Pour les premières étapes du Tour de France 1937, où notre cousin Roger Lapébie fut victorieux, il faut cliquer sur les liens suivants:

- Un petit historique du Tour de France et les étapes 01 à 10

- Un petit résumé avec quelques photos d'une très bonne qualité et les étapes 11 à 14

- La fin du Tour avec les étapes 17 à 20.


Journée de repos le 18 juin à Luchon

Après une longue étape qui ne modifia rien au classement général, les cyclistes ont droit à une journée de repos à Luchon (officiellement Bagnères-de-Luchon), une station thermale de Haute-Garonne. Encore une fois, les journaux font à la fois un bilan et des pronostics. L'Auto n'est pas forcément très confiante dans les chances de Roger Lapébie si l'on en croit son titre à la une le 19 juillet... Nous commençons notre revue de presse avec "l'analyse psychologique et tactique" de Roger Lapébie par Henri Desgranges.


L'Auto, 19 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

 

 

 

 

 

 

 

Ce Soir, 19 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


Interrogé par Raymond Huttier pour le quotidien L'Excelsior, Roger Lapébie livre une sorte de réponse aux critiques de Desgranges dans L'Auto.

 

 

 

 

 

L'Excelsior, 19 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

 

 


Le Miroir des Sports, 22 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

Paris soir, 19 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


Quinzième étape / 19 juillet 1937 : Luchon-Pau, 194 kms                                                                 Roger Lapébie, deuxième du classement général

C'est une des étapes clés de ce Tour de France 1937. Pas forcément au classement général qui, pour les trois premiers, ne changent pas. On va dire que c'est un changement psychologiques. L'équipe de France semble de nouveau faire corps autour de Roger Lapébie alors que l'équipe de Belgique semble s'effondrer un peu dans cette étape de montagne. Autre aspect, Lapébie va être sanctionner par des pénalisations en temps qui le mettent et colère et il parle d'abandonner avec le reste de l'équipe. Ce qu'il ne fera pas au final mais qui semble le motiver encore plus. Le désaccord entre Desgranges et Lapébie est plus grand que jamais. Le fondateur du Tour de France va se livrer à une diatribe particulièrement violente et désagréable contre Lapébie et l'accuser de tricherie  au prétexte qu'il est parti de Luchon sans porte-bidon, preuve, d'après lui, que Roger avait organisé un ravitaillement clandestin pour cette étape. Lapébie a-t-il mérité ses pénalisations ? Oui et non. Il est vrai qu'il a bénéficié de poussettes (il n'est pas le seul) mais surtout, Félix Lévitan, futur directeur du Tour de France et journaliste à l'époque, va le tirer depuis sa voiture à un moment ou, exténué, démoralisé, Roger Lapébie pense abandonner. C'est un fait connu aujourd'hui. Par contre, Desgranges fait un procès d'intention sur l'idée d'un ravitaillement clandestin organisé. Avant le départ, Lapébie, lors de l'échauffement, s'aperçoit qu'on lui a scié la potence (ou le guidon) de son vélo. Il faut procéder à une réparation dans l'urgence avec une potence sans porte-bidon. C'est pour cela qu'il part sans ravitaillement. Et c'est pour compenser cela que son frère Guy lui passera au cours de l'épreuve un bidon remplit d'un mélange de thé et de biscuits. Donc sans doute a-t-il mérité sa pénalisation ; pour autant, Desgranges accuse sans fondement Roger Lapébie et montre à son égard, une fois de plus,une franche hostilité.

 

Classement général au 19 juillet :

  1. Sylvère Maës (Belgique)
  2. Roger Lapébie (France)
  3. Mario Vicini (Individuel italien)

La charge d'Henri Desgranges contre Roger Lapébie

L'Auto, 21 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Quelques éléments de réponse dans Libération au cours d'un entretien de Guy Lapébie avec Alain Léauthier.

Libération, 24 juillet 2003.

Laissons de côté cette polémique et reprenons le fil de notre revue de presse...

L'Auto, 20 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Ce soir, 21 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Le texte ci-contre est rédigé par Francis Pélissier, ancien coureur cycliste et correspondant pour le quotidien Ce Soir. Il évoque lui aussi les poussettes et le ravitaillement illégal dont a bénéficié Lapébie mais avec un point de vue plus bienveillant et surtout plus objectif que la charge d'Henri Desgranges. Il mentionne aussi la surveillance spécifique dont fait l'objet Roger Lapébie de deux commissaires sur trois, les commissaires belge et italien.

 

Francis Pélissier est, avec son frère Henri et le coureur Maurice Ville, à l'origine de l'article d'Albert Londres, qui recueillent leurs confidence, "Les Forçats de la route" paru dans Le Petit Parisien en 1924. Ils évoquent (déjà !) les pratiques dopantes en usage dans le peloton.

Francis Pélissier en 1920.

Agence Rol, Bibliothèque nationale de France


L'Humanité est également scandalisé par la décision des commissaires du Tour et le quotidien communiste y voit un complot fasciste contre Roger Lapébie, un coureur populaire (et qui a accepté, avec Chocque, de livrer régulièrement des petits billets sur sa course). Je ne pense pas que la sanction de Lapébie soit la conséquence d'une volonté "fasciste" de lui nuire spécifiquement. Cependant, on peut considérer que les commissaires belges et italiens ne sont pas vraiment neutres (Maës, premier au classement général est belge et Vicini, troisième, est italien) et agissent impunément compte-tenu de l'hostilité de Desgranges, qui reste le maître d’œuvre du Tour, envers Roger Lapébie

L'Humanité, 21 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


L'Intransigeant, 20 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Intransigeant, 21 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Paris-soir, 20 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Paris-soir, 21 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Auto, 20 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Auto, 21 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Exelsior, 20 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


Le Miroir des Sports, 22 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

Deux clichés de Lapébie lors de la quinzième étape. Recueil. Tour de France cycliste de 1937 / [Agence Meurisse ?] - 1937 / gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


Seizième étape / 21 juillet 1937 : Pau-Bordeaux, 235 kms                                                                 Roger Lapébie, deuxième du classement général

Ils ne sont plus que 55 coureurs à arriver à Bordeaux. L'étape Pau-Bordeaux a vu triompher l'équipe de France ; Chocque arrive en tête, Lapébie est deuxième. Il reste d'ailleurs deuxième au classement général mais à seulement quelques secondes du belge Maës. L'équipe belge est à la peine. Visiblement épuisés, les Belges se font progressivement distancés et Maës a du faire un effrot considérable, après une crevaison, pour garder le maillot jaune.

 

Après la polémique "Lapébie", la polémique "équipe belge". Ceux-ci se plaignent d'avoir été sifflé (c'est vrai), menacé (sans doute), d'avoir été visé par des jets de poivre, de cailloux, de pommes de pins... Cela ne correspond pas trop aux observations des journalistes qui ont accompagné les coureurs qui ont juste été témoin des sifflets et d'une boule de papier avec peut-être un fruit... Les Belges se plaindront d'une barrière de passage à niveau qui se ferme juste devant eux. Là encore, c'est peu probable qu'ils fussent expressément visés. Dans tous les cas, c'est très injuste envers les coureurs belges qui ne sont pour rien dans les décisions des commissaires du Tour et ce chauvinisme est totalement déplacé. Cependant, de nombreux observateurs pensent que cela sert de prétexte à l'abandon d'une équipe belge en perte de vitesse et de confiance face à une équipe de France sûre de sa victoire et à un Lapébie conquérant. Mais laissons parler la presse de l'époque.

 

Classement général au 21 juillet :

  1. Sylvère Maës (Belgique)
  2. Roger Lapébie (France)
  3. Mario Vicini (Individuel italien)

L'Auto, 22 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Ce Soir, 22 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Excelsior, 22 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


Le Miroir des Sports, 22 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

L'Auto, 22 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

La polémique "Lapébie" concernant les sanctions reçues par le coureur landais continue d'alimenter la presse. Desgranges n'en démord pas et trouve les sanctions justifiées ; le reste de la presse est plutôt sur l'idée que si Lapébie a enfreint le règlement, il ne l'a pas fait plus que les autres coureurs autour de cette quinzième étape et il a été le seul a être aussi fortement sanctionné. Autre aspect de la discussion : Lapébie a-t-il bien fait de reprendre la course ou bien aurait-il dû arrêter comme il en avait proféré la menace ? Là-encore, les avis sont partagés.

Henri Desgranges défend sa position.

L'Auto, 22 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


Point de vue contesté par d'autres journalistes sportifs comme Paul Cartoux.

L'Intransigeant, 22 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Pourquoi Roger Lapébie n'a pas abandonné à Pau et pourquoi Francis Pélissier le regrette.


Ce Soir, 22 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

La peur des représailles au cours de la seizième étape après les sanctions contre Lapébie.

Paris soir, 22 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

La nouvelle polémique : les Belges parlent à leur tour d'abandonner.

L'Auto, 22 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Miroir des Sports, 24 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

Jean Antoine, journaliste à Match, sous le coup d'une plainte d'Henri Desgranges pour des propos tenus quelques jours plus tôt, fait un petit résumé des difficultés rencontrés par Lapébie dans le Tour.

Match, 22 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

Pour le plaisir, quelques photos de cette étape Pau-Bordeaux ; je rappelle à nos lecteurs que je suis issu de familles bordelaises, landaises et basques et je ne suis pas insensible aux charmes de mes lieux d'enfance...

Miroir des Sports, 24 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

Deux clichés de Lapébie lors de la seizième étape ; la deuxième est avec Sylvère Maës. Recueil. Tour de France cycliste de 1937 / [Agence Meurisse ?] - 1937 / gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

La suite du Tour de France 1937 : cliquez ici.