Petit résumé des épisodes précédents...

Soyons honnête, je n'ai pas de raison objective de faire un résumé ; je pourrais me contenter d'écrire : "pour les dix premières étapes, cliquez ici". D'ailleurs, c'est ce que vous pouvez faire...

 

Mais sur le site Gallica, version en ligne d'une partie des ressources de la BNF, on trouve plein de choses. On les trouve en revanche difficilement tant la navigation est confuse. J'ai rarement vu un site aussi peu intuitif. Bref, des fonds photographiques sont disponibles pour le Tour de France 1937. Elles proviennent d'une agence, sans doute l'agence Meurisse ; ce sont des négatifs sur plaque de verre d'une bonne qualité, en noir et blanc, mis en ligne en 2015. Elles ne sont pas toutes bien analysées (une analyse, en archivistique, a pour but de donner, sous une forme organisée, concise et précise, les données pertinentes sur le contenu informatif d’un document ou d’un ensemble de documents. Elle doit principalement répondre aux questions suivantes : Quoi ? Comment ? Avec quoi ? Quand ?). Le travail sur les journaux de l'époque m'ont permis de voir celles qui ont été utilisées dans les différents organes de presse et parfois, de compléter les informations lacunaires des analyses produites par la BNF.

 

Et comme je brûle de partager quelques une de ses photos, je me sers de l'idée de résumé comme prétexte. On les trouve (difficilement) sous l'intitulé suivant : Recueil. Tour de France cycliste de 1937 / [Agence Meurisse ?] - 1937  classées par jour sur le site gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

 


Ici, le départ du Tour le 30 juin 1937. Roger LAPÉBIE est le deuxième coureur en partant de la droite. Les maillots des coureurs de l'équipe de France sont bleu avec une rayure blanche et une rayure rouge. Et un coq bien sûr !

Nous sommes le 4 juillet, c'est la cinquième étape, Belfort-Genève. Roger LAPÉBIE est au bout de la table, à droite, et il ne mange pas. J'ai l'impression qu'il n'y a pas que de l'eau sur la table du déjeuner... Au premier plan, le coureur Georges SPEICHER. Le même jour, Roger LAPÉBIE se repose au côté de Pierre CLOAREC.

6 juillet, étape n°6, entre Genève et Aix-les-Bains.

9 juillet, étape n°9, étape décisive. Roger LAPÉBIE gagne l'étape et grimpe à la troisième place du classement général. Il commence à croire dans ses chances, d'autant qu'il s'est bien débrouillé dans cette épreuve de montagne, habituellement son point faible. Ce n'est pas un grimpeur mais il prend des risques à la descente pour compenser et il connait mieux les Pyrénées que les Alpes.

10 juillet, 10ème étape. Ici, Roger LAPÉBIE , à gauche, pose avec l'ancien directeur du journal L'Auto, assis, qui est également le créateur du Tour de France et son ancien directeur. Malgré les sourires, nous verrons plus tard que DESGRANGES n'apprécie guère Roger LAPÉBIE...

Avant de démarrer avec la journée de repos du 12 juillet et la onzième étape du 13 juillet, un petit rappel du lien familial de Roger LAPÉBIE avec ma petite personne. Roger est le cousin germain de mon père, bien qu'appartenant plutôt, par son âge, à la génération précédente. Sa fille Nicole est née la même année que mon père en 1936. Ci dessous, on peut voir dans l'arbre généalogique le lien de parenté entre mon père, Pierre LARRETGÈRE et les frères LAPÉBIE , Clovis, Roger et Guy.


12 juillet 1937, journée de repos à Nice

N'ayant pas d'étape à se mettre sous la dent, les journaux rédigent quelques articles pour établir un bilan provisoire du Tour de France et à se livrer au jeu des pronostics. Désormais, LAPÉBIE fait figure de vainqueur potentiel, parmi les quatre coureurs en forme du moment, avec MAËS, VICINI et BARTALI. Voyons ce qu'en pense L'Auto, qui, comme on l'a vu dans notre revue de presse des dix première étapes, n'a pas toujours été très confiante (ce que l'on peut comprendre) ni très bienveillante (ce qui ce comprend un peu moins bien) vis à vis du coureur landais (bien que né à Bayonne et ayant vécu à Talence avant de s'installer dans la banlieue parisienne où il possédait une maison à Villennes-sur-Seine et un appartement à Neuilly).

L'Auto, 13 juillet 1937 et photographies de presse (agence Meurisse ?). Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Le 29 juin 1937 Adrien BUTTAFOCCHI a succombé à des blessures consécutives à un accident avec une voiture lors du Grand Prix de la ville d'Antibes deux jours plus tôt. Il descendait l'Estérel alors que la voiture arrivait en sens inverse. Il avait subi une amputation de l'avant-bras gauche, quasiment arraché lors de la collision, et souffrait de blessures à la cuisse gauche et au bas du crâne. Surnommé la "mère poule" en raison de son dévouement envers ses coéquipiers de l'équipe de France, il n'avait pas encore 30 ans.

Deux articles du quotidien Ce Soir reviennent sur la solitude de LAPÉBIE. Ils ne sont plus que six dans l'équipe de France et le moral n'y est plus trop. Le deuxième article, du journaliste Jean DRAY, ne mâche pas ses mots, accusant les coureurs français d'être "fainéants et égoïstes".


Ce Soir, 13 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Le Miroir des Sports, 15 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.


Onzième étape / 13 juillet 1937 : Nice-Toulon, 169 kms et Toulon-Marseille, 65 kms         Roger LAPÉBIE : 2e du classement général

La grande surprise de cette onzième étape, c'est l'abandon de Gino BARTALI, qui faisait figure de favori avant sa chute et qui restait un vainqueur possible de 31ème Tour de France. Certes, il semble, au cours de cette étape, très diminué ; il est sixième du classement général et L'Auto parle de lui comme d'un "cadavre ambulant" dans son édition du 14 juillet. Le gouvernement fasciste italien qui avait fait pression sur le coureur pour qu'il prenne le départ, fait à nouveau pression pour qu'il se retire, préférant éviter une défaite. Pourtant, rien n'était joué. Cependant, pour des raisons de propagande, il vaut mieux pour l'Italie de MUSSOLINI un abandon qu'un échec.

 

Je lis souvent dans les articles actuels consacrés au Tour de France de 1937 que LAPÉBIE a bénéficié de la chute de BARTALI et de son abandon. De sa chute, sans doute ; mais tous les coureurs du Tour ont pu potentiellement profiter de cet accident. Et les accidents, il y en a à chaque Tour. C'est bien triste mais cela fait partie de l'histoire de cette course. A-t-il bénéficié de l'abandon de BARTALI ? Pas vraiment. Déjà, dans la neuvième et la dixième étape, il devançait "Gino le pieux" et dans cette onzième étape, il avait encore gagné une place au classement général. On peut dire objectivement qu'à ce moment là, le Belge MAËS était sans doute son concurrent le plus dangereux. Et pour MAËS également, la chute de BARTALI permettait d'écarter un coureur redoutable.

 

Autre "reproche" récurrent visant à amoindrir la victoire de Roger LAPÉBIE est la suppression des courses contre la montre par équipe, supposée desservir l'équipe belge et favoriser les Français. Cette suppression était réclamée par tous les commentateurs sportifs depuis le début de l'épreuve et la décision des commissaires du Tour avait pour but premier de favoriser les individuels. De plus, ce "contre la montre" par équipe n'apportait que des bonifications très limitées ; cela n'a pas empêché LAPÉBIE de progresser dans cette onzième étape. Les coureurs belges ne se sont pas vraiment plaints de cette suppression et MAËS s'en félicite même, trouvant l'exercice fatigant et ne rapportant pas grand chose au final.

 

Classement général :

  1. Sylvère MAËS (Belgique)
  2. Roger LAPÉBIE (France)
  3. Albertin DISSEAUX (Belgique)

On peut noter que sur les 97 coureurs qui se sont alignés au départ le 29 juin, il n'en reste que 59.

Un petit rappel des différentes étapes avec la carte du Tour 1937.

Le Miroir des Sports, 29 juin 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

 

 

 

A propos de la suppression du contre la montre par équipe, voici la réaction de MAËS, leader de l'équipe belge :

L'Auto, 14 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


Deux photos de Roger LAPÉBIE à son arrivée au vélodrome de Marseille. Il est ici embrassé par un acteur comique, Georges BISCOT qui semble avoir eu son heure de gloire à l'époque muet. Il a joué dans La cage aux Rossignols, tourné en 1944 pour une sortie en 1945 et dont le remake a eu un certain succès en France sous le titre Les Choristes.

Le Miroir des Sports, 15 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

Si le Miroir de Sports salue la performance de Roger LAPÉBIE , la revue souligne cependant que ce fut au prix "d'un formidable effort personnel (qu'il paiera peut-être cruellement dans les étapes à venir)". Là encore, tout en reconnaissant " un exploit remarquable, fantastique, exceptionnel", le journal regrette l'insuffisance de son équipe qui ne l'aide pas à remporter l'étape.

Match, 13 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.


Douzième étape / 14 juillet 1937 : Marseille-Nîmes, 112 kms et Nîmes-Montpellier, 51 kms                                                                                                                                                                                   Roger LAPÉBIE : 2e du classement général

Rien de bien neuf pour cette étape. On souligne le courage d'un Roger LAPÉBIE sans trop de soutien de son équipe par contraste avec l'équipe belge si discipliné. On continue d'évoquer l'abandon de BARTALI et la fin des courses contre la montre par équipe. Certains y voient la volonté de DESGRANGES de favoriser les Italiens, d'autres un soutien à une équipe de France mal en point. Il me semble que les arguments lus en faveur de la première hypothèse tiennent bien la route. Je vous laisse juge...

 

Classement général au 14 juillet :

  1. Sylvère MAËS (Belgique)
  2. Roger LAPÉBIE (France)
  3. Mario VICINI (Individuel italien)

L'Auto, 15 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Humanité, 15 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Intransigeant, 15 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'article ci-dessus est de Robert Bre.

 

 

 

 

Francis PÉLISSIER pense, peut-être avec raison, que l'abandon des courses contre la montre par équipe a pour but essentiel de favoriser les Italiens.

 

Ce Soir, 15 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


Ci-dessous, Roger COULBOIS montre un DESGRANGES soucieux de désavantager les Belges au profit des autres équipes dont la française, objectif de la suppression des courses contre la montre par équipe. Cependant, sa démonstration me semble un peu incohérente, car il explique dans la deuxième partie de son texte que DESGRANGES ne saurait rien refuser aux Belges (tout au moins au sélectionneur de l'équipe belge, que nous avons déjà évoqué, Karel STEYAERT) ou aux Italiens. Peu importe d'ailleurs. L'essentiel est de souligner la diversité des interprétations de cette suppression des contre la montre par équipe et également que favoriser l'équipe de France n'est visiblement pas le soucis premier de DESGRANGES.

Et parlant de Karel STEYAERT, il ajoute :

Le Petit Parisien, 15 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Deux extraits du Miroir des Sports, l'un évoquant le neveu d'Avignon de Roger LAPÉBIE (je ne sais pas qui sait ; un fils de son frère aîné Clovis ? Une autre source, Match, parle d'un filleul, ce qui me semble plus probable), l'autre conseillant les généreux donateurs de boissons aux coureurs qui hésitent entre la limonade et... la bière ! Notre cousin Roger LAPÉBIE qui ne buvait pas d'alcool semble une exception à l'époque...

Le Miroir des Sports, 17 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

Match, 16 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

 

 

Une petite rencontre avec le journaliste Robert Bre.

L'Intransigeant, 16 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.



Treizième étape / 15 juillet 1937 : Montpellier-Narbonne, 103 kms et Narbonne-Perpignan, 63 kms                                                                                                                                                   Roger LAPÉBIE : 2e du classement général

Pas de changement au classement général et pas d’événement réellement notable. LAPÉBIE est à un peu plus de 2 mn de MAËS et VICINI à plus de 5mn. 

 

Classement général au 15 juillet :

  1. Sylvère MAËS (Belgique)
  2. Roger LAPÉBIE (France)
  3. Mario VICINI (Individuel italien)

Le Petit Parisien, 16 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Paris soir, 16 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


Journée de repos à Perpignan le 16 juillet 1937

Une journée de repos à Perpignan le 16 juillet permit aux quotidiens de faire, de nouveau, un bilan de la première grosse moitié du Tour. Dans un long article d'Henri DESGRANGES dans L'Auto du 17 julllet 1937 (je ne le reproduis pas ici ; il  faudra me faire confiance ou aller le lire sur le site Gallica) que, s'il ne tarit pas d'éloges sur les Italiens, BARTALI en tête, sur le jeune individuel français GALLIEN, longuement évoqué, s'il règle ses comptes sur cette histoire de contre la montre par équipe, maintenu pour le Tour de 1937 malgré les critiques puis supprimé au milieu de l'épreuve, il cite à peine LAPÉBIE au détour d'une phrase alors qu'il figure dans les trois premiers depuis plusieurs étapes et qu'il fait désormais parti des vainqueurs potentiels. On reviendra sur cette inimitié de l'ex-directeur du Tour (mais que tout le monde, lui le premier, considère comme le directeur en titre) pour notre cousin. Les autres journalistes du quotidien en font plus de cas cependant.

 

Toute la presse évoque le duel LAPÉBIE-MAËSLAPÉBIE semble plus frais que son adversaire belge mais celui-ci peut compter sur une équipe dévouée ce qui n'est pas le cas du Français. C'est un peu les bases de l'équation du Tour aux pieds des Pyrénées.

 

Le Miroir des Sports consacre une page à un portait de Roger LAPÉBIE, avec un résumé de sa carrière.

Le Miroir des Sports, 20 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

Roger LAPÉBIE au sein des coureurs de l'équipe de France ; c'est le quatrième en partant de la gauche.

Le Miroir des Sports, 20 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.


L'Auto, 17 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Ce Soir, 17 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Paris soir, 17 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Le Petit Parisien, 17 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Quatorzième étape / 17 juillet 1937 : Perpignan-Luchon, 325 kms                                         Roger LAPÉBIE : 2e du classement général

L'Excelsior, 18 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Cette quatorzième étape est divisée en trois sous-étapes sans que l'intérêt de cette fragmentation de la course apparaisse évidente. Et la plupart des commentateurs en tirent la même conclusion : encore une étape pour rien. Pas de changement au classement et des coureurs prudents, en attente.

 

Classement général au 15 juillet :

  1. Sylvère MAËS (Belgique)
  2. Roger LAPÉBIE (France)
  3. Mario VICINI (Individuel italien)

L'Intransigeant, 17 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Humanité, 18 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Auto, 17 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Ce Soir, 18 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

 

 

 

 

L'Auto, 18 juillet 1937. Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Avec les victoires, les publicités se font plus nombreuses pour Roger LAPÉBIE. Il est amusant de noter que les publicités s'adaptaient très vite en fonction du classement général ou des victoires d'étapes ; elles changeaient chaque jour ou presque de "tête d'affiche".


Le Miroir des Sports, 20 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.


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