1. Une petite histoire rapide du Tour de France (1903-1937)

1.1. La création du Tour de France : des causes politiques et économiques

Le journal du Tour, c’est avant tout le quotidien L’Auto-Vélo, l'ancêtre de l’Équipe.. Fondé par un groupe d’industriels le 16 octobre 1900 (date du n°1 qui sort un mardi), le quotidien est dirigé par Henri DESGRANGES, ancien clerc de notaire, ancien cycliste professionnel et journaliste caustique. Le journal prend le nom de L’Auto en 1903. En effet, L’Auto-Vélo a été fondé entre autre par le comte Jules-Albert de DION (créateur de la marque automobile Dion-Bouton), antidreyfusard, qui ne supportait pas les positions dreyfusardes (et les critiques à son endroit)  du directeur du journal Le Vélo, Pierre GIFFARD. Il retire ses publicités du journal mais il a besoin néanmoins d’un support publicitaire. Ce qui conduit à la création de L’Auto-Vélo. La « guerre » entre les deux journaux n’est pas qu’une simple concurrence de tous les instants (et qui se traduit même par une différence de couleur : Le Vélo est publié sur papier vert et L'Auto sur papier jaune) : c'est devant les tribunaux que L’Auto-Vélo perd le droit au mot « vélo » en janvier 1903, sport roi en France à l‘époque. Pour ne pas perdre le lectorat amateur de cyclisme, le journal organise une course appelée à devenir célèbre, le Tour de France, sur une idée du journaliste George « Géo » LEFEBVRE. Cela permet également de concurrencer la course du journal concurrent. Pierre GIFFARD a en effet créé la course Paris-Brest-Paris. Chacun des deux quotidiens défend donc son épreuve cycliste. La première édition du Tour de France en bicyclette a lieu en 1903 et le départ s’effectue le 01 juillet. C’est un immense succès. Cette course devient bien plus qu’une épreuve sportive : longeant les frontières de l’hexagone, ses festivités fusionnent avec celles du 14 juillet et se le Tour se pare de valeurs républicaines, patriotiques voire nationalistes.

L'Auto-Vélo, le premier numéro du 16 octobre 1900. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

1. 2. Les évolutions de la "Grande Boucle" après la "Grande Guerre"

La « Grande boucle » s’interrompt pendant la « Grande Guerre » à partir de 1914 jusqu’en 1919 ou elle reprend difficilement dans un pays encore dévasté : onze coureurs seulement franchissent la ligne d’arrivée. L’année 1919 marque également l’arrivée d'une innovation, le « maillot jaune », pour identifier le cycliste en tête du classement, jaune comme la couleur du papier du journal L’Auto. Cependant, il faudra remanier le règlement à de nombreuses reprises pour retrouver l’intérêt suscité par le Tour avant-guerre. Ce règlement est jugé si sévère et provoque tant de souffrances chez les coureurs que ces derniers deviennent la matière du livre reportage d’Albert LONDRES, Les forçats de la route. Pour enrayer le désintérêt croissant du public, Henri DESGRANGES remplace les équipes « économiques » (organisées autour d’une marque de cycles) par des équipes nationales : Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, etc. Les coureurs qui n’en font pas partie sont sélectionnés dans la catégorie des « touristes-routiers ». Henri DESGRANGES développe également la caravane publicitaire, apparue en 1928. Le Tour de France redevient un succès. Observant la réception enthousiaste du Tour par les grévistes de 1936, les journaux socialistes et communistes que sont Le Populaire et L’Humanité commencent à s’y intéresser.

2. Le Tour de France de 1937

Roger Lapébie ne part pas favori dans un Tour de France riche en nouveautés

Henri Fernand LAPÉBIE, que tout le monde appelle Roger, est né le 16 janvier 1911 à Bayonne. Ses parents sont cependant originaire du village landais de Saint-Geours-de-Maremne. Pour rappel, Roger est le cousin germain de mon père. Roger est le fils de Marie LARRETGÉRE et mon père de Jean LARRETGÈRE, jeune frère de Marie. 

Il a 26 ans quand commence le Tour de France le 30 juin 1937. C'est sa cinquième participation : il a fini 23e en 1932, 29e en 1933, 3e en 1934 ; en 1935, il a abandonné à la 12e étape et n'a pas participé à l'édition de 1936. Passé professionnel en 1932,  il a été champion de France de la course en ligne en 1933 et il a accumulé les victoires lors de courses régionales ou nationales voire internationales : Paris-Saint-Étienne en 1933, 1934, 1935, le Critérium de Parme en 1933 et 1936, l'Omnium International de Buffalo en 1934, les Six jours de Paris avec Maurice ARCHAMBAUD en 1935, les 24h d'Avignon en 1936...

Un mot de Lapébie après sa victoire au championnat de France de 1933. L'Auto, 6 juin 1933. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Transcription :

"Être champion de France

Quelle joie ! Je ne sais

comment remercier L'Auto

qui m'a toujours encouragé

et les amis bordelais qui

m'ont toujours soutenu.

R. Lapébie

le 5 juin 1933."

1933 et 1934,  furent deux années brillantes ; en 1935 et 1936, Roger LAPÉBIE connait plus de difficultés. La médiocrité de ses résultats l'empêchent même d'être sélectionné pour le Tour de France 1936. Mais il commence l'année 1937 dans une forme éblouissante. Il gagne le Paris-Nice et le Critérium national. Cependant, largement en tête de la course Bordeaux-Paris et la victoire quasiment acquise, des douleurs rénales le contraignent à l'abandon.

Pour le Tour de France 1937 L'Auto semble avoir plus confiance en Paul CHOCQUE et Georges SPEICHER. Le Belge Sylvère MAËS, déjà vainqueur en 1936, est le favori du journal.

Roger Lapébie abandonne la course Bordeaux-Paris. L'Auto, 31 mai 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Auto, 24 juin 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. C'est l'autorisation des dérailleurs qui constitue l'innovation la plus importante de ce Tour.

Les équipes nationales engagées dans le Tour de 1937. Le Miroir des Sports, 29 juin 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

Le journal l'Excelsior donne lui aussi comme favoris MAËS, SPEICHER CHOCQUE et l'Italien MARTANO. L'Humanité est plus confiante dans les chances de LAPÉBIE mais il faut dire qu'il a été choisi avec Paul CHOCQUE par le journal communiste pour faire un compte-rendu quotidien. L'Intransigeant (quotidien de droite) voit MAËS, BARTALI, SPEICHER sur le podium, tout comme Le Populaire (quotidien de gauche) et Paris-Soir.

L'Excelsior, 30 juin 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Humanité, 30 juin 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

On notera la caricature des trois dictateurs d’extrême-droite aux frontières françaises de 1937 : Adolph HITLER, Benito MUSSOLINI et Francisco FRANCO. 

Les dix coureurs de l'équipe de France ont conclu une sorte de pacte pour ne pas que chacun agisse en franc-tireur en ne pensant qu'à sa propre victoire ; L'Auto surnomme cette entente le "Traité de Connelles" du nom de la commune de Connelle-sur-Seine où les cyclistes français ont passé une semaine. Ils ont également décidé de se partager les prix et primes du Tour équitablement, quel que soit le ou les gagnants de ces primes.

Le Miroir des Sports, 29 juin 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

L'Auto, 30 juin 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Roger LAPÉBIE est un des cinq Français de l'équipe à faire la une de Match le 29 juin 1937. Et à l'intérieur, un petit portrait. Néanmoins, Match n'envisage pour lui que des victoires d'étapes.

 

Match, 29 juin 1937.

Source : http://www.cyclingpassions.eu.


L'Auto ne néglige pas quelques aspects relevant de la vie privée des coureurs : ici, une photo de Roger LAPÉBIE avec sa femme et sa fille et les impressions de son épouse avant le départ.

 

L'Auto, 30 juin 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.



1ère étape / 30 juin 1937 : Paris-Lille, 263 kms                                                                                  Roger LAPÉBIE : 12e du classement général

Le départ de ce 31e Tour de France est donné à 9h30 au Vésinet, boulevard Montmartre, par le champion Antonin MAGNE. Après la région parisienne, les coureurs passent par Beauvais, Amiens, Arras, Lens pour une arrivée à Lille. Le Luxembourgeois Majerus arrive en tête.

 

Classement général au 1er juillet :

  1. Jean MAJERUS (Luxembourg)
  2. Arsène MERSH (Luxembourg)
  3. Adolf BRAECKEVELDT (Individuel belge)

L'Humanité, 01 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Fidèle à sa réputation d'homme à femmes, Roger LAPÉBIE  semble impatient d'embrasser Joséphine BAKER.

L'Auto, 01 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Je triche un peu car ici, Joséphine BAKER est photographiée avec l'équipe française lors du départ du Tour en 1933 ; mais il y avait déjà Roger LAPÉBIE , juste derrière elle, légèrement à droite.

Match, 2 juillet 1937 (LAPÉBIE caricaturé à droite et Joséphine BAKER à gauche).

Source : http://www.cyclingpassions.eu.

 

Joséphine Baker photographiée par le Studio Harcourt en 1940

Source Photo (C) Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Studio Harcourt



2ème étape / 01 juillet 1937 : Lille-Charleville, 192 kms                                                              Roger LAPÉBIE :  7e du classement général

MAJERUS, toujours en tête, se voit talonner par le Français ARCHAMBAUD, surnommé "le nabot" en raison de sa petite taille (1,66 m).

 

Classement général au 01 juillet :

  1. Jean MAJERUS (Belgique)
  2. Maurice ARCHAMBAUD (France)
  3. Arsène MERSH (Belgique)

Côté français, pour le journaliste Félix LEVITAN (et futur directeur du Tour de 1962 à 1987), trois coureurs peuvent l'emporter, dont LAPÉBIE :

L'Intransigeant, 02 juillet1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


3ème étape  / 02 juillet 1937 : Charleville-Metz, 161 kms                                                              Roger LAPÉBIE : 7e du classement général

Si l'Italien Walter GENERATI remporte cette troisième étape, c'est le Belge KINT prend la tête du classement (et le maillot jaune).

 

Classement général au 02 juillet : 

  1. Marcel KINT (Belgique)
  2. Jean MAJERUS (Luxembourg)
  3. Marcel ARCHAMBAUD (France)

L'Humanité, 03 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

 

 

 

Caricature publiée dans Ce Soir, 04 juillet 1937.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


4ème étape / 03 juillet 1937: Metz-Belfort, 220 kms                                                                      Roger LAPÉBIE : 8e du classement général

L'Allemand BAUTZ remporte l'étape et le maillot jaune en prenant la tête du classement général. ARCHAMBAUD garde sa deuxième place mais c'est BARTALI qui impressionne le plus avec la première épreuve de montagne : le Ballon d'Alsace ; l'Italien passe de la quinzième à la troisième place du classement général.

 

Classement général au 03 juillet :

  1. Erich BAUTZ (Allemagne)
  2. Marcel ARCHAMBAUD (France)
  3. Gino BARTALI (Italie)

L'Auto, 04 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

 Paris-soir, 04 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Roger LAPÉBIE, un "pesco-végétarien"

 

Je lisais sous la plume de Jean ROUSSEL, auteur de Il était une fois le Tour publié aux éditions de l'Harmattan, ceci : "Roger LAPÉBIE l'un des favoris, est un athlète ambitieux, malin, et sa trogne rubiconde lui attire une forte popularité auprès du public français. C'est un bon vivant qui aime les femmes, les mets capiteux et qui ne mâche pas ces mots, ce qui ne lui attire pas que des amis".

Côté femmes, ce fut vrai. Mais "bon vivant", c'est beaucoup dire. On fait souvent remonter son végétarisme à l'année 1937 mais il était très attentif à son alimentation (et plus globalement à son hygiène de vie) bien avant cette date. On lit souvent qu'il était végétarien mais il a continué à manger du poisson toute sa vie (soles et sardines ayant sa préférence).

 

Le journaliste René LEHMANN de L'Intransigeant rencontra Roger LAPÉBIE en 1933 chez son oncle Martial LARRETGÈRE et avait pu constater sa sobriété, voire son "ascétisme". Voyons son opinion sur le coureur ci-dessous. 


L'Intransigeant, 24 juin1933. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


Cinquième étape / 04 juillet 1937 : Belford-Genève, 402 kms                                                  Roger LAPÉBIE : 10e  du classement général

Cette étape se déroule en trois temps :

  • Belfort-Lons-le-Saunier : 175 kms en ligne
  • Lons-le-Saunier-Champagnole : 34 kms contre la montre par équipe
  • Champagnole-Genève : 93 kms en ligne

Classement général au 04 juillet :

  1. Erich BAUTZ (Allemagne)
  2. Marcel ARCHAMBAUD (France)
  3. Léo AMBERG (Suisse)

Antonin MAGNE, vainqueur du Tour de France en 1931 et 1934 n'est favorable ni aux bonifications apportées aux grimpeurs ni aux épreuves contre la montre en équipe ; il explique son point de vue (partagé par de nombreux coureurs et journalistes) dans Paris-soir.

 Paris-soir, 05 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Humanité, 03 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Le Miroir des Sports, 06 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.


Sixième étape / 6 juillet 1937 : Genève-Aix-les-Bains, 180 kms                                              Roger LAPÉBIE  : 17e du classement général

Après une journée de repos bien méritée, les coureurs repartent avec une épreuve de montagne dans les Alpes. Les Français n'ont pas vraiment de chance au cours de cette étape. Crevaison, blessure, chute, abandon... Démoralisé, Roger LAPÉBIE pense abandonner le lendemain (d'après L'Auto).

 

Classement général au 06 juillet :

  1. Erich BAUTZ (Allemagne)
  2. Léo AMBERG (Suisse)
  3. Gino BARTALI (Italie)

L'Auto, 07 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Auto, 07 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Avec un petit retard, un portrait publié avant le départ du Tour par Le Petit Parisien, le 29 juin 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. 

Septième étape / 7 juillet 1937 : Aix-les-Bains-Grenoble, 228 kms                                              Roger LAPÉBIE : 12e du classement général

Encore une étape de montagne avec la montée du Galibier qui culmine à 2642 m. C'est un triomphe pour l'Italien BARTALI, déjà favori du Tour, qui remporte l'étape et se classe en tête du général ; le voilà maillot jaune. Côté français, après le forfait de SPEICHER et l'abandon, que beaucoup trouve injustifié, d'ARCHAMBAUD (on lit même le mot bien fort de "désertion"), les bonnes places de LAPÉBIE (qui propose à l'équipe d'abandonner avant de se reprendre) et MARCAILLOU permettent au moral de remonter (un peu). Ils finissent troisième et quatrième de l'étape et améliorent leur place au classement général. Henri DESGRANGES n'est pas le dernier à fustiger l'abandon ARCHAMBAUD dans L'Auto et met en avant la bonne course du jeune GALLIEN, individuel français qui finit sixième de l'étape. Il souhaite le voir en bonne place dans l'équipe de France pour le Tour de 1938.

 

Classement général au 07 juillet :

  1. Gino BARTALI (Italie)
  2. Edward VISSERS (individuel belge)
  3. Erich BAUTZ (Allemagne)

Le Petit Parisien, le 08 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Humanité, 08 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Le Miroir des Sports, 10 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

Huitième étape / 8 juillet 1937 : Grenoble-Briançon, 194 kms                                                 Roger LAPÉBIE : 10e du classement général

Gino BARTALI faisait parti des favoris, et encore plus après les premières épreuves de montagne. C'était simple, il était déjà considéré comme le vainqueur du Tour ce qui pouvait expliquer le découragement de certains coureurs. Pourtant, au départ, BARTALI ne voulait pas participer au Tour de France. "Gino le Pieux" (son surnom en raison de sa foi profonde), a débuté l'année 1937 avec une sévère broncho-pneumonie (n'oublions pas qu'à l'époque, si Alexander FLEMING a déjà découvert la pénicilline en 1928 et si les premiers antibiotiques de synthèse sont apparus avec les sulfamides en 1932, on est loin d'une généralisation des prescriptions d'antibiotiques). Malgré sa maladie, il a gagné le Giro (le Tour d'Italie), mais ses médecins lui déconseillent de participer au Tour de France. Cependant, malgré son refus initial, il est contraint d'accepter sous la double pression du Parti fasciste italien au pouvoir, en la personne d'Achille STARACE, président du comité olympique italien qui menace de lui retirer sa licence et de le condamner pour insubordination, et d'une campagne de presse diffamatoire de la part du journal Il Popolo d’Italia fondé par MUSSOLINI.

Mais voilà, l'Italien BARTALI chute... Et il perd presque toute son avance sur ses adversaires. S'il demeure maillot jaune, on se demande s'il pourra reprendre la course.

 

Classement général au 08 juillet :

  1. Gino BARTALI (Italie)
  2. Erich BAUTZ (Allemagne)
  3. Léo AMBERG (Suisse)

L'Intransigeant, 09 juillet1933. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Auto, 09 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Match, 13 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

L'Humanité, 09 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

On notera la petite pique de L'Humanité adressé au journal L'Auto qui avait été assez critique envers Roger LAPÉBIE, l'accusant de vouloir abandonner en raison de son "moral lamentable". Ce n'est pas la première fois que le journal communiste défend CHOCQUE et LAPÉBIE contre L'Auto. On verra plus tard qu'Henri DESGRANGES, ancien directeur de L'Auto (il est remplacé en 1931 par Jacques GODDET mais il continue d'écrire dans le quotidien) et du Tour de France (remplacé là également par GODDET en 1936) ne semble pas réellement porter LAPÉBIE dans son coeur.

Neuvième étape / 9 juillet 1937 : Briançon-Digne, 220 kms                                                      Roger LAPÉBIE : 3e du classement général

Si Roger LAPÉBIE n'est pas un "grimpeur", il est un bon descendeur, prenant beaucoup de risques pour compenser ses qualités limitées en montée. Et il gagne cette neuvième étape ! Ce qui lui permet d'être désormais troisième du classement général à moins de deux minutes du leader. BARTALI a bien du mal à reprendre la tête du classement et accuse plus de 10 mn de retard sur le premier, le belge MAËS. Il est cependant sixième donc rien n'est joué.

 

Classement général au 09 juillet :

  1. Sylvère MAËS (Belgique)
  2. Mario VICINI (individuel italien)
  3. Roger LAPÉBIE (France)

Paris-soir, 10 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

 

L'Auto, 10 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Malgré la victoire de Roger LAPÉBIE, L'Auto ne semble pas faire réellement son mea culpa vis-à-vis des critiques et des réserves exprimées à son encontre. Les compliments sont donc toujours teintées de reproches... A gauche, un article de Robert PERRIER qui reproche encore à LAPÉBIE sa soirée au music-hall... Ci-dessous, l'opinion de Jean LEUILLIOT, qui décrit un LAPÉBIE digne d'un roman de STEVENSON. Henri DESGRANGES, dans le même numéro du 10 juillet, évoque à peine la victoire de Roger.


L'Auto, 10 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Le Petit Parisien, le 10 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Match, 13 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

Le 10 juillet, journée de repos à Digne

Lors de cette journée de repos, les journalistes interrogent les coureurs, reviennent sur l'étape de la veille et la victoire de Roger LAPÉBIE. A la suite de l'oubli d'une pénalité, VICINI s'est vu attribuer le maillot jaune avant que MAËS ne reprennent sa place à la tête du classement général. Cependant, le directeur du Tour et de L'Auto, pour ne pas désobliger les Italiens, décida qu'il y aurait deux maillots jaunes. L'Humanité continue d'envoyer des piques au quotidien L'Auto, sans le nommer, soulignant le peu de soutien accordé à LAPÉBIE. Il faut bien reconnaître que si DESGRANGES a décidé d'évoquer enfin dans L'Auto la victoire de LAPÉBIE dans la dixième étape, il ne se prive pas de remettre une couche de critiques et d'être particulièrement condescendant en niant que derrière sa victoire, il y avait une tactique...

L'Auto, 11 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


L'Auto au dessus et l'Humanité à droite, 11 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.


Ce Soir, 11 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Ce Soir, 11 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

L'Excelsior, 11 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Le Petit Journal, 11 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Le Petit Parisien, 11 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Dixième étape, 11 juillet 1937 : Digne-Nice, 251 kms.                                                                   Roger LAPÉBIE : 3e du classement général

Pas de bouleversement particulier au cours de cette dixième étape ; le classement général reste le même, pour les trois premiers, qu'à la fin de la neuvième étape. Une minute et vingt-deux secondes séparent Roger LAPÉBIE de MAËS. Il s'est classé sixième à l'arrivée à Nice après plus de 8h30 de course.

 

Classement général au 11 juillet :

  1. Sylvère MAËS (Belgique)
  2. Mario VICINI (individuel italien)
  3. Roger LAPÉBIE (France)

Le Miroir des Sports, 13 juillet 1937. Source : http://www.cyclingpassions.eu.

L'Auto, 12 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Ici, un des envoyés spéciaux (Karel STEYAERT) de L'Auto semble découvrir (redécouvrir) LAPÉBIE . Comme toujours avec ce quotidien, les compliments semblent toujours être des critiques ; la surprise du succès de LAPÉBIE semble si forte que l'on comprend en creux la piètre estime dont il bénéficiait auprès de l'équipe de DESGRANGES. Ici, STEYAERT, de son vrai nom Karel VAN WIJNENDAELE, est le sélectionneur de l'équipe belge ; Flamand, il choisissait de préférence des coureurs "flandrien", comme MAËS, au détriment des cyclistes wallons.

 

Ci dessous, l'avis de Jacques GODDET rédacteur en chef de L'Auto (il occupe également le poste de directeur, à la fois de L'Auto mais également du Tour de France) dans le même numéro du 12 juillet.

L'Auto, 12 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Paris-soir, 12 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Le Miroir des Sports, 13 juillet 1937. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

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