Arnaud RAYMOND et Pétronille MARTIN : SOSA 220 et 221

1. Arnaud RAYMOND, vigneron employé par la riche famille BARTON

À partir de l'acte de naissance et de l'acte de mariage de Guillaume RAYMOND, quels sont les éléments nous donnant des pistes sur ses parents, Arnaud RAYMOND et Pétronille MARTIN Guillaume est né à Bordeaux le 25 août 1797, ce qui laisse sans trop d'erreurs supposer que ses parents habitent ou ont habité à Bordeaux. Le père (comme le fils à son mariage) exerce le métier de vigneron. Leur lieu de résidence, Chemin de la Chartreuse, ne correspond plus à une rue actuelle de Bordeaux.

Plus intéressant et notable est la présence des deux personnes, Guillaume et Eugénie BARTON, qui accompagnent la sage-femme lors de la déclaration de naissance de Guillaume (on remarque d'ailleurs la similitude du prénom du témoin et de l'enfant).

Qui sont Guillaume BARTON et Eugénie BARTON (le premier signant William sur l'acte) ? Visiblement, ce sont des gens instruits vu la qualité d'écriture des signatures et sans aucun doute aisés (à l'époque, il est rare que les femmes de milieux populaires sachent lire et écrire). Ce sont sans doute les employeurs d'Arnaud ; en effet, la famille BARTON, à Bordeaux, est indissociable de la vente et de la production du vin. Ils habitent le quartier des Chartrons, lieu du négoce bordelais, au 147 de la façade des Chartrons. 

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Le mot de Clio : la famille BARTON                                                                                                            Grâce à Internet, les recherches qui nécessitaient des déplacements dans les bibliothèques municipales et universitaires, dans les Archives départementales, impliquant souvent une plongée longue dans les fichiers et le feuilletage de nombreux ouvrages, ne sont plus indispensables. Elles ont encore leur charme mais j'avoue que j'apprécie de pouvoir consulter un ouvrage de la BNF, via leur site Gallica, en 5 mn de tâtonnement sur Google plutôt qu'en une semaine ou deux de démarches. J'ai passé mon mémoire de maîtrise d'histoire dans une époque pré-Internet (en 1992) et je n'en suis pas du tout nostalgique ! C'est ainsi que cherchant des renseignements sur William et Eugénie BARTON à Bordeaux, j'ai découvert l'existence d'un livre intitulé La saga des Barton d'Anthony BARTON et de Claude PETIT-CASTELLI, publié en 1991 par l'éditeur Manya. Quelques clics plus tard, le livre (d'occasion) était commandé et en quelques jours, il arriva dans ma boîte aux lettres. Les renseignements suivants sont tirés de ma lecture de l'ouvrage.                                                                                                                                                                                        Bien qu'étant amateur de vin, je ne connais pas grand-chose de l'histoire des vins de Bordeaux, et donc le nom de BARTON m'était inconnu jusqu’ici. Il s'agit pourtant de négociants puis de viticulteurs installés dans le bordelais depuis le début du XVIIIe siècle et encore propriétaires actuellement du château Léoville-Barton, un Saint-Julien Grand Cru classé en 1855 et de deux autres châteaux. J'ai cru que le William BARTON qui est témoin de la naissance de mon ancêtre vigneron était le fils et l'héritier de Thomas BARTON,  fondateur de la dynastie des négociants bordelais BARTON. En effet, un survol rapide de la généalogie accompagnant le livre m'informait que son décès était intervenu en 1799. Cette date était confirmée sur un site consacré à la généalogie de "l"aristocratie du bouchon", c'est-à-dire les négociants de Bordeaux, réalisé par M. Bertrand AUSCHITZKY. Pourtant, cette date est erronée : le livre de Claude PETIT-CASTELLI signale pourtant que le décès de William BARTON intervient en 1793 (date qui n'est pas reprise dans la généalogie en fin de livre qui donne la date de 1799). J'ai vérifié sur l'état civil en ligne du site des Archives de Bordeaux Métropole et effectivement, on trouve l'acte de décès de William BARTON et il est bien daté de 1793. Il ne peut donc être le témoin de la naissance de mon ancêtre Guillaume RAYMOND en 1797. Cherchons donc un peu qui peut être le William BARTON que je recherche en nous informant sur cette famille. Les informations que je livre sont tirées du livre cité précédemment.                                                                                                                                                                                                                                              Thomas BARTON (1695-1780)                                                                                                                                     C'est en 1725 que débarque à Bordeaux Thomas BARTON, un Irlandais de 30 ans. Sa femme Margaret DELAP et son fils de deux ans, William, sont restés au pays. Formé au commerce par ses oncles maternels, Thomas et William DICKSON, il est, semble-t-il, un excellent commissionnaire qui vise rapidement à voler de ses propres ailes. La ville de Bordeaux compte une communauté irlandaise importante qui amène des navires chargés de laine, repartant les cales remplies de vin, le but étant d'échapper au contrôle (et aux taxes) anglaises. Thomas BARTON, après deux missions à Marseille puis à Montpellier, s'installe dans le quartier des Chartrons et se lance dans le commerce du vin. Allemands, Anglais, Hollandais sont nombreux dans le quartier cosmopolite des Chartrons, centre du négoce bordelais, qui, outre le vin, redistribue aussi les produits issus des colonies françaises d'Amérique (sucre, café, indigo...). Thomas BARTON prospère rapidement et gagne le surnom de "French Tom". En 1743, Thomas, qui passe une grande partie de ses journées dans son comptoir du quartier des Chartrons, implique son fils unique de 20 ans, William (Guillaume en français), dans ses affaires. Cependant, les rapports entre le père et le fils sont conflictuels : "William s'avère d'un caractère difficile, se mettant en colère pour un oui ou pour un non, discutant souvent les ordres de son père"...  Il est également très jaloux de son cousin germain, Samuel DELAP, qui, lui, à toute la confiance de Thomas BARTON. Peu flatteur, le portrait dessiné se poursuit ainsi : "Son orgueil fait des ravages. Il tyrannise souvent les commis qui travaillent au comptoir, entrant dans des colères futiles et blessantes, les accusant des moindres maux, faisant prévaloir son rang et il faut toute l'autorité de son père pour lui faire entendre raison". En 1756, William est évincé de la société qui s'appelle désormais Thomas BARTON & Samuel DELAP associés (et non plus Thomas BARTON, William BARTON & Samuel DELAP associés), ce qui ne fait qu'accentuer la rancœur de William ("Billy" dans les courriers échangés entre son père et les membres de sa famille) jugé "ingrat et indigne". Ce dernier reste en Irlande avec son épouse, Grace, et ses enfants, ruminant sa colère contre son père et sa haine contre Sam. Cela affecte progressivement la relation entre Tom BARTON et Sam DELAP : en 1764, l'association entre les deux hommes est cassée pour "divergence d'esprit". À cette date, la France et l'Angleterre viennent de finir un conflit qui a duré sept ans et qui a fortement touché le secteur du commerce et provoqué une récession à Bordeaux. Mais l'économie se relance. En 1768, Thomas BARTON, qui se sent vieillir,  fait entrer son neveu, Jean BARTON, dans sa société qui prend le nom de Thomas et John "Jean" BARTON ; ce dernier reçoit un tiers des revenus du commerce. À 74 ans, Thomas BARTON est le commissionnaire le plus riche de la ville de Bordeaux, à égalité avec Paul NAIRAC, un armateur, protestant lui aussi. Il songe à se retirer des affaires. Son fils William a eu huit enfants avec son épouse Grace ; il voue toujours à son père une haine farouche, son sentiment de rejet étant encore accentué par la tendresse que Thomas a pour ses petits-enfants. Thomas se retire de sa société au profit de son neveu Jean au début de l'année 1772, en échange d'une part sur les bénéfices de seize mille livres jusqu'à la fin de sa vie et la récupération de son capital initial. Enfin, trois ans après le décès de Thomas BARTON, Jean s'engage à intégrer un de ses petits-enfants dans la société à la hauteur d'un tiers des parts. Thomas se retire dans son château de Saint-Estèphe qui produit du claret. Mais les affaires de Jean BARTON connaissent des difficultés et les relations avec Thomas BARTON se tendent.                                                                                                                                                                                                                                    William BARTON (1723-1793)                                                                                                                                          Thomas BARTON meurt le 17 octobre 1780, laissant derrière lui une fortune colossale, estimée à 5 millions de livres tournois (en 2019, cela devrait correspondre à plus de sept millions d'euros). Son fils unique, William, n'entend pas se laisser spolier et entreprend de tout récupérer, à coup de procès (procédé dont il est familier puisqu'il était en procès avec son père depuis de nombreuses années) avec un certain succès. Il réussit à monter une maison de négoce en jouant sur la notoriété de son père, et il y associe son fils Hugh. Mais il est en guerre avec son épouse, restée en Irlande, qui le trompe et qui a le soutien de leurs enfants. Bien que rencontrant un certain succès dans les affaires, il demeure aigri et isolé. La révolution a affecté son négoce dont s'occupe son fils Hugh ; c'est emprisonné avec sa belle-famille que ce dernier apprend le décès de son père. 

 

Acte de décès de Guillaume (William) BARTON, "neuvième jour de la première décade du second mois de l'an second de la République une et indivisible". Notons qu'il habite au 5 pavé des Chartrons. 

Source : Archives Bordeaux Métropole.

Cote : BORDEAUX 3 E 1

Hugh BARTON (1766-1854)                                                                                                                                          Hugh est le sixième enfant de William BARTON. Il a épousé en 1791 Anna JOHNSTON, fille d'un négociant bordelais, Nathaniel JOHNSTON, qui habite dans le quartier des Chartrons ; et c'est visiblement un mariage d'amour. Son père n'a pas facilité les choses en mettant du temps à accepter cette union. Incarcéré le 14 octobre 1793, comme tous les Anglais de Bordeaux, il reste enfermé au couvent des Carmélites. Il est libéré le par TALLIEN (Jean-Lambert TALLIEN, député de la Convention, proche de DANTON, envoyé en mission à Bordeaux). Ayant toujours bénéficié du soutien de son beau-père, en février 1794, il retrouve sa résidence au 147 quai des Chartrons. Cependant, en raison du contexte, il quitte la France en juin 1795 avec sa femme Anna surnommée Nancy et leur fille Susan.                                                                                                                                                                                                                                                                                    William BARTON et Eugénie BARTON                                                                                                                            Qui sont donc les deux BARTON qui sont témoins à la naissance de mon ancêtre Guillaume RAYMOND en 1797 ? William fils de Thomas BARTON est mort ;  un de ses fils (un frère de Hugh), s'appelle William mais pas d'Eugénie dans son entourage (sa femme s'appelle Isabelle WARREN). S'agit-il d'une homonymie ? Sans doute pas car les BARTON de l'acte de naissance de Guillaume RAYMOND habitent au 147 quai des Chartrons (ou "façade" des Chartrons), possession de Hugh BARTON. À ce jour, je n'ai pas de réponse à apporter.

 

2. L'enfance d'Arnaud RAYMOND et Pétronille MARTIN

2.1. Processus de ma recherche

Pour connaître, ne serait-ce que très vaguement, ce qu'à pu être l'enfance de notre couple d'ancêtres, il faudrait savoir où ils sont nés, dans quel type de milieu social et géographique, avec combien de frères et de sœurs, avec des parents vivants ou décédés alors qu'Arnaud RAYMOND ou Pétronille MARTIN sont encore enfants, etc.

Pour cela, il faut savoir quel est leur lieu et date de naissance. Pour obtenir ce renseignement, et trouver l'acte de baptême ou de naissance, nous avons deux possibilités principales :

- l'acte de décès qui fait (souvent mais pas toujours) figurer le lieu de naissance, surtout à partir du XIXe siècle.

- l'acte de mariage, essentiel, puisque le plus souvent (mais là encore, pas toujours), figure le lieu de naissances des époux et le nom des parents.

Parfois, avant 1792 et à l'époque ou les registres étaient paroissiaux, le premier né d'un couple a souvent pour parrain deux des grands-parents (ou au moins l'un deux), si celui-ci est vivant.

2.1.1. Les éléments de base pour la recherche concernant Arnaud RAYMOND et Pétronille MARTIN

Que savons nous ? Arnaud RAYMOND et Pétronille MARTIN ont deux enfants :

- Guillaume RAYMOND, on l'a vu sur la page le concernant, époux de Jeanne JARRIGE et père de Marguerite RAYMOND

- Il a été précédée par une sœur, Marguerite, qui n'a pas vécu longtemps. C'est en 1793, le 3 août à 11h du matin, que naît Marguerite RAYMOND. Ses parents vivent à Bordeaux, chez M. BEYERMAN Père, chemin de Mérignac. Avant les BARTON, on voit qu'Arnaud RAYMOND, vigneron, travaillait au service d'un autre négociant connu. Mais je parlerai de la dynastie BEYERMAN une autre fois. 

- Pétronille MARTIN et Arnaud RAYMOND sont vivants et présents au moment du mariage de leur fils Guillaume et tous les trois habitent au même domicile dans la commune de Pessac où a lieu le mariage.

Et là, j'arrive un peu au bout de mes connaissances. Cependant, je vais poursuivre mon petit récit, non pas avec ce que je sais mais avec ce que je cherche.

Quelle sont les possibilités ?

- Chercher d'autres enfants en remontant le temps sur le lieu de leur habitation. Cela permet aussi parfois, d'arriver à trouver le premier né et une idée de la date de mariage.

- Chercher l'acte de décès à partir de leur dernier lieu d'habitation connu (souvent avec le mariage des enfants, ou les naissances des petits enfants quand le grand-père est témoin de l'acte de naissance).

- Après 1800, les recensements peuvent être une aide mais ils ne sont pas tous disponibles en ligne et rarement complets (c'est-à-dire qu'il n'a pas le recensement pour une commune X tous les cinq ans). Sinon, on peut trouver l'âge et le lieu de naissance des habitants d'un ménage. Mais pas à chaque fois : en 1820 par exemple, le recensement de Pessac ne mentionne que le chef de ménage et le nombre de personne vivant dans le ménage : pas d'autres noms donc que celui du chef de ménage, aucune mention de l'âge, du nom de métier, du lieu de naissances....

Les roues de secours

Les Français sont très nombreux à faire de la généalogie. Il arrive donc parfois qu'un cousin, proche ou lointain, a pu faire des recherches qui recoupent les miennes voire les complètent ou les approfondissent. Donc, quand je suis un peu bloqué, je vais sur Geneanet et je fais un petite recherche. Parfois je ne trouve rien mais parfois, j'ai de bonnes surprises ! Cela a bien fonctionné sur ma famille maternelle (et pas du tout pour ma famille paternelle), et plus spécialement sur les branches girondines et charentaises.

J'utilise également les relevés d'associations de généalogie qui ont la gentillesse de partager leurs données. Quand je suis en fonds, j'essaie de cotiser pour une année mais je le fais essentiellement (et pas régulièrement) pour l'association de généalogie du Bas Adour. Dans mes pages, je cite régulièrement les associations ou les personnes chez qui j'ai pu trouver des informations. C'est-à-la fois une question d’honnêteté intellectuelle et de rigueur scientifique (toujours citer ses sources). Je précise que je vérifie systématiquement les informations recueillies car il arrive parfois que des erreurs apparaissent (date, transcription, homonymies non détectées, etc.)

Et donc, j'ai fait quelques recherches sur les noms de Pétronille MARTIN et d'Arnaud MARTIN et j'ai trouvé des informations grâce aux données mises en ligne par Alain SUTRA (que je ne connais pas mais que je remercie). Nous avons visiblement un ancêtre commun : le père de Pétronille MARTIN

2.2. La naissance de Pétronille MARTIN

Grâce aux recherches d'Alain SUTRA, j'ai appris que Pétronille MARTIN est né en 1756 à Gradignan. La possibilité d'une homonymie était limité puisqu'elle était signalée comme marié avec un Arnaud RAYMOND. J'ai pu me rendre sur le sites des Archives départementales de Gironde et obtenir ainsi l'acte de baptême de mon ancêtre.

Acte de baptême de Pétronille MARTIN

Cote : 5MI 0985 ou 4E3173

Sources : Archives départementales de Gironde

Transcription :

L'an 1756 et le 26ème octobre est née et a été

baptisée Pétronille Martin fille légitime de Raymond

Martin Vigneron et de Marie Ciston. Parrain

Jean Faux marraine Pétronille Martin qui ont

déclaré ne scavoir signer en foy de quoi j'ai signé

Baudry

Vicaire

Ainsi, cet acte, outre le jour de naissance, nous permet de connaître le nom des parents et le métier exercé par le père (ici, vigneron). Ne connaissant que le lieu d'habitation de Pétronille au moment de la naissance de son fils Guillaume, Bordeaux, et celui de son lieu d'habitation au moment du mariage de ce même fils, Pessac, il m'aurait été particulièrement difficile de trouver son lieu de naissance, Gradignan.

2.3. Les recherches concernant Arnaud RAYMOND

Me manque toujours l'acte de mariage de Pétronille MARTIN et d'Arnaud RAYMOND pour connaître, cette fois, le nom des parents d'Arnaud RAYMOND. Je n'ai pour l'instant rien trouvé à Gradignan. Ce qui signifie qu'Arnaud RAYMOND habitait une autre paroisse (et que, contrairement à la tradition, ils ne se sont pas mariés là où habite la jeune épouse). Ou que la famille MARTIN a changé de paroisse.

Une indication, cependant, que je dois encore à Alain SUTRA : un testament d'une sœur de Pétronille, Jeanne MARTIN, née le 20 novembre 1748, qui, en 1783, choisi comme héritier, entre autre, sa sœur Pétronille et son mari, Arnaud RAYMOND, fils de Jean, en 1783. Le mariage a donc eu lieu avant. Mais je ne sais toujours pas où. Et M. SUTRA doit se débrouiller mieux que moi pour les recherches car je n'ai pas pu retrouver, sur les tables de testaments visibles sur le site des Archives départementales de Gironde, la mention de l'acte, rédigé par le notaire DESTANG.

Une piste de recherche cependant : deux autre couples sont désignés par Jeanne MARTIN pour sa succession : le couple Jeanne MARTIN (sa sœur née en 1763) en  et Romain LAGUEYTE et le couple Pétronille MARTIN (sa demi-sœur née en 1733) et André FEYTAUT.

Romain LAGEYTE est le fils d'Eliès LAGUEYTE et une Marie RAMOND (autre forme de RAYMOND). Est-ce un membre de la famille d'Arnaud ? Mystère... En tout cas, c'est une hypothèse que l'on peut creuser...