La famille de Marthe RAYMOND, mère de Marie BROUET et grand-mère de Noélie BROUET

Laurent LARRETGÈRE, mai 2019.

1. Les parents de Marthe RAYMOND : Guilhaume RAIMOND et Jeanne JARRIGE

Retrouver l'acte de décès de Marthe RAYMOND a été l'élément clé pour identifier son lieu de naissance et ainsi, une partie de sa généalogie. Décédée à Bordeaux en 1854, sa naissance était située à Pessac. J'ai donc pu, en consultant les registres de Pessac, retrouver son acte de naissance et le nom de ses parents, puis l'acte de mariage de ses parents et connaître leur propre lieu de naissance et le nom des grands-parents de Marthe. C'est ainsi qu'à partir d'un seul acte, on peut remonter le fil du temps avec un peu de chance et beaucoup de patience (car il faut consulter des listes et des actes en grand nombre avant de parfois trouver la réponse à sa question).

1.1. La naissance de Guillaume RAYMOND le 9 fructidor de l'an V

Les actes de mariage sont des sources importantes d'informations, nous venons de le voir. Guillaume RAYMOND se marie avec Jeanne JARRIGE le 14 avril 1817. Qu'apprend-on sur le marié ?

Extrait de l'acte de mariage de Guillaume RAYMOND et de Jeanne JARRIGE présentant Guillaume RAYMOND et ses parents. Source : Archives départementales de Gironde. Cote : PESSAC 2 E 3.

Guillaume RAYMOND et Jeanne JARRIGE se marient le 14 avril 1817. Marthe, née 11 mois plus tard, est donc leur premier enfant. Les noces ont lieu à Pessac. Guillaume a 21 ans et il est né à Bordeaux le 25 août 1797 (le 9 fructidor de l'an V puisque nous sommes dans la période où le calendrier révolutionnaire a remplacé le calendrier grégorien). Guillaume est vigneron comme son père, Arnaud RAYMOND. Sa mère s'appelle Pétronille MARTIN.

Observons l'acte de naissance de Guillaume RAYMOND.

Acte de naissance de Guilhaume RAIMOND. Source : Archives Bordeaux Métropole.

Transcription (l'orthographe de l'acte a été respectée en dehors des majuscules rétablies) : 

À gauche : Raimond Guilhaume, nourry par la mère

À droite (c'est-à-dire le corps du texte principal) :

- Est né hier à deux heures après midy chez son

- père Guilhaume fils de Arnaud Raymond vigneron

- et de Pétronille Martin son épouse chemin de la

- Chartreuze (...) ainsy qu'il nous a été déclaré par

- Marie Fauchon femme Durand sage femme rue du 

- Reveil n°3 qui a fait l'accouchement et a présenté

- l'enfant en l'absence du père assistée de Guillaume

- Barton, façade des Chartrons n°147 et de Eugènie

- Barton meme maison témoins majeurs La 

- sage femme a déclaré ne scavoir signer Bordeaux

- le neuf fructidor de l'an Cinq de la République (...)

Signatures : William Barton, Eugénie Barton, Montaus officier public


1.2. La naissance de Jeanne JARRIGE le 17 mai 1787

Reprenons l'acte de mariage et cette fois, concentrons-nous sur la mariée.

Extrait de l'acte de mariage de Guillaume RAYMOND et de Jeanne JARRIGE présentant Jeanne JARRIGE et ses parents. Source : Archives départementales de Gironde. Cote : PESSAC 2 E 3.

Jeanne JARRIGE est plus âgée que son époux ; elle a 29 ans et elle est née dans la commune de Saint-Étienne-de-Lisse, à l'Est de Saint-Émilion et de Libourne. Son père, Jean JARRIGE,  est décédée à Mérignac le 21 octobre 1811 mais sa mère, Marie GAUDISSEY ou  GAUDICHAUD ou encore GAUDICHAUT (selon les actes), est vivante et demeure à Pessac. En cherchant dans les registres paroissiaux de la commune de Saint-Étienne-de-Lisse, nous trouvons le baptême, à l'église de Sainte-Colombe (le curé local étant absent), de Jeanne le 11 mai 1787, le lendemain de sa naissance, au lieu-dit Barbey.

Acte de baptême de Jeanne JARRIGE

Source : Archives départementales de Gironde

Cote : E DEPOT 6683 GG9

L'image scannée disponible sur le site des Archives départementales de Gironde est assez floue ; elle a été réalisée non pas d'après le registre original mais d'après les photos prises pour la création des microfilms mis en place dans les salles de lecture des Archives départementales pour éviter l'usure et la dégradation des registres originaux. Et si la photo est un peu floue, l'image scannée l'est aussi. J'ai essayé de la rendre un plus nette avec un logiciel de traitement de l'image.

Transcription :

- Jeanne Jarrige fille légitime de Jean Jarrige et de

- Marie Gaudissey ses pères et mères est née au Barbey le

- dix sept may mil sept cent quatre vingt sept, et a été baptisée

- le lendemain à Ste Colombe en mon absence : parrain

- François Laporte, marraine Jeanne Besnois qui n'ont

- scu signer

- Lageard, curé de Saint-Estèphe 

1.3. La vie de Guillaume RAYMOND et de Jeanne JARRIGE

Que devient le couple Guillaume RAYMOND et Jeanne JARRIGE ? Pourquoi lui, Bordelais, et elle de Saint-Étienne-de-Lisse se marient-ils à Pessac ? Aucune idée. Je n'ai trouvé aucune autre naissance d'enfant pour le couple en dehors de celle de Marthe dans les registres de l'état civil de Pessac. Je suppose qu'ils ont déménagé (ils ne figurent pas dans les décès non plus à Pessac) mais ne sachant où, c'est chercher une aiguille dans une botte de foin.

À défaut de pouvoir retrouver les éléments de la vie des parents de Marthe RAYMOND, on peut essayer de retrouver la trace de ses grands parents.

2. Arnaud RAYMOND et Pétronille MARTIN, grands-parents paternels de Marthe RAYMOND

À partir de l'acte de naissance et de l'acte de mariage de Guillaume RAYMOND, quels sont les éléments nous donnant des pistes sur ses parents, Arnaud RAYMOND et Pétronille MARTIN Guillaume est né à Bordeaux le 25 août 1797, ce qui laisse sans trop d'erreurs supposer que ses parents habitent ou ont habités à Bordeaux. Le père (comme le fils à son mariage) exerce le métier de vigneron. Leur lieu de résidence, Chemin de la Chartreuse, ne correspond plus à une rue actuelle de Bordeaux. Plus intéressant et notable est la présence des deux personnes qui accompagnent la sage-femme lors de la déclaration de naissance de Guillaume (on remarque d'ailleurs la similitude du prénom du témoin et de l'enfant). Qui sont Guillaume BARTON et Eugénie BARTON (le premier signant William sur l'acte) ? Visiblement, ce sont des gens instruits vu la qualité d'écriture des signatures et sans aucun doute aisés (à l'époque, il est rare que les femmes de milieux populaires sachent lire et écrire). Ce sont sans doute les employeurs d'Arnaud ; en effet, la famille BARTON, à Bordeaux, est indissociable de la vente et de la production du vin. Ils habitent le quartier des Chartrons, lieu du négoce bordelais, au 147 de la façade des Chartrons. 

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Le mot de Clio : la famille BARTON                                                                                                            Grâce à Internet, les recherches qui nécessitaient des déplacements dans les bibliothèques municipales et universitaires, dans les Archives départementales, impliquant souvent une plongée longue dans les fichiers et le feuilletage de nombreux ouvrages, ne sont plus indispensables. Elles ont encore leur charme mais j'avoue que j'apprécie de pouvoir consulter un ouvrage de la BNF via leur site Gallica en 5 mn de tâtonnement sur Google plutôt qu'en une semaine ou deux de démarches. J'ai passé mon mémoire de maîtrise d'histoire dans une époque pré-Internet (en 1992) et je n'en suis pas du tout nostalgique ! C'est ainsi que cherchant des renseignements sur William et Eugénie BARTON à Bordeaux, j'ai découvert l'existence d'un livre intitulé La saga des Barton d'Anthony BARTON et de Claude PETIT-CASTELLI, publié en 1991 par l'éditeur Manya. Quelques clics plus tard, le livre était commandé et en quelques jours, il arriva dans ma boîte aux lettres. Les renseignements suivants sont tirés de ma lecture de l'ouvrage.                                                                                                                                                                                                                          Bien qu'étant amateur de vin, je ne connais pas grand-chose de l'histoire des vins de Bordeaux, et donc le nom de BARTON m'était inconnu jusqu’ici. Il s'agit pourtant de négociants puis viticulteurs installés dans le bordelais depuis le début du XVIIIe siècle et encore propriétaires actuellement du château Léoville-Barton, un Saint-Julien Grand Cru classé en 1855 et de deux autres châteaux. J'ai cru que le William BARTON qui est témoin de la naissance de mon ancêtre vigneron était le fils et l'héritier de Thomas BARTON,  fondateur de la dynastie des négociants bordelais BARTON. En effet, un survol rapide de la généalogie accompagnant le livre m'informait que son décès était intervenu en 1799. Cette date était confirmée sur un site consacré à la généalogie de "l"aristocratie du bouchon", c'est-à-dire les négociants de Bordeaux, réalisé par M. Bertrand AUSCHITZKY. Pourtant, cette date est erronée : le livre de Claude PETIT-CASTELLI signale pourtant que le décès de William BARTON intervient en 1793 (date qui n'est pas reprise dans la généalogie en fin de livre qui donne la date de 1799). J'ai vérifié sur l'état civil en ligne du site des Archives de Bordeaux Métropole et effectivement, on trouve l'acte de décès de William BARTON et il est bien daté de 1793. Il ne peut donc être le témoin de la naissance de mon ancêtre Guillaume RAYMOND en 1797. Cherchons donc un peu qui peut être le William BARTON que je recherche en nous informant sur cette famile. Les informations que je livre sont tirées du livre cité précedemment.                                                                                                                                                                                                                                              Thomas BARTON (1695-1780)                                                                                                                                     C'est en 1725 que débarque à Bordeaux Thomas BARTON, un Irlandais de 30 ans. Sa femme Margaret DELAP et son fils de 2 ans, William, sont restés au pays. Formé au commerce par ses oncles maternels, Thomas et William DICKSON, il est, semble-t-il, un excellent commissionnaire qui vise rapidement à voler de ses propres ailes. La ville de Bordeaux compte une communauté irlandaise importante qui amène des navires chargés de laine repartant les cales remplies de vin, le but étant d'échapper au contrôle (et aux taxes) anglaises. Thomas BARTON, après deux missions à Marseille puis à Montpellier, s'installe dans le quartier des Chartrons et se lance dans le commerce du vin. Allemands, Anglais, Hollandais sont nombreux dans le quartier cosmopolite des Chartrons, centre du négoce bordelais, qui, outre le vin, redistribue aussi les produits issus des colonies françaises d'Amérique (sucre, café, indigo...). Thomas BARTON prospère rapidement et gagne le surnom de "French Tom". En 1743, Thomas qui passe une grande partie de ses journées dans son comptoir du quartier des Chartrons, implique son fils unique de 20 ans William (Guillaume en français) dans ses affaires. Cependant, les rapports entre le père et le fils sont conflictuels : "William s'avère d'un caractère difficile, se mettant en colère pour un oui ou pour un non, discutant souvent les ordres de son père"...  Il est également très jaloux de son cousin germain, Samuel DELAP, qui lui à toute la confiance de Thomas BARTON. Peu flatteur, le portrait dessiné se poursuit ainsi : "Son orgueil fait des ravages. Il tyrannise souvent les commis qui travaillent au comptoir, entrant dans des colères futiles et blessantes, les accusant des moindres maux, faisant prévaloir son rang et il faut toute l'autorité de son père pour lui faire entendre raison". En 1756, William est évincé de la société qui s'appelle désormais Thomas BARTON & Samuel DELAP associés (et non plus Thomas BARTON, William BARTON & Samuel DELAP associés), ce qui ne fait qu'accentuer la rancœur de William ("Billy" dans les courriers échangés entre son père et les membres de sa famille) jugé "ingrat et indigne". Ce dernier reste en Irlande avec son épouse, Grace, et ses enfants, ruminant sa colère contre son père et sa haine contre Sam. Cela affecte progressivement la relation entre Tom BARTON et Sam DELAP : en 1764, l'association entre les deux hommes est cassée pour "divergence d'esprit". À cette date, la France et l'Angleterre viennent de finir un conflit qui a duré sept ans et qui a fortement touché le secteur du commerce et provoqué une récession à Bordeaux. Mais l'économie se relance. En 1768, Thomas BARTON, qui se sent vieillir,  fait entrer son neveu Jean BARTON dans sa société qui prend le nom de Thomas et John "Jean" BARTON ; ce dernier reçoit un tiers des revenus du commerce. À 74 ans, Thomas BARTON est le commissionnaire le plus riche de la ville de Bordeaux, à égalité avec Paul NAIRAC, un armateur, protestant lui aussi. Il songe à se retirer des affaires. Son fils William a eu huit enfants avec son épouse Grace ; il voue toujours à son père une haine farouche, son sentiment de rejet étant encore accentué par la tendresse que Thomas a pour ses petits-enfants. Thomas se retire de sa société au profit de son neveu Jean au début de l'année 1772, en échange.d'une part sur les bénéfices de seize mille livres jusqu'à la fin de sa vie et la récupération de son capital initial. Enfin, trois ans après le décès de Thomas BARTON, Jean s'engage à intégrer un de ses petits-enfants dans la société à la hauteur d'un tiers des parts. Thomas se retire dans son château de Saint-Estèphe qui produit du claret. Mais les affaires de Jean BARTON connaissent des difficultés et les relations avec Thomas BARTON se tendent.                                                                                                                                                                                                                                    William BARTON (1723-1793)                                                                                                                                          Thomas BARTON meurt le 17 octobre 1780, laissant derrière lui une fortune colossale, estimée à 5 millions de livres tournois (en 2019, cela devrait correspondre à plus de sept millions d'euros). Son fils unique, William, n'entend pas se laisser spolier et entreprend de tout récupérer, à coup de procès (procédé dont il est familier puisqu'il était en procès avec son père depuis de nombreuses années) avec un certain succès. Il réussit à monter une maison de négoce en jouant sur la notoriété de son père, et il y associe son fils Hugh. Mais il est en guerre avec son épouse, restée en Irlande, qui le trompe et qui a le soutien de leurs enfants. Bien que rencontrant un certain succès dans les affaires, il demeure aigri et isolé. La révolution a affecté son négoce dont s'occupe son fils Hugh ; c'est emprisonné avec sa belle-famille que ce dernier apprend le décès de son père. 

 

Acte de décès de Guillaume (William) BARTON, "neuvième jour de la première décade du second mois de l'an second de la République une et indivisible". Notons qu'il habite au 5 pavé des Chartrons. 

Source : Archives Bordeaux Métropole.

Cote : BORDEAUX 3 E 1

Hugh BARTON (1766-1854)                                                                                                                                          Hugh est le sixième enfant de William BARTON. Il a épousé en 1791 Anna JOHNSTON, fille d'un négociant bordelais, Nathaniel JOHNSTON, qui habite dans le quartier des Chartrons ; et c'est visiblement un mariage d'amour. Son père n'a pas facilité les choses en mettant du temps à accepter cette union. Incarcéré le 14 octobre 1793, comme tous les Anglais de Bordeaux, il reste enfermé au couvent des Carmélites. Il est libéré le par TALLIEN (Jean-Lambert TALLIEN, député de la Convention, proche de DANTON, envoyé en mission à Bordeaux), ayant toujours bénéficié du soutien de son beau-père, en février 1794. Il retrouve sa résidence au 147 quai des Chartrons. Cependant, en raison du contexte, il quitte la France en juin 1795 avec sa femme Anna surnommée Nancy et leur fille Susan.                                                                                                                                                                                                                                                                                    William BARTON et Eugénie BARTON                                                                                                                            Qui sont donc les deux BARTON qui sont témoins à la naissance de mon ancêtre Guillaume RAYMOND en 1797 ? William fils de Thomas BARTON est mort ;  un de ses fils (un frère de Hugh), s'appelle William mais pas d'Eugénie dans son entourage (sa femme s'appelle Isabelle WARREN). S'agit-il d'une homonymie ? Sans doute pas car les BARTON de l'acte de naissance de Guillaume RAYMOND habitent au 147 quai des Chartrons (ou "façade" des Chartrons), possession de Hugh BARTON. À ce jour, je n'ai pas de réponse à apporter.

 

Guillaume RAYMOND a été précédée par une sœur qui n'a pas vécu longtemps. C'est en 1793, le 3 août à 11h du matin, que naît Marguerite RAYMOND. Ses parents vivent à Bordeaux, chez M. BEYERMAN Père, chemin de Mérignac. Avant les BARTON, on voit qu'Arnaud RAYMOND, vigneron, travaillait au service d'un autre négociant connu. Mais je parlerai de la dynastie BEYERMAN une autre fois. 

3. Jean JARRIGE et Marie GAUDISSEY, grands-parents maternels de Marthe RAYMOND

Jean JARRIGE et Marie "GAUDICHAUT" (les variantes du nom sont assez nombreuses selon les actes) sont les parents de Jeanne JARRIGE, qui plus tard, à Pessac, épouse Guillaume RAYMOND. Jeanne JARRIGE voit le jour dans un petit village proche de Libourne et à quelques km de Saint-Émilion, appelé Saint-Étienne-de-Lisse. Le curé qui relève sa naissance et son baptême (qu'il n'a pas lui-même célébré, étant absent), LAGEARD, se dit curé de Saint-Estèphe. Estèphe, Étienne, Stéphane, c'est en fait le même prénom ; on parle aujourd'hui de l'église Saint-Étienne ; datant du XIIe siècle, elle a été modifiée au XIXe siècle. À la fin du XVIIIe siècle, la paroisse comptait à peine plus de cinq cent habitants.

À suivre...