Martial LARRETGÈRE, fils aîné de Catherine "Rosalie" LARRETGÈRE

Rédigé par Laurent LARRETGÈRE ; corrigé en février et mars 2020.

Mise à jour avec la partie 4 en février 2020.

Petit résumé de mon histoire patronymique (désolé pour l'éventuelle impression de "déjà-lu")

 

Le nom de LARRETGÈRE est issu d'une famille provenant de Soustons. Un membre de cette famille est parti de ce village pour se rendre dans une autre paroisse des Landes, située à environ 15 km "plus bas", c'est-à-dire au Sud-Est : Saint-Geours-de-Maremne. Pierre LARRETGÈRE, c'est son nom, est né en 1772 ; il a deux épouses successives et sept enfants.

Sur ces sept enfants, deux seulement survivent assez longtemps pour avoir une descendance, tous les deux prénommés Jean : 

- Jean LARRETGÈRE, né en 1816,  est le plus âgé des deux frères prénommés Jean (mais le cinquième enfant de la première union ; sa mère est Jeanne MORICHÉRE.

Jean LARRETGÈRE, né en 1827 de la deuxième union ; sa mère s'appelle Graci COURTIEUX.

 

Jean LARRETGÉRE, né en 1816, épouse Catherine DASSÉ, surnommé Mélie (diminutif d'Amélie). Ils ont quatre enfants, deux garçons puis deux filles. Le troisième enfant (la première fille) se prénomme, comme sa mère, Catherine ; mais tout le monde l'appelait Rosalie. Je parle d'elle évoquée dans cette page et on peut y voir également un portrait pris en 1918. C'est mon arrière grand-mère. 

 

Catherine LARRETGÈRE, bien qu'étant de sexe féminin, va transmettre son nom de famille et toutes les personnes portant actuellement le nom de LARRETGÈRE, en France ou ailleurs, descendent de Catherine "Rosalie". Elle a quatre enfants naturels : Martial, Jean-Baptiste, Marie et Jean (mon grand-père).

1. Naissance, formation et mariage de Martial LARRETGÈRE

1.1. Martial LARRETGÈRE, comptable et conscrit

Martial naît le 7 octobre 1877 à 9h du matin "au Brignon", nom de la maison de Saint-Geours-de-Maremne où vit sa mère Catherine "Rosalie" LARRETGÈRE. Elle a 18 ans et elle est qualifié d'ouvrière sur l'acte de naissance de son premier fils. Le père est inconnu. Martial n'est reconnu officiellement par sa mère qu'en 1898, en même temps que Jean-Baptiste et Marie, son frère et sa sœur (Jean, le dernier enfant de la famille, n'est pas encore né). La déclaration de naissance des trois premiers enfants avaient été effectuée par des tiers. Pour Martial, il s'agissait d'une voisine, Marie PUYOBRAU, âgée de 47 ans. Or, déclarer une naissance, même en identifiant la mère, n'est pas une reconnaissance de l'enfant. Il faut donc que les parents (ou l'un des deux) se rendent à la mairie pour reconnaître l'enfant dont la naissance a été déclarée.

Comme souvent, je ne sais rien de son enfance, de sa vie à Saint-Geours-de-Maremne, de sa scolarité. C'est au moment de son service militaire que les sources nous permettent d'obtenir quelques renseignements.

Extrait du registre matricule de Martial LARRETGÈRE.

Source : Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques.

Martial est plutôt grand pour l'époque et pour la région. En effet, en 1900, le Français moyen de sexe masculin mesure 1,658 cm (voir l'article de Jean-Claude PINEAU, "La stature en France depuis un siècle : évolution générale et régionale" dans Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, Année 1993, Volume 5, Numéro 1, pp. 257-268). Avec 1,70 m, il est plus grand que la moyenne, comme ses deux frères, Jean-Baptiste (1,73 m) et Jean (1,69 m). On peut noter qu'il a le même degré d'instruction que ses deux frères (degré 3) mais qu'il exerce la profession de comptable à Biarritz alors que Jean-Baptiste, à 20 ans, est sandalier et Jean, conducteur de tramways. Profession intellectuelle donc pour Martial qui n'est pas le seul de la famille à l'exercer à Biarritz : son cousin germain Pierre LARRETGÈRE, né comme lui à Saint-Geours-de-Maremne en 1877, est également comptable à Biarritz. Ce n'est sans doute pas une coïncidence et ils ont du partir ensemble mais je n'ai rien pour étayer mon intuition. Il me faut effectuer quelques recherches dans cette ville balnéaire mis à la mode par l'impératrice Eugénie. Les thermes, les hôtels, les commerces, les touristes venus de toute l'Europe, offraient des opportunités d'emploi. Cependant, tous les deux "montent" à Paris ; Martial y réside en octobre 1899 et Pierre en août 1900.

 

Martial n'est conscrit que pour une période de moins d'un an, du 14 novembre 1898 au 20 septembre 1899 ; il est incorporé au 49ème régiment d'infanterie de Bayonne. La loi Freycinet du 15 juillet 1889 avait ramené la durée du service militaire de 5 à 3 ans ; avec un an de service, Martial a bénéficié d'une dispense en tant que soutien de famille. Comme il n'est pas encore marié, il doit sans doute cette dispense à son statut de fils d'une mère sans mari, avec un jeune frère de 12 ans (Jean-Baptiste) et une petite sœur qui en a 8 (Marie).

1.2. Le mariage avec Marie Anna ARRETCHÉA

Martial a 22 ans quand le 28 octobre 1899, il se marie à Paris, dans le 1er arrondissement, avec Marie ARRETCHÉA que tout le monde appelle Anna. L'acte de mariage fait état d'un jugement du tribunal civil de Bayonne de février 1912 rectifiant le nom patronymique en ARRETCHÉA au lieu de HARRETCHÉA. Il habite au 28 bis, rue Guersant, dans le 17ème arrondissement. Son épouse, Marie "Anna", est employée de commerce, et vit au 21 rue du Pont-neuf dans le 1er arrondissement. L'installation de Martial à Paris est si récente que les bans du mariage sont publiés également à Bayonne, son ancien lieu de résidence. Où les mariés se sont-ils rencontrés ? Sans doute pas à Paris. Mon père croit se souvenir qu'ils se seraient rencontrés à Biarritz, peut-être dans un hôtel où ils travaillaient tous deux. Mais il est difficile, aujourd'hui, de vérifier cette d'information. 

 

Marie "Anna" ARRETCHÉA est un plus âgée que Martial ; elle a 26 ans. Elle est née le 1er juin 1873 à Saint-Pée-sur-Nivelle (dans les Pyrénées-Atlantiques, à 14 km de Saint-Jean-de-Luz), fille de Dominique ARRETCHÉA, ferblantier, et de Jeanne-Marie DETCHEVERS, couturière.

 

Ils ont deux enfants : Jeanne-Marie en 1900 (le 20 août), Guy en 1911 (le 18 mars) ; Jeanne-Marie et Guy sont nés dans le 17e arrondissement ; Martial est toujours comptable et Marie "Anna" (dont le nom est toujours écrit avec un "H", donc HARRETCHÉA) est caissière. Ils habitent au 28 bis rue Guersant, le domicile de Martial à son arrivée à Paris et de son mariage 10 mois plus tôt.

1.3. Un portrait ?

Je n'ai aucune photo de mon grand-oncle Martial LARRETGÈRE. Il était plus âgé que ses frères et sa soeur et il habitait Paris, loin de son village natal au Sud des Landes. Cependant, il restait proche de sa famille. Son fils Guy a été voir sa grand-mère Catherine "Rosalie" à Saint-Geours-de-Maremne pendant la Grande Guerre. Il a aidé son neveu Roger LAPÉBIE (futur vainqueur du tour de France 1937) au début de sa carrière, en finançant son vélo et en le recevant à Paris. Le frère de Roger LAPÉBIE est d'ailleurs prénommé Martial même si tout le monde l'appelle de son deuxième prénom, Guy.

L'extrait de photo ci-dessous est tiré du portrait de groupe du mariage de mon grand-père Jean, le plus jeune frère de Martial. Aucun des deux n'a de père nommé. Et le personnage à gauche de mon grand-père m'est inconnu. Il occupe pourtant la place réservé traditionnellement au père du marié et doit donc être un très proche parent. Est-ce Martial accompagné de sa fille Jeanne-Marie dite Mayi (22 ans) et son fils Guy (12 ans) ? Je ne peux pas le garantir.

À gauche, la petite fille présente à côté de la personne qui est peut-être Jeanne-Marie, la fille Martial est Marie LARRETGÈRE, fille de Jean-Baptiste, un des quatre enfants de Catherine. Elle a 10 ans. On est donc bien dans la branche paternelle. 

2. Martial LARRETGÈRE et Marie "Anna" ARRETCHÉA : l'histoire d'une ascension sociale

Rédigé en février 2020 par Laurent LARRETGÈRE.

Les sources.

Pour évoquer la vie de Martial LARRETGÈRE, mon grand-oncle et celle de sa famille, je me réfère à deux sources (voir le rappel en bas de page) :

- les souvenirs de son gendre, Raymond RUYER ;

- l'autobiographie de son fils, Guy LARRETGÈRE. Ce document très intéressant, rédigé pour l'APA (Association pour l'autobiographie et le patrimoine autobiographique) m'a été transmis par son petit-fils, Alexis LARRETGÈRE, mon cousin (j'avoue que les degrés de cousinage ne sont pas mon fort). Mon arrière grand-mère (Catherine LARRETGÈRE) est la mère de son arrière grand-père (Martial LARRETGÈRE). Peu importe d'ailleurs : je veux juste ici remercier Alexis pour sa disponibilité et les informations essentielles qu'il a eu la gentillesse de me fournir.  

Il ne peut y avoir d'objectivité dans les souvenirs d'un gendre et les mémoires d'un fils. Cependant, ils ont été des témoins directs de la vie de Martial et d'Anna. J'essaierai, à distance (temporelle), de prendre les précautions d'usage dans les informations que je vais rédiger plus bas. Mais c'est une chance immense d'avoir des traces de vie, celle de Martial et de Guy LARRETGÈRE, celle de Raymond RUYER. En tout cas pour ceux qui s'intéressent à la vie de nos ancêtres. Il m'aurait été tellement agréable de lire les souvenirs ou les mémoires de tous les membres de ma famille aujourd'hui disparus...

J'utilise également les sources classiques de l'état civil, des registres matricules et des sources militaires (Historiques et journaux de marche) et de la presse. 

4.1. Martial s'en va-t-en guerre...

"Je revois très bien le départ de mon père, exubérant, heureux, chantant  : nous reprendrons l'Alsace et la Lorraine !".  C'est (presque) le début de l'autobiographie de Guy LARRETGÈRE. Il écrit le récit de sa vie en juin 1995. Il avait trois ans et demi lorsque la Grande Guerre éclate, entraînant le départ de son père, Martial LARRETGÈRE, à l'armée.

Martial avait fait son service au 49e régiment d'infanterie de Bayonne (nous en avons parlé plus haut). En 1914, marié et papa de deux enfants (Jeanne-Marie dite Mayi, 11 ans et Guy, déjà évoqué), il habite Paris dans le 17e arrondissement, au 47 boulevard Gouvion-Saint-Cyr, et ne rejoint pas son régiment de Bayonne. 

À 36 ans (presque 37), Martial LARRETGÈRE rejoint son corps le 5 août 1914 ; il est affecté à la 24e section du parc automobile de Versailles. En effet, c'est à Versailles, où est stationné le dépôt du corps, que s'installe un parc automobile de plus de plus de 1.000 "unités automobiles", ce qui en fit peut-être le corps de troupe de l'armée française ayant eu le plus gros effectif pendant la guerre.

Il est nommé sergent le 13 février 1915 mais, à sa demande, est "remis" soldat 2e classe en en date du 12 mai 1915. Douze jours plus tard, il passe au 20e escadron du train des équipages militaires.

Je cite l'Historique du 20e escadron du train des équipages :

"Le 20e Escadron du train n'a reçu aucune récompense collective. Il ne pouvait en recevoir en raison de son organisation. Mais, par sa composition même, par la dissémination sur tous les fronts (français, italien, russe, d'Orient) de ses nombreuses unités, le 20e Escadron du train s'est trouvé un peu partout participant aux opérations des éléments des armées auxquels ses unités étaient rattachées". Cet historique est disponible ici.

Je ne sais pas dans quelle compagnie Martial est affecté mais, d'après son fils Guy : "il rapporta, comme trophée, le volant déchiqueté et en morceau (sic) de l'ambulance qu'il conduisait à Verdun".

Le 20e escadron se divisait en compagnies hippomobiles et en compagnies automobiles ; et c'est à ces dernières que devait appartenir Martial. Difficile d'avoir plus de détails compte-tenu des sources disponibles. Près d'une centaine d'ambulances ont été présentes à Verdun durant la guerre... On connait surtout les lieux où ont été stationnés les soldats morts via les registres d'état civil tenus sur le terrain par les officiers. 

Martial part à la guerre ; sa femme, Marie "Anna" ARRETCHÉA doit cependant assurer sa subsistance et celle de ses deux enfants, Jeanne-Marie et Guy. En 1911, dans la déclaration de naissance de Guy, elle est notée sans profession. En 1900, à la naissance de Jeanne-Marie, comme lors de son mariage en 1899, dix mois auparavant, elle était caissière.

Je cite de nouveau Guy LARRETGÈRE : "Ma mère n'avait aucune économie et quelques semaines après [le départ de Martial], elle dut aller travailler comme secrétaire chez un ami de mon père qui avait une usine à Levallois près de chez nous et qui fabriquait des phares et des lanternes pour automobiles, marque Lucidus." Nous y reviendrons...

4.2. De salarié à chef d'entreprise.

En 1900, à la naissance de son première enfant, Jeanne-Marie, Martial LARRETGÈRE est comptable comme l'indique l'acte de naissance de sa fille. Pour une entreprise, un commerce ? Difficile de savoir. Les deux témoins qui accompagnent Martial sont tous les deux employés, mais le document ne précise pas où. Son domicile est le même que lors de son mariage au 28 bis, rue Guersant dans le XVIIe arrondissement.

Un document tiré du journal hebdomadaire Archives commerciales de la France, le numéro du 28 septembre 1901 indique que Martial LARRETGÈRE devient propriétaire d'une épicerie ("et vins" est-il précisé), acheté à un dénommé HENRIET située au 28 bis, rue Guersant, qui est déjà son lieu d'habitation depuis son mariage en 1898, nous l'avons vu plus haut. 

Archives commerciales de la France, 28 septembre 1901 (extrait). 

Sources : Gallica/BNF

Le même hebdomadaire nous apprends également qu'en 1911, Martial vends un commerce, appelé Office industriel, situé au 3, rue Nicolas Flamel à un dénommé COURTET. Il s'agit d'une boutique de matériel et outillages. 

Quelle activité exercice t-il ensuite, avant la guerre ? Je n'ai pas de piste précise ou en tout cas attesté par une source.

3. La famille ARRETCHÉA

Carte postale de Saint-Pée sur Nivelle partagée par Mme Emmanuelle PICARD.

 

La famille de Marie "Anna"  ARRETCHÉA est issue d'un petit village des Basses-Pyrénées ; Saint-Pée-sur-Nivelle (évolution de Saint-Petrus ou Saint-Pierre) est proche de Saint-Jean-de-Luz, dans le Pays Basque. La commune se revendique comme le berceau du xistera (chistera), le panier en osier fixé à un gant de cuir utilisé à la pelote basque.

 

Le père de Marie ARRETCHÉA Dominique HARRETCHÉA (avec un H) est ferblantier ; fabricant ou commerçant ? Je l'ignore. Il est né en 1843 dans la commune d'Ustaritz, capitale du Labourd du XIIème au XVIIIème siècle. Le Labourd était une vicomté et c'est également un des sept territoires basques (dont quatre sont français).

Son grand-père, Antoine ARRETCHÉA (sans H) est batelier. La circulation étant difficile dans le Labourd en raison de la mauvaise qualité des chemins, une partie du transport de marchandises se faisaient sur la Nive. La mère de Dominique HARRETCHÉA (et donc l'épouse d'Antoine) se nomme Marie ou Jeanne (le prénom varie selon les actes) THOMAS, ménagère. C'est lors de l'acte de naissance de Dominique que son nom de famille prend un "H" ; c'est sans doute une erreur de l'officier d'état civil (le maire Paul GARAT) car Antoine, le père, signe ARRETCHÉA.

Dominique a au moins un frère, Baptiste, né en 1838 et une sœur, Pascaline, née en 1836.

 

Dominique a 28 ans quand il épouse, à Saint-Pée-sur-Nivelle, Jeanne-Marie DETCHEVERS, une couturière âgée de 21 ans. Nous sommes le 31 juillet 1872. Elle est la fille de Pierre-Martin DETCHEVERS, menuisier, et de Catherine CASSAIGNE, morte moins d'un mois avant le mariage de sa fille. Les parents de Jeanne-Marie et ses grands-parents (Jean-Baptiste DETCHEVERS et Anne HIRIART d'une part et Martin CASSAIGNE et Marie AINCIART d'autre part) sont tous originaires de Saint-pée-sur-Nivelle.

 

Dominique HARRETCHÉA et Jeanne-Marie DETCHEVERS ont 7 enfants :

  • Marie en 1873,
  • Lucie en 1874,
  • Étiennette en 1877,
  • Félix en 1878,
  • Marie en 1883,
  • Hortense, Anna, Marie en 1888,
  • Fernand, Grégoire en 1891.

L'épouse de Martial LARRETGÈRE est la fille aîné de Dominique HARRETCHÉA ; elle est simplement prénommée Marie à l'état civil et non pas Marie Anna

2.1. Félix ARRETCHÉA et Fernand ARRETCHÉA et la conscription

En construction.

2.2. L'aventure américaine de la famille ARRETCHÉA

En recherchant les fiches matricules de ses frères Félix et de Fernand, j'ai trouvé des petites choses intéressantes. En effet, lorsque le devoir les appelle lors de leur 20 ans, en 1898 pour le premier et 1911 pour le second, ils ont quitté la France pour tenter l'aventure de l'Amérique comme pas mal de Basques. Et c'est au Chili qu'ils ont trouver leur point de chute. J'ai effectué quelques recherches rapides et un site sur l'émigration basque au Chili (c'est aussi le nom du site), de Michel DUHART, avait dans sa liste des migrants basques au Chili une entrée concernant la famille ARRETCHÉA. Cependant, les informations étant en espagnol et n'étant pas hispanophone, je n'ai qu'une compréhension globale des faits évoqués. Mais la page de présentation, qui évoque le contexte et l'évolution des migrations basques en Amérique latine, est en français. Je reviendrai à cette aventure basque de la famille ARRETCHÉA dès que j'aurai pu traduire l'article les concernant.

4. Raymond RUYER, gendre de Martial LARRETGÈRE et de Marie "Anna" ARRETCHÉA

Présentons ici le gendre, Raymond RUYER dont le livre de souvenirs est une des sources importantes sur la famille de ses beaux-parents. 

3.1. Raymond RUYER, philosophe

Raymond RUYER est donc le gendre de Martial LARRETGÈRE. Il épouse Jeanne-Marie (surnommée Mayi) LARRETGÈRE en 1926 ; elle a 25 ans et lui 24. Raymond RUYER est un des grands philosophes français du XXe siècle.

Soyons honnête, avant d’entreprendre mes recherches généalogiques, j’ignorais totalement son existence. Mais je n'y connais rien en philosophie ou pas grand-chose. J’ai effectué depuis quelques lectures et il apparaît que, malgré son relatif anonymat dans le grand public et une éclipse de sa pensée dans le champ philosophique (qui peut s’expliquer par ses idées conservatrices et son éloignement de Paris puisqu’il n’a pas voulu quitter son université de Nancy), la pensée de Raymond RUYER semble originale et importante. Et depuis quelques années, son œuvre suscite à nouveaux travaux et publications. Cependant, la philosophie m’est assez étrangère et je n’ai pas cherché à réellement comprendre la pensée de RUYER malgré la lecture de plusieurs articles à ce sujet ; il est néo-finaliste pour ceux que ça peut intéresser (je me sens plus proche pour ma part de la pensée existentialiste que RUYER n’aimait pas du tout).

 

Par ailleurs, il a publié un livre de souvenirs où il évoque la famille de son épouse, donc la famille de mon grand-oncle Martial LARRETGÈRE et de son épouse Marie « Anna » ARRETCHÉA.

 

Un deuxième tome de ses souvenirs était annoncé, et qui m’aurait également intéressé au plus haut point ; il devait se pencher dans une première partie sur son début de carrière, puis à ses années de prisonnier de guerre lors de Deuxième conflit mondial. Il était détenu dans le Oflag XVIIA. Ce camp pour officiers est assez bien connu pour au moins deux raisons : quelques prisonniers ont mis leur astuce au service de la création d’un film clandestin sur la vie du camp, film qui sortira après-guerre avec le titre Sous le manteau. Ensuite, une université a été créée dans le camp, université qui va dispenser des cours qui permettront à certains prisonniers d’obtenir des diplômes validés après la guerre. Raymond RUYER est souvent présenté comme l’initiateur de ce projet. Et ce deuxième tome de ses souvenirs devait s’intituler Mayi, du surnom de sa femme et j’imagine qu’elle aurait tenu une place importante dans le livre. Hélas, Raymond RUYER décède en 1985, un an après la publication du premier tome de ses souvenirs. Le deuxième existe-t-il sous forme de manuscrit ? Oui, apparemment. Un des petits fils de Raymond RUYER, Jean RUYER, se souvient d'un manuscrit ayant fait la navette entre son père et son oncle. Je croise les doigts pour pouvoir un jour les lire.

3.2. Raymond RUYER, membre de la famille DÜRR

Commençons par présenter Raymond RUYER au sein de sa famille, en lui laissant la parole ; dans l’avant-propos de son livre Ma famille alsacienne et ma vallée vosgienne, voilà ce qu’il écrit :

 

« Ma famille maternelle vient d’un village au centre de la Plaine, entre Sélestat et Strasbourg. Ma mère est née à Hüttenheim. C’était une grande famille, les DÜRR. Quatorze enfants dont treize bien vivants (quatre nés en Alsace).  Tous de type plutôt germanique. À Plainfaing, dans les Vosges, au pied du col du Bonhomme, la famille s’est installée pour longtemps, entre les forêts, dans une vallée agricole et industrielle. Ma mère s’est mariée avec un Vosgien, d’une famille de cultivateurs. Lui était devenu artisan : menuisier-ébéniste. Mon père mourut très jeune. À sa mort, j’avais deux mois à peine. Alors la famille DÜRR « reprit » sa fille, veuve, et moi avec elle, dans la grande tablée familiale. » 

 

Il vit avec sa mère, Elizabeth, veuve donc de Charles RUYER, couturière dans une maison proche de celle de son grand-père, Romain DÜRR, le « papa Dürr », contremaître puis directeur d’une filature, le tissage des Graviers ; il vit au milieu de ses oncles et ses tantes, certains lui étant proche en âge (sa mère était la plus âgée des filles du couple DÜRR). Son grand-père exerce une autorité patriarcale bienveillante mais ferme. Sa grand-mère, Victoire FELTZ, était déjà âgée et malade ; elle meurt quand il est encore jeune. 

 

Photos tirés du livre de souvenirs de Raymond RUYER (voir sources et crédits en fin de page). Son oncle qui a épousé Étiennette ARRETCHÉA est au premier plan, le premier à droite. Sa mère est au premier plan, la deuxième en partant de la gauche. Au centre, Romain DÜRR, le "papa DÜRR".

3.3. La rencontre entre un jeune philosophe alsacien et une jeune parisienne d'ascendance basque et landaise

Comment Raymond RUYER rencontre-t-il Jeanne-Marie LARRETGÈRE, parisienne, fille d’un Landais et d’une Basque (RUYER dit « basquaise » ; on réserve plutôt cette appellation comme adjectif et essentiellement pour la recette du poulet du même nom. Mais RUYER n’est pas du Sud-Ouest...) ?

Tout commence avec l’oncle de Raymond RUYER, Émile DÜRR, qui souhaite se marier une fois dégagé des obligations militaires.  Il travaille comme son père pour la famille GÉLIOT, propriétaire de plusieurs filatures. Joséphine, sœur d’Émile et tante de Raymond RUYER travaillait également pour les GÉLIOT, s’occupant de l’ensemble de l’administration ménagère de leur château après avoir occupé les postes de femme de chambre et de cuisinière. Une des filles des patrons s’est marié avec un officier, en garnison à Bordeaux. Ils ont une jeune femme de chambre issue du Pays basque, Étiennette ARRETCHÉA qui les accompagne lors d’une visite à Plainfaing. Étiennette est une sœur de Marie « Anna » ARRETCHÉA, l’épouse de Martial LARRETGÈRE. Et rapidement, par l’entremise de Joséphine, Émile et Étiennette se marient. Le mariage se déroule à Bayonne. La famille DÜRR semble trouver naturel « d’exploiter » cette nouvelle venue et, comme Émile est l’aîné, Étiennette devait recevoir en « grande tablée » pour reprendre le mot de Raymond RUYER un peu tout le monde sans en obtenir la moindre reconnaissance ni même la moindre contrepartie ; on la charge également d’organiser les mariages de ses belles-sœurs ou beaux-frères parfois. Cependant, Raymond RUYER note son admirable bonne volonté et Étiennette trouvait motif à satisfaction en évoquant sa propre famille, les ARRETCHÉA.

 

Et par l'intermédiaire d’Étiennette, sa tante par mariage, il rencontre d'autres membres de la famille et bien sûr, Jeanne-Marie LARRETGÈRE dite Mayi. Nous reviendrons sur ce mariage quand j'évoquerai Jeanne-Marie LARRETGÈRE plus loin.

3.4. Les souvenirs de Raymond RUYER sur la famille ARRÉTCHÉA

La maman des frères et sœurs ARRETCHÉA, Jeanne-Marie DETCHEVERS, avait, selon le mot de RUYER, « quelque prétention à la noblesse », ce que ne confirme pas mes recherches. Mais Fernand se fait appeler ARRETCHÉA D’ETCHEVERS, détachant le « D » pour en faire une particule (ce qui ne correspond pas aux inscriptions des registres de l'état-civil). Est-ce pour faire accroire à une ascendance aristocratique ? L'étymologie du nom DETCHEVERS provient de l'agglutination du préfixe « d » et des mots basques etxe bertze qui signifie : "de l'autre maison" (au sens de « nouvelle maison »). Donc ce n’est pas un lieu précis correspondant à une propriété comme dans une particule nobiliaire.

Noble ou pas noble, Jeanne-Marie DETCHEVERS, épouse de Dominique HARRETCHÉA est une femme de caractère selon RUYER : « très énergique, très intelligente, avec une certaine rudesse, ironique et supérieure ». Veuve avec de nombreux enfants, elle tenait une épicerie sur la place de Saint-Pée-sur-Nivelle et un petit élevage de chevaux, des pottokak, pluriel de pottok qui se prononce pottiok (RUYER écrit « pottiokac »). C’est une race de poneys pyrénéens. Quand devient-elle veuve ? Grâce à Alexis LARRETGÈRE, arrière-petit-fils de Martial qui a eu l’excellente idée de m’envoyer une photo de la tombe contenant le caveau de famille des ARRETCHÉA, j’ai pu obtenir des dates qui n’étaient pas encore en ligne aux Archives départementales des Pyrénées Atlantiques :

- Dominique HARRETCHÉA, l'époux de Jeanne-Marie DETCHEVERS est déclaré décédé au moment du mariage de Marie « Anna » avec Martial LARRETGÈRE en 1899 : en effet, il meurt en 1897, à l’âge de 52 ans. - Jeanne-Marie DETCHEVERS décède pour sa part en 1938, à l’âge fort respectable de 97 ans.

 

Que nous apprend RUYER sur les frères et sœurs ARRETCHÉA ?

- Fernand et Félix étaient partis faire fortune avec un certain succès au Chili (j'ai déjà évoqué le fait).

- Lucie avait un caractère un peu particulier et devint religieuse, dominicaine plus exactement.

- Marie, non pas celle que l’on surnommait Anna, mais sa jeune sœur, était aussi belle qu’élégante et fit un mariage avec un jeune aviateur, mariage malheureux cependant. Elle meurt d’un cancer du sein (à 34 ans) finissant ses jours chez Marie "Anna", qui l’a soigné « avec dévouement » note RUYER et sous la veille de son autre sœur Lucie, la religieuse.

- Hortense fut un personnage haut en couleurs que Raymond RUYER compare à la Carmen de l’opéra de Bizet. Elle voyageait sur le continent américain comme représentante d’une marque de couture française et comme mannequin peut-être.

Mais c’était surtout de Marie « Anna », l'aînée de la famille dont Étiennette, sa jeune sœur épouse d'Émile DÜRR, était la plus fière.

 


Les sources de la page :

  • Les Archives départementales des Pyrénées atlantiques.
  • Les Archives départementales des Landes.
  • Les Archives de Paris.
  • Le site de Patricio LEGARRAGA Los vascos de Francia en Chile (L'émigration basque au Chili).
  • Des informations données par Alexis LARRETGÈRE, arrière-petit-fils de Martial LARRETGÈRE, à mon oncle Gérard LARRETGÈRE en 2000 par lettre et cette année à moi par mail.
  • RUYER, Raymond - Souvenirs I. Ma famille alsacienne et ma vallée vosgienne, Vent d'est, Nancy, 1985.
  • L'autobiographie de Guy LARRETGÈRE pour l'APA (Association pour l'autobiographie et le patrimoine autobiographique).