Jean-Baptiste Larretgère

Jean-Baptiste Larretgère est le deuxième enfant de mon arrière grand-mère Catherine "Rosalie" Larretgère. Et comme le premier (et comme le seront les deux derniers), c'est un enfant naturel. Je ne sais pas qui est le père. Je ne sais rien non plus de son enfance. Il est né à Saint-Geours-de-Maremne le vendredi 28 mai 1886. Grâce à sa fiche matricule, je peux dire qu'à 20 ans, il mesurait 1,74 m ce qui était assez grand pour l'époque et la région. Il était châtain (cheveux, sourcils et yeux). Son degré d’instruction générale est noté 3 (sur une échelle de 0 à 5).

Il est sandalier et n’est pas encore marié quand, à 21 ans, il fait son service militaire en 1907 (il est de la classe de 1906). Soldat de deuxième classe à son arrivée au 133ème régiment d’infanterie le 7 octobre 1907 sous le numéro de matricule  11 046, il en sort caporal avec un certificat de bonne conduite lors de sa mise en disponibilité le 25 septembre 1909. Il fait une période au 49e RI du 18 avril au 10 mai 1911.


Le mariage

 

Le 7 avril 1910, Jean-Baptiste Larretgère se marie à Saint-Geours-de-Maremne avec Jeanne Lembeye qui habite également la commune.  Il est toujours sandalier et sa mère est aubergiste. Il a une fille le 1er octobre 1912 qui est prénommée Marie (en photo ci-dessous à l'âge de 10 ans). Ce sera son unique enfant. Deux ans plus tard, sa vie change : il part de Saint-Geours-de-Maremne pour plusieurs années. Le caporal Larretgère est mobilisé pour combattre l'Allemagne et l'Autriche. C'est la Première Guerre mondiale.

 

Donc la guerre.

Marie Larretgère à 6 et à 10 ans


Jean-Baptiste Larretgère pendant la Grande Guerre

 

Peu après la mobilisation du 1er août 1914, il arrive dans son régiment, le 249ème RI (le 04 août). Il fait partie du 18ème Corps d'Armée (Bordeaux), de la 35ème Division d'Infanterie (Bordeaux), de la 69ème brigade ; il est affecté à la première compagnie de mitrailleuses. Il est nommé sergent le 13 février 1915 puis adjudant le 20 mai 1917. Il passe au 70ème bataillon de chasseurs alpins le 1er novembre 1917 après la dissolution du 249ème RI fin octobre 1917 ; la 1e compagnie de mitrailleuses dont il fait partie est versée dans les 51e, 52e et 70e bataillons de Chasseurs (source : Historique 70e bataillon alpin de chasseurs à pied, 1914-1918 imprimerie Berger-Levrault).

 

Au cours de la Grande Guerre, il reçoit plusieurs décorations.

  • Citation à l’ordre de la division (croix de guerre étoile d’argent) ; grade sergent mitrailleur numéro matricule 158. « Le 12 mai 1915 a fait preuve d’un grand courage et d’une ténacité exemplaire en dégageant par trois fois son matériel enterré par les obus et, au moment de l’attaque des Allemands, a pu ainsi agir avec ses mitrailleuses sur les assaillants.»
  • Citation à l’ordre du régiment (croix de guerre étoile de bronze) ; grade adjudant. « Chef de section accompli, de grand sang-froid et d’un esprit très élevé. Possède une haute valeur militaire et un ascendant absolu sur ses hommes.  À, le 25 avril 1917, brisé à quelques mètres de la tranchée, la progression de l’ennemi, par ses feux de mitrailleuses ».
  • Citation à l’ordre de la division (croix de guerre étoile d’argent) ; grade adjudant. « Chef de section de mitrailleuses de premier ordre. Le 5 mai 1917 s’est porté en avant pour appuyer une contre-attaque et, en mettant en batterie sous un feu d’une rare violence, a arrêté net toutes les tentatives de l’ennemi ».

Dans le 70ème BCA, son comportement est également remarqué. Il est détenteur de la fatiche di guerra, décoration italienne ; avec son bataillon, il passe quelques mois en Italie à combattre les troupes autrichiennes au début de l'année 1918. Il obtient une citation à l’ordre du groupe une nouvelle citation à la croix de guerre (étoile argent) pour  son rôle dans les combats livrés du 15 au 21 août 1918. Je cite le passage qui se trouve sur sa fiche matricule : « À la tête d’une section de mitrailleuse, a participé brillamment aux combats livrés du 15 au 21 août 1918 suivant au plus près la compagnie à laquelle il était affecté, lui a fourni toujours une aide prompte et efficace notamment le 20 août 1918 grâce aux choix judicieux de l’emplacement de ses pièces ; a contribué à tenir en échec trois contre-attaques ennemies ».

 

Il finit sous-lieutenant titre temporaire en septembre 1918 puis à titre définitif en septembre 1919. Par décret ministériel, il passe dans l’armée territoriale en novembre 1922 en étant affecté au 49ème régiment d’infanterie.

 

J’ai effectué quelques recherches sur les régiments où Jean-Baptiste a été affecté ; les chasseurs alpins, en particulier, étaient considérés comme une unité d’élite. J'ai trouvé quelques détails supplémentaires dans le JMO (journal de marches et opérations) du 70ème BCA. L’exemplaire conservé sous le numéro 26N 834/15 concerne la période allant du 1er janvier 1917 au 30 mars 1919. Il est cité à 3 reprises (sauf oubli de ma part) :

  • le 20 août 1918 : « A 15h45, une contre-attaque se déclenche sur la droite ; celle-ci est arrêté net par le tir des fusiliers mitrailleurs et des mitrailleuses de l’adjudant Larretgère ».
  • le 16 septembre 1918 : « Les adjudants Larretgère, Boilte, Bacle et le sergent Maguet sont nommés sous-lieutenants ».
  • le 6 octobre 1918, il figure dans la liste des pertes de la journée comme blessé.

 

La photo : Jean Baptiste Larretgère, le 15 août 1918. Il a 32 ans et porte l'uniforme du 70ème Bataillon de chasseurs alpins (BCA). Il a remplacé la "tarte", le béret  béarnais (ou basque) par un modèle plus petit de type "tankiste", pratique assez courante à l'époque.  Les chevrons sur son bras sont des "brisques" de présence : la 1ère correspond à une année, et les suivantes à une période de 6 mois chacune. En août 1918, il est donc au front depuis 48 mois. En dessous, on note l'insigne des mitrailleurs et au bas de la manche  le galon d'adjudant. Il porte la croix de guerre avec deux étoiles d'argent et une de bronze. Le ruban est une décoration italienne, la fatiche di guerra.   

Extrait du JMO du 70ème BCA : liste des victimes de la journée du 6 octobre 1918 après une attaque de boyaux dans le cadre de la Bataille de Saint-Quentin.

Source : ministère de la défense, Mémoire des hommes.

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Après la guerre

 

Il a été fait chevalier de la légion d'honneur par décret le 16 mars 1921.


Deux extraits du JO justifiant la décoration reçue : le premier date du 21 février 1919 et le deuxième du 2 mai 1921. Source : Gallica / BNF

Il touche une pension temporaire de 10 % en 1920 puis en 1922 avec maintien dans les cadres par la commission de réforme de Bayonne pour « fatigabilité de la cuisse gauche» puis proposé à la radiation des cadres par la même commission, avec pension de 40 % pour « néphrite chronique albumineuse » et « gêne fonctionnelle » de la cuisse droite, séquelle d’une blessure par balle à la cuisse droite (avec « cicatrice transversale ») en 1933 ; apparemment, une nouvelle demande a été faite à la commission de réforme de Bordeaux pour une pension de 45 % (j’oublie peut-être quelques étapes, ce n’est pas toujours très clair). En 1938 et 1939, deux de ses demandes sont rejetées.


Après sa démobilisation, Jean-Baptiste travaille avec sa mère à l'auberge qui porte leur nom de famille. A gauche, on peut observer une carte postale qui montre le bureau de poste, puis à droite un tabac et encore à droite, l'hôtel et restaurant Larretgère en 1900. A gauche, une photo montre l'ajout sur la façade du nom et de la raison de l'établissement. J'ignore quand cet ajout a été réalisé, mais sans doute après la Première Guerre mondiale (apprécions la précision "garage" et "eau courante" au dessus des fenêtres du premier étage). Catherine décède en septembre 1926 et es 3 frères et sœurs de Jean-Baptiste (Martial, Marie et Jean) lui cèdent leur part sur le restaurant le 31 mars 1927 qu'il va donc continuer à exploiter avec son épouse, Jeanne Lembeye, connue chez moi comme "Tantote" (c'est la tante de mon père et c'est chez elle qu'il va passer une partie de son enfance, entre 1940 et 1954, c'est-à-dire de ces 4 ans à ses 18 ans). Pour ses petits-enfants, elle est juste "mémé".

 

Jean-Baptiste se lève le matin et s'occupe des petits-déjeuners et son épouse Jeanne fait le déjeuner. Il est également secrétaire de mairie. Il meurt assez jeune, en 1941, à l'âge de 54 ans. J'en ignore la cause et sa petite fille Michelle (elle même grand-mère à ce jour) à qui j'ai posé la question ne le sait pas non plus. Il faut dire qu'elle n'était pas encore née au moment du décès de son grand-père (il s'en fallait de quelques mois à peine). C'est Jeanne Lembeye qui désormais, s'occupe seule du restaurant Larretgère.

Mon grand-oncle était secrétaire de mairie et, à ce titre, était en charge de la gestion des archives communales ; visiblement, le travail de classement et de conservation est suffisamment bien fait pour s'attirer les compliments du directeur des Archives départementales des Landes.

 

L'inspection a été faite sur 72 communes du départements et dans 16 seulement, les archives sont bien classées et conservées.

 

Rappelons ou signalons que l’État exerce toujours un contrôle scientifique et technique pour garantir et protéger le patrimoine culturel dont font partie les archives.

Source : Gallica / BNF


Le mariage de Marie Larretgère, fille unique de Jean-Baptiste (1935)

 

Quelques années avant son décès, Jean-Baptiste a marié sa fille unique le 3 avril 1935. Marie Larretgère est institutrice et elle épouse un instituteur, Eulice David. Elle a 22 ans, il en a 27. C'est dans la cour de l'hôtel-restaurant Larretgère que l'on prend la photo des très nombreux invités.

J'ai mobilisé mon père et sa cousine, qui ont eux-même discuté avec une vieille dame de Saint-Geours-de-Maremne, pour identifier les présents. Il reste encore beaucoup de noms à trouver et il y a parfois des incertitudes.  On va essayer d'y voir un peu plus clair.

1. La mariée, Marie Larretgère, fille de Jean-Baptiste Larretgère et de Jeanne Lembeye (appelée Tantote par mon père). On l'appelait Marraine Marie car elle était la marraine de mon oncle Gérard, ou Mayie.

2. Le marié, Eulice David. Instituteur né en 1907 à Duhort-Bachen dans les Landes.

3. La maman du marié, "mamie David" ou Anna Gourdon de son nom de jeune fille. Elle tenait une alimentation à Cazères-sur-Adour.

4. Martin Lembeye ; employé au Tramways Électriques et Omnibus de Bordeaux (TEOB). Il a sans doute fait rentrer mon grand-père dans la société bordelaise. C'est l'oncle de la mariée (le frère de sa mère, Jeanne Lembeye).

5. Madeleine (ou sa jumelle Marie) Lembeye, cousine de la mariée. Elles sont nées en mars 1914. Madeleine épouse en 1938 un résinier, Joseph Prat. Marie épouse un dénommé Jean Cadaugade en 1946. Ce sont les filles de Martin Lembeye (n°4) et de Marie Noguès.

6. Jeannotte Lembeye, confidente de Marie Larretgère et donc sans doute sa meilleure amie.

7 et 8. Deux frères, neveux de Tantote, fils de Marthe Lembeye, sa soeur, et de Jean Sabathié, né en 1876, (à ne pas confondre avec son frère, Jean Sabathié, né en 1878). Marthe Lembeye décèdera quelques mois plus tard, en octobre 1935. Michel Sabathié devient anesthésiste et son frère Claude dentiste. Cycliste amateur, Claude fera régulièrement le trajet avec mon père, adolescent, entre Saint-Geours-de-Maremne et Bordeaux.

9. Pas sûr, mais c'est sans doute Louis Lembeye "du Briet" (peut-être un frère de Martin et de Jeanne Lembeye).

10. Paul Labeyrie qui est le père adoptif de Gérard Marbat, qui sera apprenti dans le restaurant de Tantote.

11. Le papa de la mariée, Jean-Baptiste Larretgère.

12. La maman de la mariée, Jeanne "Tantote" Lembeye.

13. Victor "Lucien" Lapébie.

14. Son épouse, soeur de Jean-Baptiste Larretgère, Marie Larretgère (tante de la mariée, qui s'appelle aussi Marie Larretgère).

15. Henri "Roger" Lapébie, fils de Victor Lapébie et Marie Larretgère.

16 et 17. Clovis Lapébie, frère aîné de Roger, et son épouse Marguerite Nivet.

18. Guy Lapébie, cadet de Roger et Clovis Lapébie.

19. Tatie Fernande, dont le nom est en fait Jeanne Duten, soeur de ma grand-mère paternelle, veuve de François Leiçarrague.

20. Mon oncle Gérard Larretgère, fils aîné de mon grand père Jean Larretgère, frère de Jean-Baptiste et de Marie Larretgère-Lapébie, et donc oncle de la mariée.

21. Renée Jannine Dardy, fille du cantonnier Pierre Adolphe "René" Dardy.

22. Claude "Jacky" Puyobrau, fils de André "René" Puyobrau, tailleur d'habits et de Henriette Grocq.

23. Paulette "Claudine" Puyobrau, sa soeur. C'est la dame aujourd'hui (2016 quand j'écris ces lignes) très âgée (elle est née en 1924) qui a aidé mon père et sa cousine Michelle a retrouvé certains noms sur la photo. Elle épousera plus tard (en mai 1944) René Henri Lapeyre, l'instituteur de mon père.

24. Alfrède Rolland (les parents sont sur la photo mais dans la partie ci-dessous).

25. Jules (?) Dassé.Je n'ai pas trouvé de "Jules" donc je ne sais pas exactement qui est ce Dassé.

26. Marie-Louise Pettes ; elle a épousé un cultivateur nommé Jean-Joseph Sorraing (l'homme à sa droite ?) en 1926 dont elle a eu 3 enfants : Charlotte en 1926, Georges en 1928 et Georgette en 1936. Donc, qui est le bébé ? Il est trop jeune pour être son fils Georges et Georgette n'est pas encore née...

27. Paulette Labeyrie. Avec l'habitude des Landais de ne pas porter leur prénom d'état civil, difficile de savoir qui est cette "Paulette". Jeanne Labeyrie, née en 1900 ? Violette ou Rosa, deux soeurs Labeyrie, nées en 1920 et 1922 ?

28 et 29. Mes grands parents : Jean Larretgère, frère de Jean-Baptiste et oncle de la mariée et Maria "Jeanne" Duten. Ils sont les parents de Gérard (n°20) et auront dans un peu plus d'un an mon père, Pierre.

30. André "René" Puyobrau, père des n° 22 et 23. Tailleur d'habits, il semble assez proche des Larretgère car on le retrouve dans tous les mariages. Mais en tant que tailleur d'habits, sans doute est-il connu de beaucoup de monde et donc souvent invité. Il ne semble pas que la femme à côté de lui soit son épouse.

31 et 32. Auguste Roland, mécanicien et invalide de guerre (une de ses jambes, la droite, était remplacée par un pilon sous le genou) et son épouse Anna, parents de la jeune fille n°24. S'agit-il d'Augustin Roland, ne en 1894 à Saubusse, mariée en 1924 à Saint-Geours-de-Maremne à Gabrielle Pascalie Lacorne, née à Rivière en 1894 ?

33. Bezyade, marchand de vin, avec 2 frères Puyobrau, Charles et Louis. Là encore, pas facile de savoir qui il est exactement. Un dénommé Pierre Béziade a eu 3 enfants illégitimes avec une dénommée Marie Larroque : Eustache (1865), Jean-Baptiste (1869) et Lucie (1872) ; bien que reconnus au moment du mariage en 1877, ils ne semblent pas avoir été légitimés et ont conservé le nom de Larroque à l'exception de Jean-Baptiste (selon la mention marginale de son acte de naissance). Mais je n'ai rien trouvé de réellement probant. Pour les 2 frères Puyobrau, il doit s'agir des 2 fils naturels de Françoise Puyobrau : Charles, né en 1908, représentant de commerce, et Jean-Louis, né en 1912.

34. On retrouve une de nos jumelles (voir n°5), donc Madeleine ou Marie Lembeye.

Marie Larretgère et Eulice David

 

Ici, une photo de Marie Larretgère. Est-ce avant ou après son mariage ? Sans doute après. Elle est avec son oncle Jean Larretgère et son épouse, Maria Duten, mes grands-parents. Je pense que ce doit être après son mariage car il y a un couvert sur la table pour la personne qui photographie et il est probable que ce soit Eulice David, son époux de fraiche date. Eulice est un drôle de prénom : il devait se prénommer Ulysse mais l'officier d'état civil qui a enregistré la naissance n'a pas du faire son travail correctement et devait manquer de culture classique.