? Sans doute pas ; trop âgé en 1914 pour servir dans l'armée (il avait 51 ans), il ne fait pas partie des "morts pour la France" (j'ai quand même vérifié). Serait-il mort pendant (et pas "de") la guerre ? Pour l'instant, je n'ai rien trouvé dans les archives.

 

Grâce à sa fiche matricule, je sais juste qu'il mesurait 1,60 m, qu'il avait les cheveux châtains, les yeux gris, un nez petit, une bouche petite et un visage plein avec un menton rond. Son niveau d'instruction, évalué entre 1 et 2, est plutôt faible (en gros, il sait lire et un peu écrire). Il habite déjà Bordeaux en 1886. Il a visiblement perdu ses droits à la dispense du service militaire comme soutien de famille (son père était décédé) mais je n'en connais pas la cause. Il change plusieurs fois d'adresse à Bordeaux avant de se fixer rue Carpenteyre (dans le quartier Saint-Michel près des quais).

 

Ma mère se souvient juste de la "petite grand-mère", voûtée, pas bavarde, pas méchante mais pas gentille non plus, visiblement indifférente à ses petits-enfants mais plutôt hostile à son gendre André MURAT. Elle décède en 1956 à La Réole, à l'âge de 84 ans.

Julie PERRIAT, la "petite" grand-mère.

Extrait du registre matricule de Marcel GOURDON, Archives départementales de Charentes maritimes.

1.2. Les quatre enfants de Julie PERRIAT et de Marcel GOURDON

Une plongée plus attentive dans les archives de l’État civil bordelais m'a permis de trouver quelques renseignements sur les frères et sœur d'Yvonne GOURDON. Celle-ci était la petite dernière des quatre enfants de Julie PERRIAT et de Marcel GOURDON, qualifié de manœuvre dans les actes de naissance.

 

Léon André GOURDON : 

il est né le 1er juillet 1891 ; pas d'indications de mariage ou de décès sur son acte de naissance contrairement à un usage qui se généralise à cette époque. Cela signifie soit une mort précoce soit un travail d’État civil incomplet (mariage et décès non transmis) ; ou pas de mariage...

 

Joseph Roger GOURDON :

il naît 3 ans après son aîné, le 6 janvier 1894 ; mais il meurt "pour la France" dans la Somme à 21 ans, le 17 février 1915, dans une commune aujourd'hui disparue, Le Mesnil-lès-Hurlus.

 

- Clothilde GOURDON :

elle voit le jour à Bordeaux, comme ses deux grands frères, en 1902, le 12 décembre exactement. Elle se marie à 2 reprises, en 1924 avec Henri LAGRABELLE puis en 1945 avec Jean-Baptiste DUFOUR. Elle meurt prématurément le 18 décembre 1946 à l'âge de 44 ans d'un cancer. Elle avait trois filles.

 

En 1914, Marcel GOURDON , le papa, est déjà décédé d'après la fiche matricule de Joseph GOURDON ; mais il est vivant en 1909 à la naissance d'Yvonne. Son décès n'est pas mentionné sur les registres de 1911 à 1915. Il serait donc sans doute mort en 1910 (ou fin 1909). Les registres n'étant pas en ligne pour ces deux années, je ne peux pas vérifier pour l'instant.

1.3. Le décès de Marcel GOURDON (1863-1910) - Mise à jour

Les Archives Bordeaux Métropole ont mis en ligne les actes de décès de la période 1863-1915. Cela m'a permis de pouvoir retrouver l'acte de décès de mon arrière-grand-père Marcel GOURDON. Cela a confirmé ce que je notais plus haut. Yvonne GOURDON, ma grand-mère, est née en 1909 et c'est son père, Marcel, qui a déclaré sa naissance.Il était donc logiquement vivant. Mais il était déclaré décédé sur la fiche matricule de son fils Joseph en 1914. Sur les actes déjà en ligne, pour la période 1911-1915, pas de mention de sa mort. Il me semblait logique de situer son décès en 1910 ou fin 1909. Et c'était le cas.

Source : Archives Bordeaux Métropole. Acte de décès n°1262. Cote : 3E367.

Marcel GOURDON n'a que 47 ans quand il décède le 25 septembre 1910. Il est mort à 9h du matin à son domicile du 59 de la rue Carpenteyre. Il laisse à sa veuve de 40 ans, Julie PERRIAT, quatre enfants : Léon, 19 ans, Joseph, 16 ans, Clothile, 7 ans (elle en aura 8 en décembre) et la petite Yvonne, qui a fêté sa première année en juin.

Depuis le début du siècle, le couple était fidèle à la rue Carpenteyre, passant du 64 au 59 entre la naissance de Clothile en 1902 et celle d'Yvonne en 1909. C'est une rue proche des quais, dans le quartier Saint-Michel. Les témoins de son acte de décès, des voisins, sont respectivement manœuvre et sans profession. Marcel GOURDON était employé de chai. Ce sont des gens modestes et le quartier, à l'époque, n'avait pas connu le phénomène récent de gentrification (ou "embourgeoisement") propre au centre-ville ancien des villes de France (et d'ailleurs) qui débuta à Bordeaux dans les années 1980.

La photo proposée ici est donc trompeuse car actuelle. L'immeuble a été restauré visiblement récemment (la photo date de 2016). Mais sans doute n'est-ce pas si différent de l''apparence qu'il devait avoir en 1910. Bordeaux était une "ville blanche" comme le soulignait le témoignage de l'économiste (et voyageur) anglais Arthur YOUNG au XVIIIe siècle ; la pierre calcaire des immeubles s'est noircie avec le développement de  la circulation automobile. Celle-ci devait être peu développée au début du siècle et sans doute les façades avaient encore leur couleur claire.

Source : Google Street View.

Le petit point rouge montre la localisation du 59 rue Carpenteyre.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Plan pratique de la banlieue de Bordeaux édité par G. Delmas en 1918. Cliquez ici pour accéder à la page.

 

Vue du Pont de Pierre depuis la flèche Saint Michel, 1907.

Source : Langladure.

1.4. Julie PERRIAT, veuve

Au moment de son mariage, Julie PERRIAT vivait avec sa mère, veuve, qui était sans profession. Je suppose que c'est le frère de JulieLéon, qui faisait "bouillir la marmite" comme on dit. Il a été exempté de service militaire avant d'être définitivement réformé en raison de ses problèmes dentaires. Ne sachant ni lire, ni écrire, il exerce un métier manuel, le métier d'ouvrier raffineur (on peut être raffineur dans trois domaine à cette époque : on peut raffiner le salpêtre, le sucre ou réchauffer les fours dans une verrerie ; je ne sais pas du tout dans quel domaine Léon PERRIAT exerçait...). 

 

Plus de détail sur la vie de Léon PERRIAT dans cette page.

 

Après avoir perdu son père, autre coup dur : son frère Léon, arrêté pour vol en 1897, décède en 1898.

 

Rappelons que Julie PERRIAT a quatre enfants sur une période de 18 ans :

  • Léon en 1891,
  • Joseph en 1894,
  • Clothilde en 1902
  • et enfin Yvonne, ma grand-mère, en 1909.

Coup du sort, en 1910, son mari décède ; Marcel GOURDON n'a pourtant que 47 ans. Elle se retrouve seule avec quatre enfants et la vie devait être bien dure. Ma grand-mère Yvonne racontait à sa fille Lucienne (ma mère) qu'elle devait, toute petite, allait chercher des légumes abandonnés par les marchands ou tombés des charrettes au marché des Capucins pour sa mère.

 

En 1912, le fils aîné de JulieLéon André décède a 21 ans, peut-être d'un accident ou d'une maladie. Dans tous les cas, il meurt le dimanche 11 août 1912 à l'hôpital Saint-André de Bordeaux, au 1 de la rue Burguet. Il était célibataire, manœuvre et logeait au 13 rue du Puits Descazeaux.

 

Elle perd ensuite son fils Joseph Roger en 1915, lors de la Grande Guerre, tué en Champagne, à Mesnils-les-Hurlus. Il avait 21 ans (les détails de sa mort, ou plutôt le contexte, sont évoqués plus loin dans la page).

1.5. La fin de vie de Julie PERRIAT

La vie se passe quand même pour Julie. Ses filles se marient.

Sa fille Clothilde a plusieurs filles de son mariage (quatre à priori), puis divorce et se marie de nouveau. Elle meurt d'un cancer à 44 ans, en 1946. Ma mère m'a raconté que personne n'osait annoncer le décès à sa mère Yvonne, jeune sœur de Clothilde

Comment a réagi Julie PERRIAT ? Je ne sais pas.

 

Julie PERRIAT a donc vu mourir son père alors qu'elle était encore mineure, son mari et trois de ses quatre enfants. Il ne lui reste que sa petite dernière, Yvonne, dont elle ne supporte pas le mari, mon grand-père André MURAT (pas très apprécié non plus par sa belle-sœur Clothile qui parlait de lui à Yvonne en l'appelant "ton con"). Pourtant, tout le monde s'accorde à dire que mon grand-père André était plutôt sympathique. Que lui reprochait sa belle-mère ? Peut-être d'avoir fait un enfant à sa fille avant de l'avoir épousé ? Ou d'être père d'une famille très nombreuse et pauvre ?

 

Sans doute Julie perdait-elle un peu la tête à la fin de sa vie. Elle vivait chez sa fille Yvonne GOURDON et son gendre André MURAT. Elle "voyait" des yeux dans son bouillon et était persuadée que son gendre essayait de l'empoisonner ; elle avait même porté plainte à la police (en tout cas, c'est ce qu'on raconte dans la famille...). Après l'avoir gardé quelques années, André et Yvonne décident de la mettre en maison de retraite, à La Réole. C'est là qu'elle décède en 1956, à l'âge de 84 ans. 

2. Les frères et soeurs d'Yvonne GOURDON - Mise à jour de 2016

2.1. Le décès de Léon André GOURDON

Mise à jour

Léon André GOURDON est, je le rappelle, le fils aîné de Julie PERRIAT et de Marcel GOURDON.

L'étude exhaustive des décès à Bordeaux avec les tables décennales entre 1891 (date de naissance de Léon André GOURDON) m'a permis de retrouver mon grand-oncle dont j'avais perdu la trace. C'est en 1912 qu'il trouve la mort, le 11 août exactement. C'est un dimanche. Il est 20h. Son décès est signalé le lendemain par deux employés qui travaillent au 1 rue Burguet ; on le nomme juste André GOURDON . Il habite rue du Puits Descazeaux. Que fait-il un dimanche soir au 1 rue Burguet ? C'est tout simplement l'adresse de l'hôpital Saint-André. Est-il malade ? A-t-il eu un accident dans le cadre de son travail (il est manœuvre) ? Encore des recherches en perspective...

La façade de l'hôpital Saint-André où décéda mon grand-oncle, Léon André Gourdon, frère de ma grand-mère maternelle Yvonne GOURDON.

Source : inconnue

2.2. Joseph Roger GOURDON, "mort pour la France" (1894-1915)

Comme nous l'avons déjà indiqué plus haut, Joseph Roger GOURDON est né à Bordeaux le 6 janvier 1894. Comme beaucoup de jeunes hommes de sa génération, il meurt lors de la Grande Guerre qui sera appelé plus tard la Première Guerre mondiale. En 1914, il a tout juste 20 ans. Il habite encore avec ses parents au 13 de la rue du Puits Descazeaux et exerce le métier de manœuvre. Son registre matricule ne propose aucune description physique. On sait juste que son niveau d'instruction est de 3.

Essayons de replacer le décès de Joseph Roger GOURDON dans son contexte. Nous n'avons aucune description physique de Joseph dans sa fiche matricule. C'est rare, mais ça arrive. Il était apparemment absent au conseil de révision mais il est incorporé le 4 septembre 1914. Son degré d'instruction est évalué à 3 sur une échelle de 0 à 5. Né en 1894, il aurait du seulement faire son service en 1914 mais en fait, il part directement à la guerre... Ce qui explique sans doute les lacunes de sa fiche.

 

Il est dans le 11e régiment d'infanterie, de la 66e brigade, du 17e corps d'armée, de la IVe armée Au moment de son incorporation, le 11e régiment est déjà au front depuis le mois d'août. Il doit sans doute rejoindre son régiment quand celui-ci est en Champagne, au nord de Mesnils-lès-Hurlus ; le front est en train de se stabiliser et une guerre d'artillerie et de position prend le relais de la guerre de mouvement. Les trous individuels des tirailleurs sont reliés pour former des tranchées. Une grande offensive allemande est lancée le 26 septembre 1914. Après un repli initial, les Allemands sont contenus puis repoussés. Il n'y a plus, sur ce secteur, de grandes offensives allemandes. Pour autant, c'est un zone difficile ; coups de mains et petites attaques se succèdent et ce premier hiver, dans des tranchées mal organisées et boueuses, est très difficile.

 

Après quelques jours de repos à Bussy-le-Château, le 11e régiment reçoit l'ordre de prendre "les tranchées grises". Dans ce secteur au Nord de Mesnils-lès-Hurlus, trois groupes de tranchées allemandes sont appelées "tranchées brunes", "tranchées blanches" et "tranchées grises". Pourquoi cette offensive ? Le 3 février, une attaque allemande a enlevé toute la première ligne d'une zone tenue par la IVe armée. Le général de LANGLE prévoit une offensive le 12  février pour reprendre les positions perdues. Cependant, une tempête de neige oblige un report de l'offensive. On en trouve le témoignage dans le JMO (journal de marche et opérations) du 11e régiment.

Carte de l'opération  ; extrait du JMO du 11ème Régiment d'infanterie du 27 septembre 1914 au 21 octobre 1915.

Carte des tranchées grises ;  source : http://ggfamille4d.canalblog.com/

L'attaque a finalement lieu les 16 et 17 février. C'est un échec et un massacre. L'objectif des "tranchées grises" n'est pas atteint le 16 ; quelques éléments du troisième bataillon arrivent à les atteindre mais en raison d'une violente contre-attaque, ils ne peuvent maintenir leur position. C'est encore pire le lendemain où les troupes du 11e régiment se font pilonner par l'artillerie allemande dans les tranchées et ne peuvent même pas en sortir. Les pertes sont lourdes.

Détail du JMO du 11e Régiment d'infanterie du 27 septembre 1914 au 21 octobre 1915. 

Journée du 17 février 1915.

Détail du JMO du 11ème Régiment d'infanterie du 27 septembre 1914 au 21 octobre 1915.

Journée du 22 février 1915.

Joseph Roger GOURDON figure, mais pas nominalement, dans cette liste laconique. Fait-il parti des tués ou des disparus ? Fut-il blessé et a-t-il succombé rapidement à ses blessures ? Nous ne le saurons jamais... Il fait partie des 18,5 millions de morts de la Grande Guerre, dont 9,7 millions de militaires et parmi eux, près de 1,4 millions de soldats français.

2.3. Clotilde GOURDON (1902-1946)

Je n'ai hélas que peu d'informations sur la sœur de ma grand-mère. Mariée à deux reprises, mère de quatre filles (je n'ai hélas pas de détails) et décédée à 44 ans à Bordeaux. Voici tout ce que je sais concernant Clotilde GOURDON.

Photo : Clotilde GOURDON (1902-1946), soeur de ma grand-mère, Yvonne GOURDON .

Mention des mariages et du décès de Clotilde GOURDON sur son acte de naissance.

Source : Archives Bordeaux Métropole.

Pour aller plus loin :