1. Estienne LARRETGÈRE, ancêtre de toutes les personnes portant aujourd'hui le patronyme...

Estienne LARRETGÈRE est le deuxième enfant de Martin LARRETGÈRE et de Marthe LAGESTE. Son frère aîné, Martin LARRETGÈRE et son épouse Françoise NOBLE ont eu trois filles dont deux se sont mariées et ont eu des enfants. Le patronyme ne s'est donc pas transmis. Nous allons voir ce qu'il en est pour Estienne même si le titre de ma page laisse peu de place au doute...

1.1. Le baptême d'Estienne LARRETGÈRE en 1736

Voici l'acte de baptême d'Estienne LARRETGÈRE. Si vous n'arrivez pas à le lire, rassurez-vous, c'est normal. Je pense que voir l'acte directement peut permettre une meilleure lecture mais sa version numérisée disponible aux Archives départementales des Landes sous la cote E dépôt 310 / ES 1245-1246 est peu lisible si l'on n'a pas une petite pratique de la paléographie et de la lecture des actes de baptêmes. Ici, ce sont surtout les écritures du verso qui ont traversé la page qui rendent la transcription un peu fastidieuse.

Ce qu'on peut lire de sûr :

- première ligne : ptme (pour baptême mais la photographie de la page ne permet pas de lire la partie gauche, le registre n'ayant pas du être ouvert complètement au risque d'être abîmé) L'an 1736 le 30ème jour de décembre est né

- deuxième ligne : le fils de Martin Larretgère et de Marie

- troisième ligne : Lecase conjoins et a été baptisé le même jour

- quatrième ligne : on luy a imposé le nom d'Estienne, parrain

- cinquième ligne : a été Estienne Morosmau et Jeanne Duha

- sixième ligne : le tout en présence des soussignés

- septième ligne : Delons archiprêtre et curé de Soustons

Il faut savoir que ce genre d'acte obéit plus ou moins à la même construction avec l'emploi des même mots ce qui facilite la transcription avec un peu d'entraînement. Le nom de la mère reste différent du nom de Marthe LAGESTE mais ce ne serait pas la première fois que l'on peut noter des écarts importants entre le nom réel et le nom écrit dans l'acte.

Petit rappel généalogique.


Que dire d'Estienne entre sa naissance et son mariage ? Pas grand chose, voire rien du tout. Il est parrain de sa nièce Jeanne, fille de son frère aîné Martin en 1761 ; il a 24 ans. L'année suivante, il épouse Jeanne LAMOLIATTE, qui est légèrement plus âgée que lui (de deux ans). Elle est née en 1734 et lui en 1736. Au moment du mariage, il a 25 ans et elle 27. Jeanne LAMOLIATTE est la fille d'un couple de Soustons, Pierre LAMOLIATTE et Marie ou Jeanne DAGÈS (le prénom change selon les actes) à priori nés en 1686 ; en effet, on leur donne l'âge de 26 ans à tous deux sur leur acte de mariage en 1712. Les registres paroissiaux de Soustons n'étant disponible qu'à partir de 1706, il est difficile de vérifier l'âge réel du couple. Jeanne est le septième enfant du couple. Quand elle se marie avec Estienne LARRETGÈRE en 1762, son père est déjà décédé depuis 10 ans et sa mère depuis plus longtemps encore ; elle a trouvé la mort en 1745, à l'âge de 59 ans.

Estienne LARRETGÈRE est métayer quand il épouse Jeanne LAMOLIATTE. Il vit maison Houdin dans le quartier Darby ou d'Ardy ou encore Hardy selon les actes. A-t-il reçu une instruction au moins primaire ? Il ne sait pas signer ; pourtant, l'instruction gratuite existait. Gratuite, mais pas obligatoire.

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Le mot de Clio sur les régents et l'instruction au XVIIIe siècle.                                                               En effet, une ordonnance royale du 14 mars 1724 obligeait les communes à se procurer un régent, c'est-à-dire un enseignant, payé par la communauté (les habitants) pour fournir une instruction primaire (et essentiellement religieuse) aux enfants de la paroisse. Jacques DUPLAA ou DUPLAAST est régent à Soustons et témoin de l'inhumation de Martin LARRETIÈRE / LARRETGÈRE, père d'Estienne LARRETGÈRE en 1778. Il est également témoin de plusieurs mariages impliquant des membres de la famille LARRETGÈRE entre 1767 et 1791. Les régents étaient nommés par les jurats (qui étaient, dans le sud-ouest, des magistrats d'une paroisse ayant prêté un serment ; ils étaient en quelque sorte des conseillers municipaux) et les habitants de la paroisse après approbation de l'évêque. La classe était ouverte à tous les enfants de la paroisse de 8h à 11h et de 13h à 17h à l'exception du samedi où les cours ne reprenaient pas l'après-midi. Pas de cours le dimanche ni les jours de fêtes mais, en revanche, le régent faisait le catéchisme dans l'église, selon l'horaire proposé par le curé. Pas de vacances et pas de jour de repos dans la semaine. Le régent apprenait à lire et à écrire, un peu d'arithmétique et des prières. Le plus souvent, il avait aussi en charge un certain nombre d'écritures pour la communauté, les rôles des impositions par exemple. En moyenne, un régent touchait 100 livres annuel soit le tiers de ce que touchait un "journalier" ou ouvrier agricole ; c'est-à-dire pas grand chose... Il avait la jouissance d'un domicile et d'un jardin ; il n'exploitait pas vraiment lui-même la terre qu'on lui attribuait mais partager son fruit avec le cultivateur qui s'en occupait. Il était également régulièrement et alternativement reçu pour les repas par les pères de famille des enfants dont il s'occupait. Enfin, il pouvait avoir des fonction de "benoîtage" ; c'était, en gros, être l'assistant du curé pour sonner les cloches, servir la messe, administrer les sacrements, etc. Pour cette fonction, le régent recevait une rétribution en nature. Bien que 100 livres ne soit pas être un revenu important, beaucoup de communes avaient visiblement du mal à rassembler la somme et devait recourir à des impositions supplémentaires. Parfois, le régent devait porter plainte auprès de l'intendant (un agent du roi dans les provinces, une sorte de préfiguration du préfet) pour être payé. À l'inverse, les jurats n'hésitaient pas renvoyer un régent qui ne remplissait pas correctement sa fonction. Dernier élément, le régent devait être célibataire... Cependant, l’illettrisme restait très important au milieu du XVIIIe siècle malgré cette éducation gratuite : les familles n'envoyaient pas les enfants à l'école, les régents n'avaient pas de formation et/ou de motivation, les revenus modiques et parfois instables étant peu attractifs...

1.2. Le mariage d'Estienne LARRETGÈRE avec Jeanne LAMOLIATTE en 1762

Estienne LARRETGÈRE ne sait pas signer lors de son mariage avec Jeanne LAMOLIATTE, pas plus que ses témoins Jean DUCASSE, Jean SESCOUSSE et Charles DARTIGUES ou LARTIGUES ( ce dernier est le seul dont le métier est précisé : garçon chirurgien). Seul le curé et archiprêtre signe : COSTEDOAT. Précisons quel le mariage a lieu le samedi 13 février 1762. Le samedi, à l'époque, n'était pas un jour de mariage habituel... En 1762, les parents d'Estienne sont encore vivants bien qu'ils ne soient pas mentionnés dans l'acte de mariage, ce qui n'est d'ailleurs pas exceptionnel dans les actes de Soustons de cette époque.

1.3. Les enfants d'Estienne LARRETGÈRE et Jeanne LAMOLIATTE

Sauf erreur de ma part, Estienne LARRETGÈRE et Jeanne LAMOLIATTE ont sept enfants :

  1. Marthe est née à maison Lafille d'après son acte de baptême, le 24 juillet 1764. Ses parents sont toujours métayers. Le parrain est Jean LESBATS et la marraine est la grand-mère de paternelle l'enfant, Marthe LAGESTE. Son patronyme est correctement orthographié : LARRETGÈRE.
  2. Encore une fille avec la venue de Jeanne LARRETGÈRE, baptisée le 27 octobre 1765. Le parrain est un dénommé Gérard PINSOLLE (les PINSOLLE sont nombreux à Soustons) et la marraine s'appelle Jeanne BRUTAILS (très nombreux également à Soustons). 
  3. Premier garçon et premier décès avec la naissance de Pierre qui ne vit que 23 jours entre avril et mai 1767. Lui aussi nait maison Lafille. Dans les actes de baptême et de sépulture de Pierre, on trouve les premières originalités dans l'orthographe des patronymes : ARATJÈRE pour Estienne et LAMOULIATE pour Jeanne lors de la naissance. MOLIEU, le vicaire qui rédige l'acte de baptême a de l'imagination car pour le décès, le patronyme de Pierre est écrit LARRAITHÈRE.
  4. Deuxième garçon, lui aussi prénommé Pierre et lui aussi victime de mortalité infantile : né à la fin de septembre 1768, il décède trois mois plus tard, fin janvier 1769. Estienne et Jeanne ont déménagé : ils habitent désormais maison Baturh, Bathur, Bathurt voire Baturt (selon les actes). MOLIEU, le vicaire, orthographie cette fois correctement les patronymes dans l'acte de baptême. Le curé qui rédige l'acte de sépulture, nommé SANSOUBE, attribue le nom de LARRANGÈRE à Estienne et à son fils Pierre.
  5. Jeanne  naît à maison Bathurt et est baptisée le même jour, le 3 août 1770 , sous le patronyme de LARREJERT. Son oncle paternel Jean est son parrain et la marraine est une dénommée Jeanne PEYPOUDAT. Estienne n'est plus qualifié de métayer mais "d'état de labeur" ce qui semble correspondre à ouvrier agricole.
  6. En 1772, un troisième garçon prénommé Pierre voit le jour le 28 août et il arrive à l'âge adulte à l'inverse des deux premiers garçons du couple. Toujours des variations dans l'orthographe du patronyme avec cette fois LARRITCHÈRE. Estienne est revenu maison Lafille et il est de nouveau métayer. Le parrain s'appelle Pierre DUCASSE et la marraine est Françoise NOBLE, veuve du frère aîné d'Estienne, Martin, décédé en 1765.
  7. La dernière née du couple est Marie, qui naît en 1775. Jeanne LAMOLIATTE a 39 ans et en aura 40 avant la fin de l'année. ; Estienne en aura 38. Marie voit le jour le 29 août ; je n'ai cependant pas son acte de baptême. Sur le site des Archives départementales des Landes, le registre passe de janvier à octobre pour l'année 1775.

Maison Bathurt aujourd'hui.

Source : l'excellent site Soustons : lieux-dits et noms de lieux.

Il s'agit bien sûr de la maison telle qu'elle est aujourd'hui et cela ne présage pas de son aspect au milieu du XVIIIe siècle. Cependant, on lit sous la plume d'Alain CASTAIGNOS et André LABERTIT sur le site Soustons : lieux-dits et nom de lieux : "Bien que notre première attestation soit relativement récente (1790), la structure à croisillons de la charpente de façade, dite « des Anglais » laisse supposer une datation plus ancienne". L'acte de baptême de 1768 concernant Pierre LARRETGÈRE fils d'Estienne confirme la supposition des deux auteurs.

Estienne (de nombreux actes écrivent son prénom avec sa version "moderne" d’Étienne) LARRETGÈRE, à 40 ans, est donc métayer, et vit avec sa femme Jeanne LAMOLIATTE et ses cinq enfants survivants, quatre filles et un garçon. Il ne profite pas longtemps de sa vie de famille : en 1782, à l'âge de 45 ans, il trouve la mort. Il vit 10 ans de plus que son frère aîné mais 45 ans, cela reste jeune. Est-ce un âge de décès habituel ?

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Le mot de Clio sur l'espérance de vie et l'âge modal au décès.                                                                  On pense souvent que la faible espérance de vie du XVIIIe siècle implique pour les adultes des morts précoces. Ce n'est pas exactement la réalité car l'espérance de vie faible était liée, surtout, mais pas uniquement, à la forte mortalité infantile (avant la l'âge d'un an). Certes, les maladies, les accidents, les problèmes alimentaires, les risques élevés des accouchements dans des conditions d'hygiène très limitées, la médecine peu efficace dans une époque sans asepsie, sans vaccin, sans antibiotique entraînaient une mortalité plus élevée qu'aujourd'hui. Cependant on pouvait vivre vieux. L'espérance de vie au milieu du XVIIIe siècle était de 25 ans ; mais ce serait une erreur de croire que tout le monde mourrait à 25 ans. Cela veut juste dire, pour donner une image simpliste, que pour un mort à 50 ans et un enfant mort avant un an, la moyenne est de 25 ans. Comme à cette période près d'un tiers à la moitié des enfants mourraient avant l'âge de 10 ans, l'espérance de vie, qui est une moyenne, est donc logiquement faible. Pour l'exemple, prenons les enfants d'Estienne et leur âge (en années) au moment de leur décès :                  Marthe : 48 ans ; Jeanne : 90 ans ; Pierre : 0 ; Pierre : 0 ; Jeanne : 66 ans ; Pierre : 77 ans ; Marie : 53 ans. L'espérance de vie moyenne des enfants d'Estienne LARRETGÈRE est donc de 47,7 ans [(48 + 90 + 0 + 0 + 66 + 77 + 53) / 7 = 47,7]. Seule Marthe à un âge au décès qui correspond à cette moyenne. Les cinq enfants survivants d'Estienne vivent tous plus vieux que cette moyenne théorique qui est la conséquence de la mort précoce des deux Pierre.                                                                                                                L'exemple que je donne est bien sûr scientifiquement discutable puisque pour calculer l'espérance de vie, il faut une année de référence pour la naissance, prendre une population donnée et un échantillon plus représentatif d'un point de vue quantitatif. Pour les données exactes correspondant à l'âge de naissance des enfants d'Estienne, notons qu'en France, l'espérance de vie à la naissance est de 26,4 ans pour les hommes et de 29,6 ans pour les femmes pour les années 1760-1769 ; de 28,2 ans pour les hommes et 29,6 ans pour les femmes pour la décennie 1770-1779.                                                                                                    Il serait plus pertinent de prendre une donnée intitulée l'âge modal au décès : c’est l’âge auquel les décès sont les plus nombreux. On appelle également cela : "La durée de vie la plus commune des adultes". J'y reviendrai quand j'aurai plus de données.

2. Le premier enfant d'Estienne LARRETGÈRE et de Jeanne LAMOLIATTE : Marthe (1764-1812)

Les Marthe LARRETGÈRE sont assez nombreuses pour me poser un léger problème d'identification dans la mesure où elles naissent toutes les trois à peu près au même moment. Trois cousines germaines s'appellent Marthe car c'est le prénom de leur marraine et grand-mère paternelle Marthe LAGESTE. On met à part la propre fille de Marthe LAGESTE et de Martin LARRETGÈRE qui naît en 1744 et meurt en 1765.

Les trois cousines naissent respectivement en 1763, 1764 et 1765. Elles sont les filles de Martin LARRETGÈRE pour la première, d'Estienne LARRETGÈRE pour la seconde et la dernière est la fille de Jean LARRETGÈRE. Martin, Estienne et Jean sont tous les trois frères, fils de Martin LARRETGÈRE et de Marthe LAGESTE. Ce n'est que récemment que j'ai pu identifier le trajet de vie de Marthe, fille de Martin que l'on peut retrouver sur cette page. Marthe, fille de Jean reste un mystère car je n'ai que sa date de naissance et aucun autre renseignement. Et je vais maintenant évoquer Marthe, fille d'Estienne.

Acte de baptême de Marthe LARRETGÈRE.

Source : Archives départementales des Landes.

Son acte de baptême n'est pas riche en informations nouvelles. Elle naît comme nous l'avons dit maison Lafille de parents métayers avec comme marraine sa grand-mère, Marthe LAGESTE, métayère également. Martin LARRETGÈRE, son grand-père paternel, époux de Marthe LAGESTE est vivant à cette date et donc métayer.

2.1. Le mariage de Marthe LARRETGÈRE en 1791 avec Jean PINSOLLE

Marthe LARRETGÈRE a 27 ans quand elle épouse Jean PINSOLLE. PINSOLLE, comme BRUTAILS, est un patronyme extrêmement courant à Soustons et les homonymies sont nombreuses. Nous avons évoqué par exemple le cas de Jeanne PINSOLLE, épouse de Martin LARRETGÈRE, grand-père de Martin LARRETGÈRE, le père d'Estienne dans cette page. Entre sa naissance et son mariage, je n'ai aucune information spécifique concernant Marthe.

Son mari, Jean PINSOLLE ou PINSOLE comme son nom est orthographié sur son acte de mariage ne sait sans doute pas écrire car il ne signe pas son acte de mariage mais signe son nom plus tard lors des mariages de ses filles. Il a donc du au moins apprendre à signer entre temps.

Sur l'acte de mariage, Marthe voit son nom de famille orthographié LARROTY suivi d'une rature et même son prénom est raturé. Je n'ai guère d'autre renseignement sur le couple.

Marthe décède en 1812, à Soustons, le 28 novembre ; on lui donne l'âge de 50 ans (elle en a 48) et le métier de couturière. Son mari, Jean PINSOLLE exerce, selon l'acte, le métier de laboureur. Le nom Marthe est orthographié LARRIBIÈRE. Pour le décès de Jean PINSOLLE, j'ai des hypothèses mais pas de certitudes ; dans tous les cas, son décès a lieu soit en 1825 soit en 1826.

Marthe LARRETGÈRE et Jean PINSOLLE ont six enfants, uniquement des filles, dont deux paires de jumelles. Sur leurs six filles, seules deux survivent pour atteindre l'âge adulte. Avant d'évoquer le devenir de ces filles, parlons des maisons où habita le couple. Marthe et Jean ont vécu maison Mathiou, maison Gaillou de Labette ou La Bette et des maisons plus difficiles à identifier vu la variété des orthographes en fonction des actes : maison Cachaou ou Fournière de Catchou ou de Cailhou. Il existe à Soustons une maison Cachaou : est-ce la même que celle accompagnée  du toponyme : "la Fournière" ? Je ne sais pas encore. Mais grâce au travail fourni par les rédacteurs du site Soustons : lieux-dits et noms de lieux, je peux proposer deux photos au moins des habitations de mes lointains ancêtres. La première maison est la maison Matiou ou Mathiou ; la seconde est la grange de la maison Gaillou de La Bette (ou encore La Bete), la maison ayant visiblement disparu.

2.2. Les filles de Marthe LARRETGÈRE et de Jean PINSOLLE.

Marthe a déjà 31 ans quand elle accouche de son premier enfant, et pour être plus précis, de ses premiers enfants : en effet, ce sont des jumelles qui apparaissent le 17 août 1794 (mais comme on est dans la période de la Première République, nous devrions dire le 30 thermidor de l'an II). Elles sont nommées Marie et Jeanne mais elles ne survivent pas à leur première journée et décèdent toutes les deux à quelques heures d'intervalle. Difficile aujourd'hui d'imaginer la façon dont les parents ont appréhendé ces naissances suivies de décès si rapides, certes fréquents, mais sans doute douloureux. La lecture des ouvrages de Philippe ARIÈS nous apporte un éclairage sur ce sujet, que nous évoquerons à une autre occasion. Tous les enfants de Marthe portent logiquement le nom de son mari, PINSOLLE.

  • Marie : 17/08/1794 - 17/08/1794.
  • Jeanne : 17/08/1794 - 17/08/1794.
  • Catherine : 10/05/1796 (21 floréal an IV). C'est une des deux filles de la seconde paire de jumelles du couple. Elle ne connaît pas la fin précoce de ses sœurs jumelles nées deux ans plus tôt mais ne vit pas jusqu'à l'âge adulte. La petite Catherine décède à l'âge de 9 ans, le 30 juillet 1804. Sur son acte de décès, sa mère est nommée Marthe LARRIETTE et pour l'acte de naissance , c'était LARRETYÈRE.
  • Jeanne est la sœur jumelle de Catherine ; elle a la même date de naissance mais pas la même date de décès puisque Jeanne atteint l'âge adulte et se marie avec Simon (ou parfois Siméon) MASSÉ à Vieux-Boucau (ou Vieux-Boucau-les-Bains), à une dizaine de km à l'ouest de Soustons. Simon est laboureur mais comme d'autres membres de sa famille (son père et au moins un de ses frères), il devient vigneron. Et Jeanne est donc qualifiée dans certains actes comme vigneronne. Ils se marient en 1819 ; Jeanne PINSOLLE a 22 ans, son mari en a 38. Ils font ce que l'on appelle du vin des sables car la vigne est plantée sur les dunes de sables ; cette pratique remonte au moins au XIIIe siècle et se pratique donc à Vieux-Boucau, mais aussi à Capbreton, Messanges et Soort. Wikipedia y consacre un article auquel je renvoie le curieux. 

Vin de sable, vue ancienne de Capbreton et son vignoble sur la dune.

Source : Wikipedia.

Jeanne PINSOLLE et Simon MASSÉ ont des enfants puis meurent un jour comme tout le monde : d'abord Jeanne en 1852 (on la dit fille de Marthe DARRIÈRE), à l'âge de 56 ans (57 selon l'acte de décès) et Simon MASSÉ en 1853, à 73 ans (68 selon l'acte). Ils ont eu deux enfants : Françoise et Jean. J'ai un petit soucis d'identification avec Simon MASSÉ : à son mariage, il est dit fils d'Étienne MASSÉ et de Françoise DUVERT. Il est né à Messanges en 1784. Mais à sa mort, on le dit bien veuf de Jeanne PINSOLLE, mais fils d'un autre couple, qui existe d'ailleurs : Jean MASSÉ et Jeanne DUVERT (ou DUBERT) Le couple Jean MASSÉ et Jeanne DUVERT/DUBERT s'est marié en 1775. Et eux ont un fils appelé Simon en 1780. Le couple Étienne MASSÉ et Françoise HUBERT (avec un H) s'est marié en 1772 et ont un fils baptisé Simon en 1784.  Il y a donc sans doute une confusion., 70 ans après leur naissance, lors du décès, entre les deux Simon.

    • Françoise MASSÉ voit le jour en 1821 à Vieux-Boucau. Elle est la maman de quatre enfants naturels dont trois décèdent rapidement après leur naissance : Jean 1853 (il vit treize jours), Magdelaine en 1854 (elle vit trois mois) et Étiennette en 1860 (elle vit cinq mois) et meurt deux mois après le décès de sa mère. Seule Françoise, qui naît en 1856 et qui porte le prénom de sa mère semble avoir survécu. Elle a quatre ans quand sa maman décède. Je n'ai aucune information sur son devenir.
    • Jean MASSÉ est né en 1828 et meurt en 1853, à Vieux-Boucau, à l'âge de 24 ans, célibataire, et exerçant l'activité de journalier.

Avant de parler de l'enfant suivante du couple Marthe LARRETGÈRE / Jean PINSOLLE, Catherine, je fais un sort rapide à la dernière, prénommée Jeanne, qui meurt très jeune.

  • Jeanne PINSOLLE naît le 2 février 1802 à Soustons et meurt 6 mois plus tard. C'est le sixième et dernier enfant de Marthe LARRETGÈRE et de Jean PINSOLLE.
  • Catherine PINSOLLE arrive en cinquième position des enfants de Marthe LARRETGÈRE et de Jean PINSOLLE (elle naît en 1798) mais elle est l'une des deux sœurs, avec Jeanne (survivante de la seconde paire de jumelles du couple) à vivre jusqu'à l'âge adulte et à avoir une descendance. À 21 ans, elle épouse un pasteur de Soustons âgé de 22 ans, François DOUTHE. François change de métier en devenant laboureur puis résinier. Comme la plupart des couples, ils ont des enfants, 9 pour être précis. Ils naissent tous à Soustons. Après une longue vie, Catherine meurt à 85 ans en 1884. Son époux est déjà mort, en 1856, à l'âge de 59 ans. Que deviennent leurs enfants ?
    • Jeanne DOUTHE, la première, ne vit que 5 jours en 1820.
    • Catherine DOUTHE, la deuxième, naît en juillet 1822. Elle se marie assez tard, à l'âge de 33 ans, avec un veuf de 39 ans qui a déjà des enfants. Il s'appelle Dominique DELÉON. Visiblement, ensemble, ils n'ont pas d'enfant. Elle meurt à Vieux-Boucau à 70 ans en décembre 1892, quelques mois après son mari (qui lui avait 75 ans). C'est la seule fille de la famille à ne pas se prénommer "Jeanne" à l'état civil ; c'est pourtant sous ce prénom qu'on la désigne parfois dans certains actes d'état civil.
    • Pierre DOUTHE ne vit que 8 jours entre sa naissance le 18 février 1825 et son décès le 26 du même mois.
    • Bertrand DOUTHE voit le jour en 1826 et comme tous les enfants du couple qui naissent après lui, il atteint l'âge adulte. Dans un premier temps, il est laboureur puis devient résinier comme beaucoup d'habitants de la région, après l'implantation massive des pins dans les Landes et les besoins de plus en plus importants des produits dérivés de la résine. Il épouse Catherine DELOS, une habitante de Magescq. Je ne leur ai trouvé qu'un enfant, Raymond, qui naît en 1862. Il était de petite taille (1,55 m) si l'on en croit son registre matricule ; ajourné en 1883, comptable (niveau d'instruction de 4), il choisit de s'engager d'être volontaire dans l'armée ; il est dans le 57ème régiment d'infanterie de 1884 à 1888 ; il passe caporal en 1885 puis sergent en 1886. Sa fiche matricule indique qu'il devient préposé des douanes.
    • La Jeanne DOUTHE dont je vais parler maintenant n'est pas forcement l'enfant suivant François DOUTHE et de Catherine PINSOLLE. Mais c'est celle dont le parcours de vie est relativement certain. Ce qui n'est pas vraiment le cas, on le verra, des trois Jeanne DOUTHE restantes (on constate, l'originalité dans les prénoms n'est pas le fort du couple, mais c'est sans doute la conséquence du choix des marraines). Jeanne DOUTHE, née en 1835, est le huitième enfant de François et Catherine. Comme pour tous les enfants de la famille, je n'ai pas grand-chose à en dire, si ce n'est qu'elle survit, ce qui n'est déjà pas si mal. Et elle ne sait pas écrire. Elle a déjà 34 quand elle épouse Antoine BOULBE, un résinier de 28 ans qui lui non plus ne signe pas les actes qui le concernent. Tous les deux habitent Vieux-Boucau. Nous sommes en 1869.

Petite note : À cette date, la maman de Jeanne, Catherine PINSOLLE, petite-fille de Marthe LARRETGÈRE, est veuve et vit à Vieux-Boucau. Jeanne DOUTHE et sa mère Catherine PINSOLLE vivent avec Bertrand DOUTHE, sa femme Catherine DELOS et leur fils Raymond ; il y a aussi une domestique.

Extrait du recensement de la commune de Vieux-Boucau en 1866.

Source : Archives départementales des Landes.

Mais comme souvent, je digresse. Jeanne DOUTHE, qui est née en 1835, a eu trois enfants avec Antoine BOULBE. Les deux premiers meurent à la naissance et n'ont pas de prénom. La troisième, Catherine, qui nait en 1877 vit jusqu'à 85 ans et meurt à Pessac en 1963. Jeanne DOUTHE meurt en mai 1888 à 52 ans. Son mari n'attend que 5 mois pour se remarier avec une femme de 34 ans : il en a 46.

Il reste encore trois Jeanne DOUTHE, nées respectivement en 1827, 1833 et 1838. Une Jeanne DOUTHE semble visiblement s'être mariée à trois reprises, ce qui peut arriver à la suite de plusieurs veuvages, assez fréquents à l’époque. En effet, sur trois actes, la date de naissance de la mariée est le même : 27 septembre 1738.

Cependant, les deux derniers actes de mariage ne mentionnent pas la situation de veuve de Jeanne ce qui est généralement le cas dans les actes d'état civil. De plus, j’ai trouvé des actes de décès pour deux des maris bien après les supposés remariages. Il s'agit donc de trois mariages concernant trois Jeanne DOUTHE différentes et sans doute des confusions de l’officier de l’état civil concernant leur date de naissance. Comment le vérifier ?

Cherchons dans les sources, c'est-dire dans les actes de l'état civil…

Trois mariages et deux enterrements...


Mariage : le 07 novembre 1860 à Soustons entre Jeanne DOUTHE (27/09/1838) 24 ans et Jean CASTETS (20/02/1836) 22 ans


Décès le 19 mars 1905 à Soustons de Jean CASTETS, 69 ans (20/02/1836).

Épouse décédée.


Mariage le 18 novembre 1867 à Soustons entre Jeanne DOUTHE (27/09/1838) 29 ans et Pierre HAGUISIEN (30/08/1845) 22 ans


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Mariage le 07 novembre 1871 à Soustons entre Jeanne DOUTHE (27/09/1838) 33 ans et Mathieu COURTIAU (08/10/1819) 52 ans


Décès le 27 juin 1893 à Soustons de Mathieu COURTIAU, 73 ans.

Épouse vivante.

 



Commentaire : aucune des trois Jeanne DOUTHE ne peut être la même. L’épouse de Jean CASTETS meurt avant son mari et ne peut donc pas être sa veuve ; celle de Mathieu COURTIAU est encore vivante, et donc veuve, mais en 1893 et donc après la date des trois mariages (1860, 1867 et 1871). Je n’ai en revanche aucune information sur Jeanne DOUTHE épouse de Pierre HAGUISIEN (pas plus que le mari d’ailleurs).


Décès le 12 juin 1898 à Soustons Jeanne DOUTHE (59 ans), épouse de Jean CASTETS.

Date de naissance estimée d'après l'âge donné dans l'acte : 1839.



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Décès le 27 novembre 1906 à Soustons de Jeanne DOUTHE (68 ans avec rappel de la date de naissance au 27/09/1838), veuve de Mathieu COURTIAU.

 



Commentaire : difficile, avec l’année du décès et les âges estimés, d’identifier et surtout de différencier les trois Jeanne DOUTHE. Si l’on excepte l’aînée Catherine (née en 1822), parfois appelée Jeanne sur les actes, qui se marie on l’a vu avec Dominique DELÉON et l’épouse d’Antoine BOULBE (née en 1935), nous avons toujours trois Jeanne à différencier (en espérant que Françoise, née en 1830, n’est pas décidée de se faire appeler Jeanne comme sa grande sœur Catherine) :
Jeanne DOUTHE née en 1827
Jeanne DOUTHE née en 1833
Jeanne DOUTHE née en 1838
Nous allons essayer de voir si les dates de naissances des enfants, de leur décès éventuel, et les âges données à la mère nous permettent de trancher. Pour chaque enfant, nous donnerons l'âge de la mère dans l'acte et nous proposerons l'année de naissance correspondants.


Naissance enfant 1 : Bertrand, le 17/04/1862.

Âge de la mère : 32 ans.

Année de naissance estimée de Jeanne : 1830.

 

(Bertrand décède le 19/04/1864, 2 jours après ses deux ans).


Naissance et décès enfant 2 : enfant mâle sans nom car mort né, le 14/10/1863.

 

 

 

 


Naissance enfant 3 : Catherine le 26/08/1864.

Âge de la mère : 38 ans.

Année de naissance estimée de Jeanne : 1826.


Pour les quatre enfants suivants, Jeanne en 1865, Bertrand en 1867, Jacques en 1870 et Marie en 1873, les âges donnés à la mère, Jeanne DOUTHE, donne des naissances en 1829 et 1830.


Naissance enfant 1 : Marguerite, le 09/11/1868.

Âge de la mère : 31 ans.

Année de naissance estimée de Jeanne : 1837.

(Marguerite décède 15 jours après sa naissance sous le nom de Catherine...).


Naissance enfant 2 : Jeanne le 01/11/1873.

Âge de la mère : 35 ans.

Année de naissance estimée de Jeanne : 1838.

(Jeanne décède en 1953 à Mont-de-Marsan).



Naissance enfant 1 : Jeanne, le 02/11/1875.

Âge de la mère : 37 ans.

Année de naissance estimée de Jeanne : 1838.

 

 

 




Conclusion : en l'état actuel de mes connaissances, fruit de mes recherches sur les actes de l'état civil, il m'est difficile de trancher et de dire qui est qui. Il est évident que seule une de ces trois Jeanne DOUTHE est née en 1838 et les deux autres sont nées en 1827 et 1833. Sans écarter l'hypothèse de la soeur Françoise, née en 1830 et qui se fait peut-être appelée Jeanne... Les recensements de population aurait pu m'aider mais pour Soustons, ils ne sont disponibles que pour 1819 (trop tôt) ou 1921 (et d'autres postérieurs), ce qui est un peu trop tard...

Dans tous les cas, aucun des enfants et petits enfants de Marthe LARRETGÈRE ne portent notre patronyme.

2.3.  Une petite synthèse sous forme d'arbre généalogique (cliquez pour agrandir)

3. Le deuxième enfant d'Estienne LARRETGÈRE et de Jeanne LAMOLIATTE : Jeanne (1765-1835)

Jeanne naît un an (un peu plus en fait, : quatorze mois) après sa sœur aînée Marthe, à maison Lafille, où ses parents sont métayers. Elle a 17 ans quand elle épouse un "natif de la paroisse de Magescq" de 25 ans, comme le précise l'acte de mariage, Girons LACOUME mais habitant Soustons. Que ce soit sur son acte de baptême ou de mariage, le patronyme de Jeanne est correctement orthographié. Girons est un prénom peu courant mais on le trouve de temps en temps dans les actes des Landes. Il existe un Saint-Girons, un saint chrétien qui aurait vécu au Ve siècle et aurait évangélisé la région de l'Adour. L'acte de mariage ne précise pas le métier de Girons.  En 1783, au moment du mariage, Estienne LARRETGÈRE, le père de Jeanne, est déjà mort.

 

Jeanne et Girons ont dix enfants. Ils portent le nom de LACOUME ou de LACOMME.

  • Jeanne porte le prénom de sa grand-mère, Jeanne LAMOLIATTE, sa marraine lors de son baptême le 29 juin 1784. Mais, étrangement, c'est avec le prénom de Catherine qu'elle décède 16 mois plus tard. Le métier du père n'est pas indiqué sur l'acte de baptême.
  • Jeanne, née et baptisée le 28 mai 1786, semble avoir plus de chance que sa sœur. Elle survit à sa naissance, à son enfance et se marie, quoique très tardivement, en 1825, à l'âge de 38 ans. Le marié n'est pas on plus un jeune homme avec ses 39 ans. Joseph AGUILAY, c'est son nom, est menuisier et originaire du département de la Sarthe et habite la commune de Moliets (aujourd'hui, Moliets-et-Maâ). Jeanne (on a du mal à savoir si son patronyme est orthographié LACOME ou LACORNE, autre patronyme assez commun dans la région) est domestique. Elle est dite fille de Jeanne DARRIVIÈRE. En 1825, ses parents sont vivants, présents et consentants. Je n'ai pas trouvé d'enfant pour le couple ; cela explique peut-être pourquoi Jeanne LACOUME est mendiante au moment de son décès à Soustons, à 69 ans, le 15 décembre 1855. Son mari Joseph AGUILAY est mort depuis dix ans et elle est donc visiblement seule et sans ressource.
  • Marthe pointe son nez à Soustons comme les deux enfants précédents du couple en 1788, le 16 mars ; son baptême a lieu le lendemain, le 17. Sa mère Jeanne et sa marraine Marthe, sans doute sa tante, sœur aînée de sa mère, sont nommés LARRATYÈRE. Girons et Jeanne sont déclarés métayers et habitent maison Bayard. Marthe se marie avec un pasteur de la commune de Gourbera, au nord de Dax ; François CAZAUNAU a 35 ans. Sur l'acte de mariage, on donne à Marthe l'âge de 37 ans mais elle en a déjà 40. Girons LACOMME (sic) et Jeanne LARRIÈRE (sic), ses parents, sont présents en ce jour du 8 octobre 1828. Si Marthe et François ont eu des enfants, je n'en n'ai pas trouvé trace. Il est possible également que le couple ne soit pas resté vivre à Soustons car je n'ai pas trouvé de décès à leur nom.
  • Bertrand, premier garçon de Jeanne LARRETGÈRE et Girons LACOUME ou LACOMME voit le jour à Soustons le 3 octobre 1789. Il meurt peu après son premier anniversaire, le 29 octobre 1790. Sa marraine est une Jeanne LARRETYÈRE, la sœur de Jeanne née en 1770. Que de Jeanne !
  • Marie LACOUME ne naît pas à Soustons comme ses frères et sœurs mais à Saint-Geours-de-Maremne, en 1793, une commune que nous connaissons bien, au Sud-Ouest de Soustons. Un des frères de Jeanne, Pierre, s'y est installé lui aussi (avant ou après Jeanne et Girons ?). On peut noter que Girons LACOUME est désormais "gémier". Et également que Jeanne LARRETGÈRE est appelé Janne LARRIÈRE. Il faut dire que l'orthographe n'est pas le point fort de Nicolas GADOU, "membre du conseil général de la commune" qui rédige l'acte : on y lit "république francesse" et "nessences" par exemple... Je n'ai pas de certitude sur le devenir de Marie.
  • Jeanne LACOUME est le sixième enfant de Jeanne LARRETGÈRE (ici appelée LARRIÈRE) et de Girons LACOUME. Nous sommes toujours à Saint-Geours-de-Maremne, maison aux Tucqs, le premier fructidor de l'an V (soit le 18 août 1797). Elle décède à Soustons, 35 ans plus tard, célibataire, le 9 octobre 1832. L'acte de décès lui donne 30 ans. Elle n'a pas de métier particulier ; on sait juste qu'elle travaille.
  • Un garçon naît ensuite et on lui donne le nom de Bertrand. Mais il vit encore moins longtemps que son frère aîné : né le 22 juin 1800, il décède le 4 septembre de la même année. Les parents habitent toujours à Saint-Geours-de-Maremne. Jeanne est nommée DARIET.
  • Encore un garçon, toujours à Saint-Geours-de-Maremne, qui naît le 14 décembre 1802 mais qui est prénommée Pierre ; mais toujours pas de chance avec les garçons : Pierre ne vit qu'un jour. Jeanne est nommée LARRIVIÈRE. Si pour le garçon précédent, le patronyme était LACOUME, il devient ici LACOMME.
  • Marie est l'avant dernière ; la famille a déménagé à Saint-Vincent-de-Tyrosse. Girons LACOUME et Jeanne "LARRETYÈRE" sont présentés dans l'acte de naissance comme cultivateurs. Ils habitent maison Miquaï. Marie meurt à 20 ans, à Soustons, sous le nom de Marie LACOMBE, fille de Girons et de Jeanne DARRIVIÈRE. Elle est visiblement célibataire.
  • Le dernier enfant du couple est encore une fille, prénommée Marie. Elle naît maison Miquay à Saint-Vincent-de-Tyrosse. Girons LACOUME a 49 ans mais l'acte de naissance lui en donne 50. Jeanne LARRETGÈRE, dont le patronyme est, une fois n'est pas coutume, correctement orthographié, en a 40. Mais pour ce dernier enfant, la malchance est au rendez-vous : la petite Marie décède à 15 mois.

Donc, dix enfants mais seulement trois qui se marient, une dont je perds la trace et six décès, parfois précoces et parfois moins, mais en tout cas sans union. Et à priori, aucune descendance dans la génération suivante puisque le couple ne semble pas avoir eu de petits enfants malgré le mariage de trois de leurs enfants. 

Extrait du recensement de Soustons de 1819.

Source : Archives départementales du Pas-de-Calais

On peut observer une sorte de "photographie" de la famille LACOUME-LARRETGÈRE en 1819. Girons LACOUME, affublé ici du patronyme erronée de LACOMBE, a en fait 62 ans et non 60 comme l'indique le tableau du recensement. Pour Jeanne, on retrouve la variante LARRETYÈRE, assez proche du patronyme ancien de LARRETIÈRE que portait son arrière grand-père Martin. Trois enfants sont présents au domicile familial : Marthe, qui dix ans plus tard, se marie avec François CAZAUNAU ; Jeanne est la célibataire qui meurt en 1832. L'absence de Marie, née en 1793, dont je n'ai plus de traces me conforte dans l'idée qu'elle a du décéder assez jeune. Il y a bien une Marie mais c'est celle qui est née en 1804 et qui meurt six ans plus tard en 1825. Autre enfant vivant, Jeanne, née en 1786, n'est pas là. Elle n'est pas encore mariée en 1819 ; domestique au moment de son mariage, elle doit loger sur son lieu de travail.

C'est en 1832 que meurt Girons LACOUME à Moliets-et-Maâ. L'acte de décès lui donne son âge réel à savoir 75 ans. Par contre, pas de précision concernant son épouse, Jeanne LARRETGÈRE. Est-il veuf ? Mystère. Que fait-il dans cette commune ? Mystère. Le plus souvent, les personnes âgées à cette époque vivent avec leurs enfants ou pas loin. Poursuivant cette piste, j'ai consulté le tableau de recensement de Moliets-et-Maâ de l'année 1836 (le recensement le plus proche de la date de décès de Girons) et j'y ai trouvé une des filles de Girons et de Jeanne LARRETGÈRE.

Source : Archives départementales des Landes.

Il est donc probable que Girons LACOUME vivait avec sa fille Jeanne et son gendre menuisier Joseph AGUILAY, dont le nom est orthographié ici AGUILÉ. Le recensement confirme également l'absence d'enfant du couple qui s'est uni déjà âgé.

Seule inconnue, la date de décès de Jeanne LARRETGÈRE que je n'ai toujours pas trouvée, sans doute dissimulée derrière une orthographe fantaisiste du patronyme. S'agit-il de Jeanne LARRIÈRE décédée en 1835 à Moliets-et-Maâ ? La date de naissance correspond à-peu-près et il y a quelques faits qui peuvent plaider en faveur de cette hypothèse : le flou sur le nom de la mère (juste son prénom "Jeanne") indique que la famille de la défunte est mal connue, ce qui serait le cas s'il s'agit de Jeanne LARRETGÈRE qui vient de Soustons. Il n'y a pas d'autres LARRIÈRE dans la commune. Pas de mention d'un mari non plus... Cependant, le prénom du père ne correspond pas (on parle d'un Pierre et non pas d'Estienne ou d'Étienne). Je n'ai pas de certitude mais c'est ma meilleure candidate.

3.1.  Une petite synthèse sous forme d'arbre généalogique (cliquez pour agrandir)

4. Les troisième et quatrième enfants d'Estienne LARRETGÈRE et de Jeanne LAMOLIATTE :              Pierre (1767-1767) et Pierre (1768-1769)

L'intitulé proposé ne laisse pas augurer un long développement pour ce paragraphe consacré au deux premiers garçons d'Estienne et de Jeanne. Tous les deux baptisés Pierre, ils ne vivent pas longtemps : 23 jours pour le premier et 3 mois pour le deuxième. À noter que si les enfants ont le même prénom, ils n'ont pas le même parrain bien que les deux s'appellent Pierre. Les deux enfants ne sont pas nés dans la même maison : maison Lafille pour le premier, maison Bathurt pour le deuxième.

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Le mot de Clio sur la mortalité infantile                                                                                               Comme le souligne l'historienne Marie-France MOREL dans son article "La mort d'un bébé au fil de l'histoire" dans la revue Spirale, vol. no 31, no. 3, 2004, pp. 15-34. :                                                                      "un nourrisson sur quatre en moyenne n’atteint pas son premier anniversaire et toutes les familles ont perdu un ou plusieurs nourrissons. Cette familiarité des populations anciennes avec la mort s’accompagne souvent d’une attitude d’apparente résignation".                                                                                                      En moyenne, 25 % des nourrissons décédés meurent dans les jours qui suivent la naissance : c'est souvent une mortalité endogène, liée à des malformations, un accouchement difficile, une prématurité à une époque sans couveuse... Après cette période, la mortalité est plutôt la conséquence de facteurs extérieurs (dits "exogènes") : maladies (épidémiques ou non), infections, problèmes de digestion, de diarrhées ; et enfin, les accidents domestiques, particulièrement nombreux. Les réactions face à ces morts précoces sont variables : fatalité, voire indifférence qui est cependant rarement totale. Marie-France MOREL rapporte les propos de MONTAIGNE : "J’ai perdu deux ou trois enfants en nourrice, non sans regrets, mais sans fâcherie." Mais d'autres témoignages montrent que le chagrin peut être fort, et sans doute plus particulièrement pour la mère. Je renvoie les curieux à l'article très intéressant, en particulier sur les "rituels et accompagnements du chagrin".                                                                                                                      L'article complet se trouve sur le site Cairn.info. Cliquez ici pour lire l'article.

5. Le cinquième enfant d'Estienne LARRETGÈRE et de Jeanne LAMOLIATTE : Jeanne (1770-1837)

Jeanne naît le 3 août 1770 et elle est baptisée le même jour. 

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Le mot de Clio sur la précocité des baptêmes                                                                                              Si la mortalité du nourrisson est une fatalité que toutes les familles connaissent, nous venons d'en parler, et finalement acceptent, il est essentiel que le bébé soit baptisé. Reprenons ici le propos de Marie-France MOREL dans l'article déjà mentionné plus haut :                                                                                   "Sans baptême, les petits morts qui n’ont pas reçu de nom, ni de parents spirituels, ne sont intégrés ni à la communauté des morts ni à celle des vivants. Leur corps ne peut être enterré dans le cimetière paroissial en terre consacrée ; ils sont inhumés n’importe où, comme des animaux, au pire dans un champ où leur corps servira à « engraisser les choux », au mieux dans le jardin familial ou dans un coin non consacré du cimetière. Comme celles des disparus en mer, des suicidés et des assassinés, leurs âmes, insatisfaites, ne peuvent trouver de repos : elles errent autour des vivants qu’elles reviennent sans cesse tourmenter, particulièrement dans les lieux de marge, carrefours, lisières des forêts, bords des étangs, où elles peuvent égarer les voyageurs. On les aperçoit sous forme de feux follets, ou on les entend pousser des gémissements et des cris stridents : c’est la « musique des saints innocents », comme disent certaines croyances paysannes."                                                                                                                                               D'où l'urgence des baptêmes, le jour même ou le lendemain.

Jeanne a pour parrain son oncle Jean LARRETGÈRE et comme marraine une dénommée Jeanne PEYPOUDAT, une proche de la famille à priori. On peut noter que le bébé Jeanne, son père Estienne et son oncle Jean voient leur patronyme orthographié LARREJERT.

Acte de baptême de Jeanne LARRETGÈRE.

Source : Archives départementales des Landes.

Comme à chaque fois, je n'ai guère d'information sur Jeanne avant son mariage. Elle nait dans la "paroisse" de Soustons et se marie dans la "commune" de Soustons, la Révolution française de 1789 étant passée par là. Son mariage a lieu le 8 ventôse de l'an II du calendrier républicain. En calendrier grégorien, nous sommes le 26 février 1794. Jeanne a 23 ans. Son futur en a 17 si l'on en croit l'acte mais en fait, il est légèrement plus jeune que cela : 16 ans seulement, ce qui est assez inhabituel. Il est le fils de Pierre LALLAGÜE et d'Étiennette DELÉON ; il se prénomme Étienne. Cela fait douze ans que le père de Jeanne est mort au moment de son mariage. Les époux ne signent pas l'acte de mariage "pour ne savoir" selon la formule consacrée. Notons que le patronyme du jeune époux se retrouve dans la ville de Soustons sous diverses formes : LALAGU, LALAGUË, LALAGÜE et cette variété se retrouve lors de la naissance des enfants que le couple va avoir. J'en ai identifié sept.

  • Étiennette (24 juin 1795 - 6 septembre 1863)

Premier enfant du couple, la petite fille porte le nom de sa grand-mère maternelle. Comme nous sommes dans la période républicaine, les registres paroissiaux ont été remplacés par l'état civil et nous n'avons plus le nom des parrain et marraine. Étiennette DELÉON est-elle la marraine du bébé ? On peut le supposer sans en avoir la certitude. En tout cas, elle est un des témoins de l'acte de naissance. Les parents habitent maison Péhaut ou Pehaout. Le nom de famille du père est orthographié LALAGÜE et celui de la mère LARREYÈRE. Elle meurt à l'âge de 68 ans même si l'acte de décès lui en donne 70 ; elle est déclarée célibataire et cultivatrice. Sur son acte de décès, on l'a dit également fille de Jeanne LARRICHÉRE.

  • Jeanne (3 décembre 1796 - ?)

Mise à part sa date et son lieu de naissance, je n'ai aucune information sur Jeanne LALAGÜE. Le nom de sa mère est orthographié LARRETYÈRE. Si c'est la grand-mère paternelle qui rapporte la naissance de leur première fille, Étiennette, c'est la grand-mère maternelle, Jeanne LAMOLIATTE qui vient témoigner de la naissance de la deuxième, qui partage le même prénom. Je n'ai pas trouvé d'informations sur le devenir de Jeanne.

  • Marie (15 août 1799-1847)

Troisième enfant et troisième fille, prénommée donc Marie. On peut penser que le jour de sa naissance, un 15 août, fête de l'Assomption (montée au ciel de la vierge Marie), a joué un rôle dans le choix de son prénom. Le 15 août est également un jour férié et chômé depuis 1638 par un édit de Louis XIII. Celui-ci, n'ayant pas de descendant malgré vingt-deux ans de mariage avec Anne d'Autriche, demanda a ses sujets d'organiser des processions le 15 août 1637. Et Louis-Dieudonné (futur roi sous le nom de Louis XIV) nait l'année suivante, en 1638 donc. Les mauvaises langues disent parfois que c'est peut-être moins la vierge Marie que le cardinal Mazarin qui serait à l'origine de ce miracle... Revenons à Marie LALAGÜE ; cette fois, c'est Françoise NOBLE, sa tante, veuve du frère aînée d'Estienne LARRETGÈRE, Martin, qui rapporte la naissance à l'état civil. Sur l'acte, on indique que les parents sont laboureurs. Ils habitent toujours maison Pehaut ou Pehaout.

Marie a 27 ans quand elle épouse Antoine CAUNÈGRE en 1826 et à Soustons. Il a 23 ans. Pour le patronyme, sa mère est appelée Jeanne LARRETEYRE à la naissance de Marie et LARRIÈRE au moment du mariage. Antoine CAUNÈGRE est meunier comme ses parents. Le couple a quatre enfants. Marie n'atteint pas un âge très avancé car elle meurt à 47 ans en janvier 1847 à la maison du Moulin de Perrouge. Antoine, son mari, atteint lui l'âge de 65 ans ; il meurt maison Perouge en 1868. Notons qu'Étiennette LALAGÜE, la soeur aînée de Marie, qui est morte célibataire, vivait maison Perrouye ; c'est la même maison malgré les variations orthographiques où se situe un moulin ; Antoine, meunier, devait y exercer son activité.

Maison Perouge : la cheminée du moulin.

Étymologie possible : "Selon le registre paroissial du 28 avril 1720, ‘peourouge’ est donné comme surnom d’un certain Pierre Dubos. En gascon, ‘peou’ peu = cheveux, ‘loupeou’ lopeu  = les cheveux, donc ‘peourouge’ = «rouge de chevelure», «rouquin». Rouquin se dit généralement peu-ros (Vincent Foix : ‘peoü-rous’ est un homme qui a les cheveux roux) . En 1833, on trouve la graphie ‘perouye’ et plus généralement ‘perouge’ ou ‘pérouge’. ‘Pé’ Pè est la forme la plus courante du nom de baptême Pierre et peut avoir le sens anatomique de pied ; il s’utilise au propre ou au figuré. Pérouge pourrait donc signifier soit Pierre le rouge (le rougeaud ?), soit avec le sens de pied «pied rouge» (pèroge désigne la perdrix à pattes rouges). Selon Arnaudin, c’est aussi le surnom donné aux habitants de plusieurs communes du sud de la Lande (Arjuzanx, Arengosse, Ygos, Villenave, Beylongue). Entre ces significations possibles, pierre rouge, les surnoms Rouquinou Pierre le rougeaud ou celui d’un habitant venu d’une des communes précitées qui aurait donné son nom au lieu, il est difficile de trancher".

Source de la photo et de l'étymologie : Soustons, lieux-dits et noms de lieux

Je n'ai pas trouvé de vieilles cartes postales concernant ce moulin précis ; par contre, il existe des images d'autres moulins de Soustons ; c'était tous des moulins à eau, plutôt bas. Dans ce contexte, j'avoue ne pas trop savoir à quoi peut servir la cheminée de l'image... Mais je ne connais pas grand-chose au métier de la minoterie. Certains moulins servaient également au sciage ; mais comme Antoine est meunier, ce ne doit pas être le cas chez lui. 

Eric LAFOURCADE a organisé en 2010 une exposition concernant les moulins de Soustons. Un article du journal Sud-Ouest, du 16 septembre 2010, du journaliste ou correspondant Jean-Marc FLIPO en fait état. On peu y lire ceci : "Le ruisseau de Magescq comptaient trois moulins : la Vigne, Mercade et Gnoy. Trois autres se trouvaient sur le courant du bourg : Pey, Perouge et Sempé, ce dernier appelé aussi Saint-Pée, ou encore, du bourg. Le courant d’Hardy en recensait deux : Hardy et Neuf. Et sur le courant de Mautré, fonctionnaient Bibi et Mautré. Les statuts du Vicomte de Maremne, en date du 15 juin 1300, font état de l’existence de quatre moulins à eau sur la commune. Ils ont tous disparu. Aucune attestation n’indique la date précise de ces édifices en torchis et bois. Eric Lafourcade a trouvé trace de ces moulins dans des baux à ferme ou vente entre propriétaires.

Ces moulins avaient souvent deux activités : l’une meunière et l’autre de sciage. La première nécessitait une roue horizontale tandis que la seconde était verticale.

Toutes les céréales provenaient de 200 foyers soustonnais : surtout du seigle, mais aussi maïs, millet, orge, sarrasin, froment et panis. Outre la confection du pain, les céréales servaient aussi à nourrir volailles et cochons que chaque ouvrier possédait. Le meunier allait en bros chercher la matière première et la livrait 15 jours plus tard. Il en coûtait moitié moins cher sans la livraison".

Source : Jean-Marc FLIPO, Sud-Ouest, du 16 septembre 2010

Revenons à Marie LALAGÜE et Antoine CAUNÈGRE et aux enfants du couple. Précisons qu'ils naissent tous à Soutons.

○ Jacques (1827-1849) nait maison Bicq ; il meurt à 22 ans. On trouve son acte de décès à l'état civil à la date du 24 août 1850. Mais l'acte ne fait que rapporter un décès qui a eu lieu dix mois auparavant en Afrique, le 23 octobre 1849 à l'hôpital militaire d'Oran. Jacques CAUNÈGRE était militaire, chasseur deuxième classe. Notons qu'à cette époque, la France s'est lancée dans une longue et violente guerre de conquête de l'Algérie, pourtant alliée fidèle de la France. Cette guerre, qui débute en 1827, année de naissance de Jacques, ne s'achève qu'en 1871 (voire plus tard). Un chasseur pouvait être un fantassin mais également un cavalier. N'ayant pas d'information précise, je m'arrête là pour l'instant. J'ai juste lu que les épidémies de choléra étaient importantes à cette période et une, très virulente, se déclenche à partir d'octobre 1849 dans l'Oranais ; quatre jours d'incubation et la mort intervient en 48h. 882 militaires et 2472 civils meurent en un mois, entre le 4 octobre, qui marque le début de l'épidémie et le 4 novembre où une pluie importante permet l'évacuation des eaux usées stagnantes et met fin au choléra. Il n'est pas interdit de penser que mon lointain cousin est mort au cours de cette épidémie.

 

○ Étienne (1830-1891) nait maison La Forgue. À noter que le père, Antoine CAUNÈGRE, est désigné comme exerçant la profession de pasteur et non plus de meunier comme au moment de son mariage et de la naissance de son premier enfant. Quand Étienne se marie à 22 ans, il est meunier, comme son père (pas comme son père à sa naissance mais comme son père au moment du mariage). Nous sommes en 1852 et Marie LALAGÜE, la mère d'Étienne est déjà décédée depuis 5 ans. La jeune épouse, Marguerite dite "Elizabeth" ou "Isabée" ou "Jeanne" St-Geours a 20 ans et comme son mari, elle est de Soustons où se déroule le mariage. Ses parents sont cultivateurs. Aucun des deux époux ne sait signer. Cinq enfants portent le nom de CAUNÈGRE l'année suivante, mais un seul est issu du couple ; c'est une petite fille qui naît maison Moulin de Perrouye. Les jeunes mariés vivent donc avec Antoine, père d'Étienne. D'autres enfants suivent.

1. Élizabeth (27 juillet 1853) ; elle meurt à 3 ans sous le prénom de Jeanne.
2. Jean (20 mars 1855) ne suit pas la tradition familiale dans la minoterie ; il est employé au chemin de fer. Il a d'ailleurs quitté les Landes et habite Portets, en Gironde. Il épouse une domestique de la commune de Rivière, Catherine LAMY. Elle a 19 ans et lui 27. Ils ont au moins un fils, né en 1884 à Rivière qui fait son service militaire à Bordeaux dans un régiment d'artillerie après avoir été ajourné pour "faiblesse". Il est menuisier et, à 30 ans, en 1914, il bénéficie d'une réforme pour tuberculose pulmonaire. Il meurt le 17 janvier 1915.
3. Pierre Germain (11 juillet 1857) ; je n'ai guère d'information sur Pierre. Il est témoin au mariage de son frère Jean à l'âge de 25 ans mais c'est-à-peu près tout.
4. Jeanne (24 août 1859) ; elle épouse Jean PINSOLLE en 1887. Il est ouvrier et il a 28 ans ; elle est couturière et en a 27.
5. Marie (06 mai 1861). À 22 ans, couturière, elle épouse à Soustons un cultivateur de 24 ans, Jean LAUGA. Nous sommes en 1883.
6. Catherine (29 juin 1863). Elle est meunière de profession dans l'acte de mariage qui l'unit à Jean-Baptiste BARRÈRE, un meunier de la commune d'Herm. Elle a 25 ans et lui 26. Le mari est lui aussi fils de meunier. Elle meurt assez jeune, à 36 ans, maison du Moulin du bourg à Soustons.
7. Salvat (26 novembre 1865) est lui aussi meunier. Il meurt à 27 ans, célibataire.
8. Marie (08 novembre 1870) ; elle est meunière également en 1891 quand, à 21 ans, elle épouse, Adolphe MINJOT, 22 ans, meunier également, habitant la commune d'Herm. Le père de Marie, Étienne CAUNÈGRE est mort 4 mois auparavant. Marie décède à 43 ans, maison Bertranon à Soustons.
Étiennette (1832-1891) nait maison Lafargue (sans doute la même qu'au dessus mais avec une orthographe différente) et son père Antoine est toujours pasteur. En revanche, quand elle se marie en 1861, elle vit maison Perouge ; son père est veuf. Elle épouse un employé qui, visiblement, travaille sur place. Il est plus âgé qu'elle : Jean-Baptiste DARROUZET a 40 ans ; il est est scieur mécanicien et vit donc lui aussi à maison Perouge. Ce qui me donne à penser que, peut-être, le moulin ne servait pas qu'à la minoterie. Étiennette a 29 ans et son acte de mariage note : "sans profession". Un contrat de mariage est établit chez le notaire VERDIER de Soustons. Leur premier enfant est mort né en juillet 1862. Son sexe n'est pas identifié. Je n'ai pas trouvé d'autres naissances pour le couple. Étiennette décède en 1891 à l'âge de 59 ans à Soustons. Son époux, Jean-Baptiste DARROUZET décède l'année suivante. Tous les deux vivaient maison Lalière.
Martin (1834-1855) ; à sa naissance, son père est redevenu meunier et ses parents vivent maison Moulin de Bibic. Il meurt à 21 ans le 21 août 1855 ; il est alors fusilier au 96e régiment d'infanterie de ligne. Il est en garnison à Digne, dans les Basses Alpes (département qui porte le nom de Alpes-de-haute-Provence actuellement) et décède à la maison de l'hospice.
  • Salvat LALAGÜE (1800-1854)

C'est le quatrième enfant de Jeanne LARRETGÈRE et d'Étienne LALLAGÜE. Il a 30 ans quand il se marie pour la première fois à Soustons ; il est laboureur. Son épouse, Marguerite PRAT, a 24 ans ; elle est originaire de Magescq et y vit avec ses parents, laboureurs également. Jeanne est appelé "LARRIÈRE". Salvat et Marguerite ont trois enfants : Étienne en 1832, qui ne vit que trois jours ; Marie en 1833 ; Antoine en 1835 mais il ne vit qu'un an. De leur mariage à la naissance de Marie, le couple habite maison Vicq ou au Vicq. Pour la naissance d'Antoine et son décès, ils habitent maison Mercade. Le 18 juin 1833, Marguerite PRAT décède ; elle a 33 ans.

Salvat, veuf, se remarie quatre ans plus tard, en 1837, avec une domestique de 25 ans, Jeanne NOUGARO. Elle est originaire de Magescq comme ses parents bien qu'ils habitent Soustons. À noter que cette fois, Jeanne, la mère de Salvat est nommée LARRIVIÈRE. Avec sa seconde épouse, Salvat devient le père de cinq enfants, tous des garçons : Pierre en 1844 (qui ne vit que 5 jours) et Antoine, le frère jumeau de Pierre (qui lui vit jusqu'en 1911) ; Pierre (1845-1881) ; Jean en 1848 ; Antoine (1852).

Salvat meurt peu après la naissance de son dernier enfant, en 1854 à 53 ans. Jeanne NOUGARO, son épouse, décède à Soustons à l'âge de 60 ans, en 1871, maison Duhaa ; son acte de décès porte le nom de NOGARO.

 

Quelle descendance pour les enfants du couple ?

 

○ Marie LALAGÜE (née en 1833) épouse en 1857 un laboureur de Magescq, Jérôme LESBATS. En l'absence de ses parents, décédés, c'est son oncle Antoine CAUNÈGRE qui semble représenter la famille en étant témoin ; il est le seul de Soustons. Les trois autres témoins sont de Magescq où se déroule le mariage.

 

○ Antoine LALAGÜE est le jumeau survivant. Il est pasteur (de brebis) et se marie à Soustons, à 35 ans avec Anne COLONQUE, cultivatrice qui en a 33. Il habite maison Tucq. Nous sommes en 1879. Antoine et Anne ont au moins deux enfants, deux filles :

1. Jeanne en 1882 (elle se marie en 1904 puis meurt en 1952 à Soustons à 71 ans)

2. Marie en 1883 (elle se marie en 1907 et meurt en 1963 à 79 ans, également à Soustons). 

 

○ Pierre est cultivateur et il se marie à 27 ans, en 1873, avec une jeune fille de 19 ans Jeanne LABEYRIE. Le mariage se déroule à Herm où vit l'épouse. Jean le jeune frère de Pierre est son témoin; il est résinier alors que son frère est cultivateur. Le couple vit à Soustons maison Duhaa, maison où est morte Jeanne NOUGARO, la maman de Pierre deux ans avant le mariage. Pierre et Jeanne ont quatre enfants :

1. Marie, à la fin de l'année 1873 (les parents s'étaient mariés en janvier) qui ne vit que trois mois ;

2. Mathilde-Catherine en 1875 ;

3. Marie en 1876 qui se marie en 1898 à Saint-Paul-les-Dax avec un dénommé Pierre LAVIGNE  

4. Jean-Baptiste, en 1877 et qui se marie avec Jeanne DUPEYRAT. Ils ont tous les deux 25 ans et lui exerce le métier de résinier dans la commune de Herm. Ils y ont une fille, Marthe, en 1904 (elle épouse Jean COSSET à Magescq et décède en 1985, toujours à Magescq). Le couple à d'autres enfants qui naissent à Gourbera : Madeleine en 1906, Léon en 1908, un garçon mort-né en 1909. Pierre meurt précocement à l'âge de 35 ans en 1881 en laissant donc trois enfants assez jeunes à la charge de sa femme.

 

○ Jean, né je le rappelle en 1848, se marie à deux reprises, comme son père. Une première fois en 1874 avec une jeune fille de 21 ans, Catherine BEDAT. Il a 25 ans, il est cultivateur et elle est cultivatrice. Son épouse décède en 1883 et il épouse en seconde noce, en 1885, Marie DULON, cultivatrice également. Elle a 23 ans et il en a 36. Il a une petite fille prénommée Marie en 1875 puis une autre fille, Jeanne, en 1877 (elle se marie en 1903 à Soustons avec Jean ROBIN et décède dans la même commune en 1952). Une troisième fille, prénommée Jeanne également arrive en 1878 (elle se marie en 1900 avec Jean-Baptiste LABEYRIE à Soustons où elle décède en 1961). Notons que son père Jean est devenu résinier. Jean et Catherine ont une quatrième fille, prénommée Catherine (elle se marie à Angoumé en 1908 avec Étienne LASSALLE et meurt à Hourtin en 1966). L'épouse de Jean, Catherine BEDAT décède à l'âge de 30 ans. Avec sa seconde épouse, Jean LALAGÜE a également des enfants et d'abord, encore, une fille, Marie, en 1886 (elle se marie en 1907 à Angoumé avec Henri PALIS) ; son premier garçon arrive en 1888 et il est prénommé Martin (c'est encore à Angoumé qu'il se marie à son tour avec Emma DARGELOSSE en 1914). Il a encore une fille, Catherine, en 1890 (elle se marie avec un PALIS, comme sa sœur, mais qui se prénomme AUGUSTIN). Un deuxième garçon, Jean, naît en 1892 et un troisième, Pierre, en 1895 (qui se marie à Angoumé en 1920 avec Marie LATASTE). Retour aux filles avec Marie en 1898. Jean LALAGÜE a déjà 49 ans et dix enfants. Mais sa petite dernière meurt en 1901 à l'âge de 3 ans. Pour la petite histoire, le premier fils de Jean LALAGÜE, Martin, s'est marié en 1914 et plus exactement le 2 février. Il meurt en Belgique, en août 1914 et ne connaîtra donc pas sa fille Marie, qui naît en octobre. Le deuxième, Jean, est blessée en 1914 et meurt en 1917, tué par une mitrailleuse allemande. Le troisième frère, Pierre, a plus de chance : blessé à trois reprises durant le conflit, il réussit à survivre au conflit.

Extraits de la fiche matricule de Martin LALAGÜE

Extraits de la fiche matricule de Jean LALAGÜE.

Extraits de la fiche matricule de Pierre LALAGÜE.

Source des extraits: Archives départementales des Landes.

○ Antoine LALAGÜE est le dernier enfant de Salvat LALAGÜE, fils, je le rappelle de Jeanne LARRETGÈRE et d'Étienne LALAGÜEAntoine est né en 1852 à Soustons et se marie à 28 ans. Il est pasteur à cette date en 1880, comme son frère plus âgé qui porte le même prénom. Son épouse est Marguerite DOSBA, une cultivatrice de 20 ans, qui est née et vit à Soustons avec sa mère Marguerite SAUBION. Des quatre parents, c'est la seule à être encore en vie et donc à être présente lors de la cérémonie du mariage. D'après mes recherches, ils ont leur premier enfant, une fille, à Magescq. Marguerite DOSBA est toujours cultivatrice et Antoine est toujours pasteur.

1. Marguerite LALAGUË (l'accent qu'on appelle le tréma s'est déplacé du U vers le E) est née en 1882 à Magescq, maison Jouines. Elle se marie en 1909 en présence de ses parents avec un charpentier d'Herm, François DOURTHE. Elle a 26 ans et son époux en a 27. Ils ont deux enfants, Robert qui né en 1912 et meurt 79 ans plus tard à Pessac en Gironde et Roger qui meurt à l'âge de 20 ans.

2. Marie LALAGUË arrive 7 ans (en 1889 donc) plus tard, toujours à Magescq et toujours maison Jouines. Antoine n'est plus dit pasteur mais pâtre, ce qui est la même chose. Marguerite DOSBA est toujours cultivatrice. Je n'ai pas d'autres renseignements concernant Marie, ni mariage, ni décès...

3. Omer LALAGUË est lé le samedi 9 septembre 1893 à Magescq, maison Jouines comme ses deux aînées. Et là encore, c'est mon seul renseignement.

4. Albert LALAGUË est le dernier membre de la fratrie ; il naît le 9 août 1897 à maison Jouines lui aussi. II se marie en 1921, à l'âge de 23 ans avec Jeanne BERTIN à Rivière-Saas-et-Gourby. Il meurt dans les Bouches-du-Rhône en 1961 à l'âge de 63 ans, dans la commune de Lamanon. 

Si l'on en croit sa fiche matricule, Albert LALAGUË est un petit gabarit d'1,57m. Cultivateur résinier, il est ajourné pour faiblesse en 1915 et 1916 avant d'être "bon pour le service en 1917". Avec un niveau d'instruction évalué à deux, on peut en conclure qu'il savait juste lire et écrire. Il habite Vernègues, à 30 km au Nord-Ouest d'Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, quant il est mobilisé en novembre 1939. Il est fait prisonnier (sans doute en mai ou juin 1940) et se retrouve interné au stalag VI.D à Dortmund ; démobilisé le 10 juillet 1941, il est est rendu à la vie civile le le lendemain.

6. Le sixième enfant d'Estienne LARRETGÈRE et de Jeanne LAMOLIATTE : Pierre (1772-1850)

Pierre LARRETGÈRE est mon ancêtre direct. Un article lui est donc consacré plus spécifiquement dans la page concernant les LARRETGÈRE de Saint-Geours-de-Maremne. En effet, Pierre quitte Soustons, se marie à Saint-Geours-de-Maremne (à deux reprises) et les LARRETGÈRE s'y implante durablement (jusque dans la deuxième moitié du XXe siècle). Toutes les personnes portant le patronyme de LARRETGÈRE aujourd'hui sont les descendants de Pierre.

Je vous invite à suivre le lien concernant Pierre LARRETGÈRE (1772-1850).

7. Marie LARRETGÈRE (1775-1829), septième et dernier enfant d'Estienne LARRETGÈRE et de Jeanne LAMOLIATTE

7.1. Le mariage de Marie LARRETGÈRE et du douanier MIRAMBEAU ou MIRAMBAU

Pas d'acte de baptême pour Marie LARRETGÈRE ; sur le site des Archives départementales des Landes, le registre paroissial de Soustons de l'année 1775 passe directement du mois de janvier au mois d'octobre. C'est donc avec son acte de mariage, en 1803, que j'ai eu connaissance de l'existence de Marie

Acte de mariage de Bertrand MIRAMBEAU et de Marie LARRETGÈRE du 16 Pluviôse XI (en calendrier grégorien du 5 février 1803).

Source : Archives départementales des Landes.

Cote : 4 E 310/4

Le mariage a lieu à Soustons en présence de la mère de Marie, Jeanne LAMOLIATTE, toujours vivante ; pour le marié, Bertrand MIRAMBEAU (dont le nom est souvent orthographié MIRAMBAU), c'est la mère, Marguerite MAURESMAU qui est décédé et le père vivant (à Soustons). Le marié est laboureur. Les témoins ont entre 37 et 60 ans et exercent les professions d'officier de santé, de cabaretier, de charpentier et de négociant. Le patronyme de Marie est orthographié LAREYTÈRE. Une erreur est faite en lui donnant pour père "Jean" LARRETGÈRE et non pas Étienne. Mais grâce au nom et à la présence de sa mère, il n'y a pas d’ambiguïté possible. 

Bertrand MIRAMBEAU ne reste pas laboureur très longtemps ; il exerce bientôt le métier de douanier. Sur son acte de décès, en décembre 1858, à l'âge de 79 ans et à Moliets-et-Maa, il est dit retraité des douanes. Il est d'ailleurs rares dans les actes de l'époque de voir la mention de "retraité". Il était veuf, Marie étant décédée en 1829, à l'âge assez précoce de 53 ans. Son acte de décès n'a pas été aisé à retrouver car il est rédigé au nom de Marie MIRAMBAU ; l'âge qu'on lui attribue est erroné (49 ans) et son mari n'est pas mentionné. Comment être sûr qu'il s'agit de Marie LARRETGÈRE ? Quand on regarde les actes de la commune, il n'y a pas de MIRAMBEAU ou MIRAMBAU avant 1829 ; et après, les seuls MIRAMBEAU évoqués sont les enfants ou l'époux de Marie LARRETGÈRE, Bertrand MIRAMBEAU. Mais plus simplement, sa date et son lie de décès sont mentionnés dans l'acte de mariage de sa fille Marthe.

Marie LARRETGÈRE et Bertrand MIRAMBEAU ont plusieurs enfants. Cependant, je ne suis pas sûr de les avoir tous identifiés ; Bertrand change souvent de lieu de travail. 

Saviez-vous qu'il existe un musée des douanes ? Il est situé à Bordeaux et, outre sa fonction de musée, il conserve également un certain nombre de registres du personnel des douanes (ou sommiers). Pour une somme modique de quelques euros, on peut avoir une copie numérique de la page concernant la personne qui vous intéresse. 

Situé Place de la Bourse à Bordeaux, le Musée national des douanes est situé dans l'Hôtel des Fermes, c'est-à-dire l'ancêtre de la Douane, achevé en 1738. Cette ancienne Place royale a été conçue par Jacques GABRIEL avec l'originalité d'être la seule place maritime de France. La statue équestre de Louis XV a été transformée en canons après 1792 et remplacée actuellement par la fontaine des Trois Grâces.

Source de la photographie : Office du tourisme de Bordeaux 

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Le mot de Clio sur la douane en France                                                                                                        Dès l'antiquité et la formation des premiers États, on constate une volonté de contrôler les frontières et donc les flux, d'hommes et de marchandises. On peut ainsi taxer les importations, contrôler les exportations. Je ne vais pas développer ici une synthèse historique qui existe déjà et qui est très bien faite sur le site du musée national des douanes. Je renvoie le curieux sur la page Histoire de la douane.      Mon lointain cousin par alliance, Bertrand MIRAMBEAU, est entrée dans la douane en 1807, c'est-à-dire après les grandes réformes de la période révolutionnaire. Auparavant, le prélèvement des taxes douanières (intérieures, car on pouvait payer des taxes en entrant dans une ville par exemple, et aux frontières extérieures) étaient en quelques sortes confiées à un prestataire de service privé, un groupe de financiers que l'on appelait la Ferme générale. La Ferme générale avance la somme devant être générée par les taxes douanières et ce sont ses employées, agissant au nom du roi mais sans être des fonctionnaires royaux, qui ont pour mission de percevoir les sommes dues.                                                                                                        Tout change avec la révolution de 1789. La régie des douanes nationales est créée. La douane est organisée comme un corps militaire avec d'un côté, les bureaux où les douaniers ont un service sédentaire et les brigades, en service actif. C'est à partir de 1800 que les douaniers portent un uniforme. Les douaniers des bureaux l'abandonnent assez rapidement ; il faut dire qu'il est à la charge du fonctionnaire (jusqu'en 1908). Pendant la période d'activité de Bertrand MIRAMBEAU, l'uniforme est "vert financier".
Préposé en petite tenue et sous-lieutenant, 1815 à 1830, Ernest FORT.                                                                                                                                                                                                                               On peut observer ici l'uniforme des douaniers durant la période 1800 à 1835. À partir de 1835, le pantalon devient bleu. L'image est d'Ernest FORT, (1868-1938) peintre de sujet militaire. Il est basque et rédige une remarquable monographie intitulé Bayonne pendant la guerre de 1914-1918, illustrée par ses photographies et dessins. Il faut attendre 2014 pour que son manuscrit soit publié en deux tomes. Les deux tomes sont disponibles sur le site de l'éditeur, les éditions Koegui.

7.2. Bertrand MIRAMBEAU, douanier

Nous n'apprenons pas grand chose avec le "signalement des préposés". Nous apprenons qu'il sait signer (mais différents actes nous avaient déjà informé de son alphabétisation) ; sa date et son lieu de naissances étaient déjà mentionner dans son acte de naissance ainsi que son métier précédent de laboureur.

Bref, les trois seules informations originales de cette fiche apporte à notre connaissance sont sa taille, sa maîtrise du gascon, ce qui semble assez logique concernant l"époque et la diffusion discutable du français dans l'ensemble du pays et sa complexion qualifiée de bonne....

Commençons par la taille : 5 pieds, 2 pouces. Oups ! Quid du système métrique ? C'est en 1790 que TALLEYRAND propose une unification du système de mesure dans une France où les mesures sont particulièrement nombreuses. L'Académie des Sciences propose le système métrique adopté par la loi du 1er août 1793. Cependant, il faut attendre 1840 pour que les autres systèmes disparaissent. Donc, à quoi correspondent les 5 pieds 2 pouces ? En 1812, la toise dite usuelle mesure deux mètres ; sachant qu'il y a six pieds dans une toise, le pied devait faire : 33,33 cm ; il y a 12 pouces dans un pied, le pouce doit faire 2,77 cm. Donc, Bertrand MIRAMBEAU devait mesurer presque 1,72 m. Ce système de toise métrique, n'ayant jamais pris auprès de la population, est supprimée en 1837.

Dans un pays où le français n'est pas encore généralisé, il est amusant de voir que le gascon est considéré comme une langue étrangère ! Dans les années 1970, ma grand-mère et sa sœur, dans les Landes parlaient "patois", c'est-à-dire un dérivé de gascon local (dans le Maremne) ; mon père le comprenait sans le parler réellement. 

Enfin, la notion de "complexion" désignait la "constitution physique d'une personne". 

Source : Musée national des douanes

Cote : MND_1A59_MIRAMBEAU

7.3. Les enfants de Marie LARRETGÈRE et de Bertrand MIRAMBEAU

J'ai identifié sept enfants pour le couple. Mais comme je l'ai signalé, je ne suis pas sûr de les avoir tous trouvé en raison des nombreuses affectations de Bertrand MIRAMBEAU dans différentes brigades. Entre 1807 et 1833, il est affecté à 17 reprises ; il a fait partie des brigades d'Ascain, de Bidart, de Seignosse, Vieux-Boucau, Moliet et Mimizan... Bref, jusque vers 1814, il est plutôt dans les Basse-Pyrénées et après, il reste dans les Landes. Son traitement, dans la même période, passe de 500 à 600 francs (avec une pointe à 650 en 1817 et 1818) de salaire annuel. Un ouvrier, en 1820, gagnait de 1 à 3 francs selon le lieu et l'activité (mines ou filatures). En 1814, Bertrand est sous-lieutenant puis devient lieutenant. Mais je digresse. Revenons aux enfants du couple... Dans presque tous les actes, le patronyme de Marie LARRETGÈRE est orthographié LARRIÈRE

  • Jean naît en 1804 à Soustons. Il meurt en 1809 à Vieux-Boucau-les-Bains ; son nom est orthographié MIRANBAU et on lui donne l'âge de 8 ans ; or, en 1801, ses parents ne sont pas mariés. Par déduction, je pense qu'il s'agit de leur premier né. 
  • Jean naît en 1805 à Soustons. Il devient cultivateur dans la commune de Moliets-et-Maa où il décède à 27 ans, en 1833, sans être marié. 
  • Marthe naît probablement en 1806 ; nous le savons grâce à son acte de mariage qui ne précise cependant ni la date ni le lieu de sa naissance. Elle a 24 ans quand elle se marie à Moliets-et-Maa avec Robert LÉTOILE, un maître-tailleur de 22 ans, de père inconnu, dont la mère, Marie LÉTOILE, réside à Messanges.  Comme nous sommes en octobre 1830, Marie LARRETGÈRE (dont le nom est orthographié LARREYRE sur l'acte) est décédée depuis un peu plus d'un an. Les quatre témoins, tous des homes, sont forgeron, instituteur, maître-tisserand et charron. Ils vivent tous dans la commune. Notons que Bertrand MIRAMBEAU n'est pas encore retraité. Notons également que le marié signe, mais juste son prénom. 
  • Jean naît en 1810 à Vieux-Boucau-les-Bains. Il décède à l'âge de 47 ans, célibataire. Il exerçait le métier de tailleur d'habits.
  • Paul naît en 1814 à Seignosse, le 22 août. Il ne vit pas longtemps ; il décède en novembre de la même année en novembre. On peut noter qu'un des témoins de naissance et de son décès est un "Paul" (Paul LECUYER, collègue douanier de son père). Sans doute est-ce son parrain...
  • Marie et Catherine. Non, ce ne sont pas des jumelles mais un petit mystère qui doit sans doute être expliqué par des retards de déclarations... Enfin, je crois. J'ai un acte de décès pour l'une et un acte de naissance pour l'autre. Catherine décède la 4 décembre 1815 à Vieux-Boucau à l'âge de 15 jours, ce qui donne une naissance fin novembre. La naissance de Marie est déclarée le 10 décembre 1815 à Seignosse. Il est difficile de concevoir des naissances à trois semaines d'intervalle ! Le plus logique est de penser qu'il s'agit de la même enfant, dont la naissance a été peut-être déclaré après le décès, avec une confusion dans les prénoms. C'est peut-être tiré par les cheveux mais je n'ai pas d'autres solutions logiques.
  • Barthélémy naît en 1818, fin mars. Comme nombre de ses frères et sœurs, il meurt précocement, à l'âge d'un an, en avril 1819. Un des témoins, collègue de son père, portent le même prénom, Barthélémy (comme lors de la naissance de Paul).

Recensement de la commune de Seignosse (Landes) en 1819,

Source : Archives départementales des Landes

Cote : 6 M 108

Dans cet extrait de recensement, on peut constater la présence de trois enfants, deux prénommés Jean et un Barthélémi (ici en abrégé). Le Barthélémi en question n'est pas celui qui vient de naître en 1818. Il a du naître en 1809, entre Marthe et le Jean né en 1810 qui doit être celui dont l'âge est de 9 ans (et qui est vivant en 1819). Cela fait donc un huitième enfant pour le couple. Le dernier enfant présent est un Jean de 12 ans. Donc l'enfant a du naître, sans doute, en 1807 ou 1806. Avec les approximations de l'époque, ce doit être le deuxième enfant du couple, celui qui a vu le jour en 1805. Ce qui semble logique car ce Jean là atteint l'âge adulte et ne meurt qu'en 1833. Par contre, il est étrange que Marthe ne soit pas présente puisqu'elle est vivante à cette date et doit avoir une douzaine d'années... 

Donc, au final, huit enfants (à priori) pour Marie LARRETGÈRE et son époux Bertrand MIRAMBAU ou MIRAMBEAU. Et sur ces huit enfants, trois atteignent l'âge adulte. Et une seule a une descendance.

7.4.  Marthe MIRAMBEAU, son époux Robert LÉTOILE et leurs enfants

Marthe épouse Robert le 9 octobre 1830. Le nom du marié est LÉTOILE mais à sa naissance, en 1808, c'était LÉTOILLE ; ce n'est pas un patronyme mais un matronyme car il est de père inconnu. Sa mère, Marie LÉTOILLE ou LÉTOILLE, est couturière et a deux autres enfants, des garçons également de père inconnu ; cependant, Robert est le seul à atteindre l'âge adulte. Il exerce la profession de maître- tailleur. Il a 22 ans et Marthe en 24 ou 25. Marie LARRETGÈRE, sa mère, est morte l'année précédente mais Bertrand MIRAMBEAU, son père, est présent lors du mariage, comme la mère de Robert qui habite la commune de Messanges. 

Marthe et Robert habitent la commune de Moliets-et-Maâ et ils vont y rester et y avoir des enfants. Le premier arrive en 1830. N'est-ce pas un peu tôt pour un mariage en octobre ? Le mariage a lieu le 9 et la naissance le 21. On peut en conclure sans trop d'erreurs (c'est ironique) que la mariée était déjà très enceinte au moment de passer à la  mairie. Particularité du marié : il signe Robert à son mariage et lors de la naissance de ses premiers enfants ; plus tard, il signe LÉTOILE. Enfin, il est désigné parfois comme Séverin LÉTOILE (dès le décès de sa fille Louise en 1834). Marthe voit le prénom de Jeanne lui être donné.

  • Ce premier enfant s'appelle Bertrand, comme son grand-père maternel. Il devient pâtissier mais meurt assez jeune, en 1835 (le 29 décembre). Il n'est pas marié et n'a donc pas de descendance, du moins officiellement.
  •  Louise vit à peine un an : elle naît en mai 1833 et décède en juillet de l'année suivante.