Marguerite "Marie" DASSÉ - SOSA 39

Marguerite DASSÉ est la mère de Catherine DASSÉ, épouse de Jean LARRETGÈRE, qui sont les parents de mon arrière grand-mère, Catherine LARRETGÈRE.

1. Des difficultés à identifier mon ancêtre

1.1. Catherine DASSÉ, fille de Marie DASSÉ

Catherine LARRETGÈRE, mon arrière grand-mère, le plus souvent prénommée Rosalie (dans les recensements ou sur les fiches matricules de ses trois garçons), est née le 4 septembre 1858 à Saint-Geours-de-Maremne. Son père est Jean LARRETGÈRE et sa mère Catherine DASSÉ. Ils se sont mariés le mardi 7 octobre 1851 à Saint-Geours-de-Maremne. Pour connaître les parents, en utilisant l'état civil, nous pouvons utiliser l'acte de naissance, l'acte de mariage et l'acte de décès (mais au XIXe siècle, les parents n'y sont pas systématiquement mentionnés). On peut utiliser également utiliser les recensements. Mais le plus pertinent est l'acte de mariage. Nous allons voir pourquoi.

 

L'intérêt d'un acte de mariage est la mention du nom des parents (et parfois plus selon les actes : l'âge ou la date de naissance, le lieu d'habitation, etc.), surtout pour la période qui suit l'instauration de l'état civil en 1792. Avant, les actes étaient issus des registres paroissiaux tenus par le curé de la paroisse et les mentions des parents (ou pour les actes de décès des parents ou des conjoints) étaient très aléatoires.

Dans son acte de mariage, il est mentionné que Catherine DASSÉ est la fille illégitime (c'est-à-dire sans père nommé) de Marie DASSÉ et qu'elle est née le 29 août 1833.

 

Extrait de l'acte de mariage de Catherine DASSÉ du 7 octobre 1851

Source : Archives départementales des Landes

Cote : 4 E 261/7

La démarche suivante, pour le généalogiste, consiste à aller chercher l'acte de naissance dont nous avons la date. Grâce à la mise en ligne des registres d'état civil (et, avant 1792, des registres paroissiaux) par les Archives départementales (grâce au développement d'Internet depuis les années 1990), les recherches généalogiques ont été grandement facilitées. En quelques clics, nous avons accès à l'acte recherché.

Acte de naissance de Catherine DASSÉ du 29 août 1833

Source : Archives départementales des Landes

Cote : 4 E 261/5

Enfin (dernière étape donc), recherchons une Marie DASSÉ née 23 ans plus tôt, à savoir vers l'année 1810.

Les choses se compliquent à ce moment là.

Pourquoi ?

DASSÉ est un nom de famille assez courant dans les Landes et donc également dans la commune de Saint-Geours-de-Maremne. De plus, nous avons déjà signalé, à de multiples reprises, trois difficultés pour identifier des ancêtres dans les Landes (et ailleurs) :

  • le port du même prénom pour plusieurs filles ou garçons d'une même famille (souvent les prénoms Marie, Jean, Jeanne...) ;
  • cela entraîne, lors des mariages notamment, l'usage d'un acte de naissance qui ne correspond pas toujours à la personne mariée (j'ai eu le cas de trois mariages avec trois fois le même acte de naissance pour trois sœurs différentes qui portaient le même prénom) ; problème favorisé par l'illettrisme des mariés... ;
  • enfin, la particularité, dans le Sud-Ouest, et plus particulièrement dans cette partie Sud-Ouest des Landes, de l'usage d'un prénom qui n'est pas celui de l'état civil.

Mais restons optimiste. Regardons dans les tables décennales si nous trouvons une Marie DASSÉ née aux alentours de l'année 1810.

1.2. Un trop plein de Marie DASSÉ

Il y a de nombreux et de nombreuses DASSÉ nés un peu avant et un peu après 1810, appartenant à des familles différentes. Qu'en est-il des personnes nommées Marie DASSÉ ?

Extrait des tables décennales de Saint-Geours-de-Maremne de 1802 à 1812 et de 1813 à 1822

Source : Archives départementales des Landes

Cote : 4 E 415/1 et 4 E 415/2

Les candidates retenues (car probables) sont :

- Marie, née le 6 mai 1807 ;

- Marie, née le 25 février 1808 ;

- Marie, née le 5 septembre 1811 ;

- Marie, née le 28 avril 1812 ;

- Marie, née le 14 septembre 1814.

 

Cependant, nous ne pouvons exclure aucune des filles nées dans cette période et qui portent un prénom autre que Marie en raison de cette habitude de porter un prénom d'usage qui n'est pas celui de l'état civil dans cette partie des Landes.

 

La question se pose : par quelle méthode identifier la bonne personne parmi les cinq possibles ? Celle née en septembre 1811 fait la meilleure candidate mais je n'ai pas de preuve formelle.

 

Essayons avec le lieu de naissance. En effet, un des avantages des actes de Saint-Geours-de-Maremne est l'indication du nom de la maison ou du hameau où a lieu la naissance ou le décès (ou le lieu de résidence d'un des mariés sur l'acte de mariage). Et grâce à cela, on sait que Catherine DASSÉ, fille de Marie DASSÉ, en 1833, est née à Barias (maison ou hameau). Sa mère y est-elle également née ?

 

Cependant, aucune des cinq Marie DASSÉ retenue n'est née à Barias.

1.3. L'identification de la famille de Marie DASSÉ

Autre possibilité : les registres de recensement, heureusement disponible sur les site des Archives départementales des Landes. La date la plus proche pour notre recherche est 1836 (Catherine DASSÉ étant née en 1833). Rappelons qu'à cette époque, sauf exception, les recensements ont lieu tous les cinq ans, à chaque année en "1" et en "6". J'ai pu trouver trouve la bonne famille à Barias, mes ancêtres, un couple formé de Jean DASSÉ et de Jeanne LABORDE. J'ai cherché tous les enfants que le couple a eu depuis leur mariage en 1807. Ils sont au nombre de six. Avec plusieurs filles prénommées Marie.

Donc, cela restreint les possibilités, en théorie, à deux personnes  :

- Marie, née le 25 février 1808 ;

- Marie, née le 5 septembre 1811.

Examinons plus en détail notre extrait du recensement de l'année 1836.

Extrait du recensement de 1819 de Saint-Geours-de-Maremne

Source : Archives départementales des Landes

Cote : E DEPOT 261/1F2

En dehors des parents, Jean DASSÉ et Jeanne LABORDE et d'un gendre, on compte quatre enfants  vivant encore avec leurs parents en 1836,  un gendre (Etienne BURRET), trois petits-enfants et un domestique.

N'oublions pas que nous cherchons qui est la mère de Catherine DASSÉ : une fille déclarée comme naturelle nous intéresse plus particulièrement ici puisqu'elle a deux ans en 1836, ce qui peut correspondre à une naissance en 1833 (année de naissance de Catherine DASSÉ).

 

Deux problèmes : elle ne s'appelle pas Catherine mais Marguerite et le relevé ne précise pas de qui elle est la fille...

 

Je ne suis pas particulièrement aidé par la table décennale des naissances de 1833-1842 où n’apparaît aucune naissance d'une Marguerite DASSÉ ni en 1833 ni en 1834. Cependant, on peut émettre des doutes sur la qualité du relevé car la naissance de Catherine DASSÉ du 29 août 1833 n’apparaît pas non plus.

 

En tout état de cause, on peut en conclure que la petite fille nommée Marguerite DASSÉ de deux ans est bien mon ancêtre Catherine en raison de l'âge et du lieu de naissance (hameau Barias). De plus, c'est la seule petite fille naturelle de deux ou trois ans nommée DASSÉ et vivant au hameau Barias dans le recensement de 1836

 

Mais qui est sa mère ?

Identifions précisément les enfants du couple Jean DASSÉ et Jeanne LABORDE nommés dans le recensement :

- Marie DASSÉ, 23 ans.

- Valère DASSÉ, 18 ans.

- Jean DASSÉ, 16 ans.

- Marguerite DASSÉ, 21 ans.

Mes recherches précédentes m'avaient permis d'identifier, on l'a vu, la naissance de six enfants pour le couple sans compter les trois enfants de Jeanne LABORDE issus d'une première union. Elle est veuve d'un laboureur nommé Jean DUCOS, décédé à Saint-Geours-de-Maremne le dix-huit pluviôse an XI (soit le 7 février 1803). Ensemble, ils ont eu Guilhaume DUCOS, né en 1795 et Jacques DUCOS, né en 1798.  Ils ont également eu un troisième enfant, Arnaud, né en 1802, mis qui n'a vécu qu'un peu plus d'un mois. Visiblement, ils ne vivent plus avec leur mère et leur parâtre.

Remariée avec Jean DASSÉ, Jeanne LABORDE donne naissance a cinq filles et un garçon :

- Marie née le 24 février 1808 ;

- Marie née le 5 septembre 1811 ;

- Marguerite née le 16 décembre 1813 ; 

- Marie et Jeanne-Valère, des jumelles nées le 15 septembre 1816 ;

- Jean née le 10 novembre 1818.

Sur les six enfants, un décède à 20 mois, une des jumelles, prénommée Marie. Ces éléments sont confirmés par le recensement de 1819 (voir plus bas).

Sur le recensement de 1836, on voit que les déclarations ne correspondent pas exactement à l'âge réel des enfants : on attribue l'âge de 16 ans à Jean alors qu'il doit en avoir 17 ou 18. Valère, qui doit être la jumelle qui a survécu se voit attribuer l'âge de 18 ans au lieu de 19 ou 20. La fille nommée Marguerite, 21 ans, devrait en avoir 22 ou 23. Enfin, la jeune femme appelée Marie, qui a 23 ans dans le recensement, doit sans doute être celle née en 1811 (avec un âge réel de 24 ou 25). Et une des Marie est absente, sans doute celle née en 1808.

Remontons dans le temps et examinons le recensement de 1819.

Extrait du recensement de Saint-Geours-de-Maremne de 1819

Source : Archives départementales des Landes

Cote : 6 M 108

On retrouve les deux fils de Jeanne LABORDE : Guillaume et Jacques DUCOS.

Le dernier DASSÉ de la liste, celui sans prénom, est le dernier né, Jean.

Et les âges des filles, Marie, Marie, Marguerite et Valère sont corrects. On note l'absence de la sœur jumelle de Valère, prénommée également Marie, décédée le 18 mai 1818 comme le montre l'acte de décès suivant :

Extrait du registre de l'état civil des décès de Saint-Geours-de-Maremne (1816-1831)

Source : Archives départementales des Landes

Cote : 4 E 261/4

Tout ceci ne nous avance guère pour identifier la mère de mon ancêtre Catherine DASSÉ. C'est forcément une des quatre soeurs DASSÉ, mais laquelle ?

Voyons si d'autres documents, dans l'état civil ou dans les recensements seront plus utiles.

1.4. Le mariage des soeurs DASSÉ et les erreurs de l'état civil

Nous avons vu dans le recensement de 1836 qu'une des sœurs DASSÉ est mariée avec un dénommé Étienne BURRET et qu'une est absente. Et il en reste deux non encore mariés. Et sur les deux non encore mariées, l'une doit forcément être la mère de Catherine DASSÉ. On a vu également que l'identification des sœurs est rendue difficile en raison de déclarations d'âge fantaisistes. 

  • Donc, une Marguerite DASSÉ est mariée avec Etienne BURRET. Le mariage a eu lieu en 1834 à Saint-Geours-de-Maremne. Première anomalie, le prénom de l'épouse dans l'acte de mariage n'est pas Marguerite mais Marie Emilie. Ce qui pose un problème : aucune des filles prénommées Marie de la famille n'a été prénommée à l'état civil "Marie Emilie". Autre problème plus important : l'acte déclare que Marie Emilie est née le 15 septembre 1816. Ce qui n'est pas possible. C'est la date de naissance des jumelles Marie et Jeanne Valère. Et si Jeanne Valère est vivante (on le voit sur les recensements de 1819 et 1836), sa jumelle Marie est décédée à l'âge de 20 mois comme le montre l'acte que j'ai publié plus haut. Qui donc est véritablement cette Marie-Emilie parmi les trois filles du couple ? Sans doute pas Jeanne-Valère (qui semble garder son prénom et ne pas adopter celui de Marie ou  de Marguerite). Mais cela laisse deux autres possibilités.

Essayons de voir avec les autres mariages des filles du couple si nous arrivons à éclaircir la situation (ou pas).

  • La Marie DASSÉ, absente du recensement de 1836, s'est marié le 12 novembre 1828, à Saint-Vincent-de-Tyrosse, avec un laboureur, Jean DUVICQ. L'acte ne précise pas sa date de naissance mais lui donne l'âge de 20 ans. Cela pourrait correspondre à Marie DASSÉ née en 1808. Mais vu les déclarations d'âge fantaisistes lors des recensements, ce n'est pas certain. Seule quasi certitude, c'est que ce n'est pas la mère de Catherine DASSÉ, mon ancêtre, fille naturelle. En 1833, à la naissance de Catherine, Marie DASSÉ épouse DUVICQ est mariée et n'habite pas à Saint-Geours-de-Maremne et peut donc difficilement y accoucher d'une enfant naturelle sans père nommée.
  • En juin 1836, le 23 exactement (c'est un jeudi), Marie DASSÉ épouse Jean DICHON, un garçon boulanger. Le mariage a lieu à Saint-Geours-de-Maremne. Sur l'acte de mariage, il est précisé qu'elle est née le 16 décembre 1813. Ce qui est la date de naissance de Marguerite DASSÉ, pas la Marguerite épouse d'Etienne BURET (qui s'appelle en fait Marie) mais la vraie Marguerite de l'état civil.

Conclusion sur l'identification des filles DASSÉ (conclusion qui repose sur des hypothèses plausibles) :

- Marie DASSÉ épouse DUVICQ est celle née en 1808.

- Marie DASSÉ épouse BURRET ne peut pas être la jumelle décédée ; c'est donc la Marie DASSÉ née en 1811.

- Marie DASSÉ épouse DICHON est en fait Marguerite DASSÉ née en 1813.

Cela nous aide-t-il à identifier la mère de Catherine DASSÉ ? En fait oui. 

On peut logiquement exclure Marie DASSÉ épouse DUVICQ qui est mariée au moment de la naissance de Catherine DASSÉ en 1833.

Marie DASSÉ épouse BURRET, est elle aussi mariée, mais en 1834 seulement et elle aurait pu être éventuellement la mère de la petite Catherine fille naturelle, tout comme sa sœur Marguerite, mais que l'on prénomme Marie, qui ne se marie qu'en 1836.

Nous n'avons donc plus que deux candidates possibles.

1.5.  De l'identification (enfin !) de la mère de Catherine DASSÉ

Au moment du mariage de Jean LARRETGÈRE et de Catherine DASSÉ en 1851 à Saint-Geours-de-Maremne, si la mère de Catherine DASSÉ est mentionnée sous le prénom de Marie, son domicile n'est pas précisé. Cependant, comme les bans sont publiés à Saint-Geours-de-Maremne et à Josse, j'ai cherché du côté de Josse. Pas de recensement disponible en ligne pour l'année 1851 mais en 1856, on trouve une Marie DASSÉ, cabaretière de 42 ans, qui vit avec sa fille Valérine et l'époux de cette dernière, Jean-Baptiste LABADIE ; leur fils, Léopold LABADIE et la jeune fille de Marie DASSÉ, prénommée Jeanne, âgée de 4 mois partagent également le même toit. 

Valérine ? Cela doit nous dire quelque chose... En effet, lors du recensement de 1836 de Saint-Geours-de-Maremne, dans la famille du couple Jean DASSÉ et Jeanne LABORDE, il y avait deux enfants naturelles : une Marguerite de 2 ans que nous avons identifiée comme étant Catherine DASSÉ et une petite Valère de 7 mois.

Acte de naissance de Valérine DASSÉ

Source : Archives départementales des Landes

Cote : 4 E 261/5

Valère est en fait Valérine, qui répond également aux prénoms de Cloud (Claude ?) et Septembre (ce qui est pour le moins original) comme son mois de naissance. Elle est née en 1835 de père non nommée et fille de Marie DASSÉ. Elle vit avec sa mère vingt ans plus tard, mère qui habite Josse, comme la mère de Catherine DASSÉ, elle aussi fille naturelle d'une Marie DASSÉ et qui habite également Josse en 1851...

 

La conclusion semble logique mais on va donner une preuve supplémentaire nous permettant une identification sans laisser place au moindre doute.

 

On a vu que Marie DASSÉ, mère de Valérine (née en 1835) et peut-être de Catherine (née en 1833) est également la mère d'une petite Jeanne qui, sur le recensement de la commune de Josse de 1856, est âgée de 4 mois. Examinons l'acte de naissance de cette petite fille.

Acte de naissance de Jeanne Prudence DASSÉ

Source : Archives départementales des Landes

Cote : 4 E 129/5

Nous avons vu plus haut que Catherine DASSÉ ne pouvait être la fille naturelle que de deux personnes : 

- Marie DASSÉ épouse BURRET (peu probable)

- Marie DASSÉ (en fait, Marguerite à l'état civil) épouse DICHON.

 

On sait que la mère de Catherine vit à Josse dans les années 1850. Et qu'une autre fille naturelle identifiée dans le recensement de la commune de Saint-Geours de 1836, Valérine, est elle aussi fille d'une Marie DASSÉ, vit avec sa mère, en 1856, à Josse.

 

Et cette même Marie DASSÉ a accouchée d'une petite fille en 1856, Jeanne Prudence

 

Qu'apprend-on sur l'acte de naissance ? Que cette Marie DASSÉ, mère de Jeanne-Prudence, mère de Valérine est l'épouse (séparée) de Jean DICHON ! Et c'est son gendre, Jean-Baptiste LABADIE qui déclare la naissance de sa toute petite belle-sœur.

La conclusion est donc élémentaire :

Marguerite DASSÉ, née en 1813, est la mère naturelle de Catherine DASSÉ, née en 1833.

2. La vie de Marguerite "Marie" DASSÉ

2.1. Une enfance à Saint-Geours-de-Maremne

Nous avons, après notre longue enquête, déterminer que la mère de Catherine DASSÉ est Marguerite DASSÉ née au Cout, un hameau ou une maison de Saint-Geours-de-Maremne le 16 décembre 1813. Rapidement, ses parents et le reste de la famille déménage au hameau Barias qui se compose de deux maisons.

Extrait du cadastre Napoléon, 1832

Source : Archives départementales des Landes

Cote : E DEPOT 261/1 G1

L'autre famille qui vit au hameau Barias est composé d'un couple, André DESTOUESSE et son épouse Marie NARBIT, qui ont trois enfants en 1819, date du plus ancien recensement disponible en ligne aux Archives départementales pour Saint-Geours-de-Maremne. Comme la famille de Jean DASSÉ et son épouse Jeanne LABORDE compte sept enfants, on peut supposer qu'ils habitent la maison qui semble la plus grande, au Nord.

En 1819, Marguerite vit donc avec, pour un temps au moins, ses deux grands demi-frères, Guillaume et Jacques DUCOS, deux sœurs un peu plus âgées qu'elle, prénommées toutes les deux Marie, qui ont 5 et 2 ans à la naissance de Marguerite et deux enfants plus jeune, Jeanne Valère (née en 1816) et Jean (née en 1818). La famille est depuis longtemps implantée à Saint-Geours. Les grands parents de Marguerite et ses arrière-grands-parents sont tous de la commune. Cependant, en 1819, les quatre grands-parents de Marguerite sont déjà décédés. Il faut dire que ses parents ne l'ont pas eu très jeunes : son père a 35 ans (même si l'acte lui en donne 37) à sa naissance et sa mère 34. Leur voisin, André DESTOUESSE est un des deux témoins qui accompagnent Jean DASSÉ déclarer la naissance de Marguerite.

Difficile d'avoir une idée précise de son enfance au sein d'une famille nombreuse avec des parents laboureurs. Ils ne semblent pas être particulièrement pauvres puisqu'ils ont un domestique en 1836 (il s'agit d'André DESTOUESSE qui vit avec sa famille dans le même hameau) et, en 1846, après la mort de Jean DASSÉ (en 1840), Jeanne LABORDE, désormais veuve, outre André DESTOUESSE, emploie également une domestique Jeanne DARROSÈS.

2.2. Marguerite DASSÉ, fille-mère

Fille-mère est une expression un peu datée pour évoquer les femmes qui avaient un enfant sans être mariées. On parle aujourd'hui de mère célibataire et il n'y a plus la notion d'opprobre sociale attachée au premier terme dans un environnement encore très chrétien à l'époque. Dans une société où la grossesse est un frein aux relations entre jeunes gens hors mariage, celles-ci existent cependant. Les filles-mères sont assez nombreuses dans mon arbre généalogiques au XIXe siècle. On ne peut pas non plus écarter, dans une grossesse hors mariage, les possibles conséquences d'un viol.

Marguerite a donc une fille en 1833. L'acte lui donne l'âge de 23 ans mais en fait, elle n'en a que 20. Elle continue de vivre au sein de sa famille avec la petite Catherine qui est appelée Marguerite

En 1835, Marguerite accouche d'un deuxième enfant, une fille, qui elle non plus n'a pas de père nommée. Elle répond au nom de Valérine Cloud (ou Claud ?) Septembre. La petite fille vit avec sa mère, sa sœur, ses grands-parents, ses tantes et oncles au hameau Barias. Marguerite a 21 ans.

2.3. Le court mariage de Marguerite DASSÉ

En 1836, Marguerite a 22 ans. Elle est mère de deux enfants illégitimes (ou naturels). Elle épouse pourtant (le "pourtant" signifiant qu'il n'est pas facile pour une jeune fille dans sa situation de trouver un mari) un jeune homme de son âge, ou presque (il est né en juin 1812, soit un an et sept mois avant elle). Il est garçon boulanger. Il habite Saint-Geours-de-Maremne. Il s'appelle Jean DICHON.

 

Son père est mort à Saint-Vincent-de-Tyrosse et sa mère habite Soustons ; elle est présente et consentante. Il ne semble pas être le père des deux filles de Marguerite car il ne les reconnait pas au moment du mariage comme c'est souvent le cas quand un garçon a mis une fille enceinte mais se marie après la naissance de l'enfant. De plus, il ne doit pas être installé dans la commune depuis longtemps car il ne figure pas dans le recensement de 1836. Tous les témoins sont de Saint-Geours-de-Maremne.

 

Le mariage a eu lieu en juin et neuf mois plus tard, une petite Catherine DICHON voit le jour. Nous sommes en mars 1837. Le couple vit au Petit Brignon dans le bourg de Saint-Geours-de-Maremne. Catherine DICHON n'est pas le premier enfant d'une longue série. Rapidement, à ce qu'il semble, Marguerite DASSÉ et Jean DICHON se séparent. Ils n'ont plus d'autre enfant et, lors du recensement de 1841 de la commune de Saint-Geours-de-Maremne, Jean DICHON, déclaré "homme marié", vit seul. Les causes de la séparation sont hélas impossible, à priori, à déterminer.

 

Une piste cependant peut être éventuellement explorer : lors de la naissance de sa dernière fille naturelle, Jeanne Prudence, en 1856, l'acte précise qu'elle est séparée légalement de Jean DICHON. Cela ne peut pas être un divorce : il a été abrogé en 1816 après avoir été instauré en 1792. Il faut attendre 1884 pour qu'il soit rétabli. Mais la mention "séparation légale" implique forcément l'intervention de la justice. Si le divorce a été abolie par la loi du 8 mai 1816, dite Loi BONALD du nom de celui qui a porté la loi, Louis de BONALD, la séparation de corps demeure possible dans des cas particuliers. Les époux peuvent vivre dans des domiciles séparés mais le mariage n'est pas dissout. Les causes de cette séparation sont l'adultère, les sévices, les injures graves ou la condamnation à une peine infamante. 

Vous pourrez des informations sur cette page du site La culture générale, consultée le 21/08/2020. 

 

En l'état, il m'est impossible de savoir quelle est la cause de la séparation de Marguerite DASSÉ et de son Marie DICHON parmi les quatre possibilités établies par la loi.

2.3. La vie de Marguerite DASSÉ après sa séparation d'avec Jean DICHON

  • 1837-1851 (de 24 à 38 ans)

Il me manque un peu plus de 10 ans de la vie de Marguerite DASSÉ ou quasiment. Elle quitte Saint-Geours-de-Maremne avant 1841, sa fille naturelle Valérine restant avec les grands-parents quelques temps. Elle est donc partie avec sa première fille naturelle, Catherine DASSÉ, et la petite dernière qu'elle a eu avec son mari, Catherine DICHON. Où vit-elle ? Ni à Saint-Geours-de-Marmene, ni à Josse, son domicile à partir des années 1850. Quelle activité exerce-t-elle ? Mystère. Elle n'avait pas de métier spécifique au moment de son mariage avec Jean DICHON

 

  • 1851-1861 (de 38 à 48 ans)

Nous retrouvons Marguerite avec le mariage de sa fille aînée Catherine DASSÉ (mon arrière-arrière grand-mère) en 1851. Catherine vit à ce moment à Josse avec sa mère dont le métier n'est pas mentionné dans l'acte. Le contrat de mariage passé devant un notaire de Saint-Martin-de-Hinx, Maître DEVERT, pourrait me renseigner sur les biens possédés par la famille mais hélas, je n'y ai pas accès, habitant très loin des Archives départementales des Landes.

 

L'acte de mariage de Valérine, sa deuxième fille naturelle, qui se marie en 1853 avec un laboureur du nom de Jean-Baptiste LABADIE,  indique que Marguerite est cabaretière dans la commune de Josse.

 

En 1856, le recensement de Josse confirme la situation professionnelle de Marguerite comme cabaretière. Elle vit avec son gendre, Jean-Baptiste LABADIE donc, et sa fille Valérine. Sous le même toit, il y a le petit Léopold LABADIE, fils du jeune couple (qui se prénomme en fait Étienne à l'état civil) et la petite Jeanne Prudence DASSÉ, fille naturelle de Marguerite, née le 7 février 1856, qui est donc âgée de quelques mois (4 mois d'après le recensement qui a donc du être réalisé aux environ de juin).

 

En 1860, c'est au tour de sa fille Catherine DICHON de se marier, à Saint-Geours-de-Maremne. Sans doute un signe que, si Marguerite a quitté sa commune natale, tous les ponts ne sont pas coupés avec sa famille. Le marié s'appelle Dominique HIRIGOYEN, natif de Saint-Geours-de-Maremne, qui exerce l'activité de laboureur. L'acte de mariage nous informe de la situation de Jean DICHON, désormais garçon de bureau à Bordeaux où il réside désormais. Marguerite est déclarée en "état de travail", sans mention à son métier de cabaretière. Elle vit toujours à Josse. 

  • 1861-1885 (de 48 à 71 ans)

En 1861, Marguerite vit désormais avec sa plus jeune fille, Jeanne Prudence, mais qui est mentionnée dans le recensement sous le nom d'AugustineMarguerite est déclarée veuve dans le recensement. Elle est aubergiste ce qui contredit la situation professionnelle qu'on lui attribue l'année précédente lors du mariage de sa fille Catherine DICHON

Extrait du recensement de la commune de Josse de 1861

Source : Archives départementales des Landes

Cote : E DEPOT 129/1F2

Et après ? Plus rien ou pas grand-chose. Elle n’apparaît plus dans le recensements de la commune de Josse de 1866. Pas trace de Marguerite DASSÉ et de sa fille Jeanne Prudence "Augustine" non plus à Saint-Geours-de-Maremne, commune de naissance de Marguerite.

C'est pourtant à Saint-Geours-de-Maremne que Marguerite DASSÉ dite Marie décède le lundi 30 mars 1885, à l'âge de 71 ans, à Saint-Geours-de-Maremne, à Campot (maison ou hameau). Pas de confusion possible puisqu'on la dit épouse de "DICHON" et pas "veuve de" d'ailleurs.

Acte de décès de Marguerite "Marie" DASSÉ

Source : Archives départementales des landes

Cote : 4 E 261/16

La vie de Marguerite fut donc assez originale : trois enfants naturels, un mariage et une fille légitime, mais un mariage qui fut de courte durée à une époque où les séparations de corps étaient assez peu nombreuses en France (moins de mille par an vers 1840). Elle réussit à devenir aubergiste, ce qui n'est sans doute pas rien et ce qui se poursuivra dans la famille (sa fille Catherine DASSÉ, sa petite fille Catherine LARRETGÈRE exercerons la même activité). Mais les zones d'ombres sont encore nombreuses et des recherches sont nécessaires..

Petite synthèse 

3. Le devenir des quatre filles de Marguerite DASSÉ

Nous l'avons vu dans les paragraphes précédents : Marguerite a eu quatre enfants, des filles, dont trois sont "naturelles", c'est-à-dire sans père nommé :

- Catherine DASSÉ, née en 1833 ;

- Valérine, Claud (Cloud), Septembre DASSÉ, née en 1835 ;

- Catherine DICHON, née en 1837 :

- Jeanne Prudence DASSÉ, née en 1856.

Que deviennent ses quatre filles ? 

3.1. Catherine DASSÉ (1833-1907), première fille de Marguerite DASSÉ

Catherine DASSÉ est mon ancêtre directe, la mère de mon arrière grand-mère. Elle épouse Jean LARRETGÈRE en 1851 et le couple aura quatre enfants.

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3.2. Valérine DASSÉ (1835-?), deuxième fille de Marguerite DASSÉ

C'est le 7 septembre 1835 que naît Valérine. Son acte de naissance précise deux autres prénoms. Le troisième, c'est Septembre, comme son mois de naissance et le deuxième reste plus mystérieux : Cloud ? Sans doute plutôt Claud... Mais sans "e" final. 

Elle vit avec sa mère puis, pendant quelques années, quand sa mère a quitté Saint-Geours-de-Maremne après sa séparation d'avec son mari Jean DICHON, elle semble vivre avec ses grands-parents. Mais ils meurent assez rapidement : Jean DASSÉ en 1840 et Jeanne LABORDE en 1842. Elle vit avec sa mère quand celle-ci est cabaretière à Josse.

3.2.1. Le mariage de Valérine DASSÉ

C'est à Josse qu'elle se marie avec un jeune laboureur, Jean-Baptiste LABADIE. Le mariage a lieu le le 4 octobre 1853 et Valérine vient tout juste d'avoir 18 ans. Le jeune marié a "vingt quatre ans, sept mois et vingt quatre jours" comme le note avec précision le maire DUBECQ de la commune de Josse dans l'acte. Josse où réside Jean-Baptiste et ses parents, Étienne LABADIE et Jeanne LAJUS, également laboureurs. Si Jean-Baptiste sait signer, ce n'est pas le cas de Valérine (ni de sa mère).

3.2.2. Les enfants de Valérine DASSÉ et de Jean-Baptiste LABADIE

Au moins trois enfants naissent de l'union du jeune couple :

- Étienne en 1854 ;

- Marie-Jeanne en 1858 ;

- Amélie Margueritte (sic) en 1863

Amélie-Marguerite décède rapidement le 8 juin 1863 ; elle n'a que 22 jours. Son acte de décès est un bon exemple de multiplication des erreurs par l'officier d'état civil, un adjoint au maire nommé DANGOU. Amélie-Margueritte devient Émilie-Marguerite (avec un seul "t") ; le prénom de sa mère, Valérine, se transforme en Valérie. Enfin, ce que signale le maire Moulins, l'adjoint a oublié de signer l'acte de décès, ce qui oblige un rajout à dans la marge du registre le 6 février 1864.

Et puis c'est tout. Je n'ai aucune information concernant Étienne LABADIE ni pour sa sœur Marie-Jeanne. Je n'ai pas trouvé de fiche matricule pour Étienne (que ce soit dans les Landes, en Gironde ou dans les Pyrénées-Atlantiques). 

3.2.3. Conclusion (provisoire ?)

Le devenir de la famille formée par Valérine DASSÉ et Jean-Baptiste LABADIE m'échappe totalement. Ils semblent avoir quitté Josse, mais je ne sais ni quand exactement ni pour où. Ils sont encore présents en 1866, partageant le même domicile que les parents de Jean-Baptiste, Etienne LABADIE et Jeanne LAJUS. Dans le recensement de 1872, ils ont tous disparus. Mais les parents de Jean-Baptiste sont morts entre temps : le père en 1866 (à 83 ans) et la mère en 1870 (à 81 ans). Cela explique peut-être le départ du couple LABADIE-DASSÉ. Si les parents de Jean-Baptiste étaient propriétaires de leur exploitation, les règles de succession ont pu entraîner la vente de la ferme et des terres. Mais ce n'est qu'une conjecture.

Je n'ai pas trouvé d'acte de décès pour Jean-Baptiste LABADIE ni pour Valérine DASSÉ. Je n'ai pas, comme je l'ai écrit plus haut, de renseignements concernant leurs deux enfants, Étienne (qui porte le même prénom que son grand-père) et Marie-Jeanne.

Quand je suis bloqué sur une branche familiale, je consulte Geneanet, ma bouée de sauvetage ponctuelle, mais là encore, chou blanc. Il faudra compter sur le hasard (ou une idée nouvelle de recherche) pour débloquer la situation. 

2.3. Catherine DICHON (1837-?), troisième fille de Marguerite DASSÉ

Catherine DICHON est la seule des quatre fille de Marguerite DASSÉ a avoir une naissance "légitime", c'est-à-dire issue d'un mariage. Elle est née le samedi 25 mars 1837 à Saint-Geours-de-Maremne, dans le bourg, dans la maison du Petit Brignon. Son père, Jean DICHON, est boulanger et il a 25 ans. Marguerite, sa mère, que l'on appelle Marie, a déjà deux filles naturelles.

Après la séparation de ses parents, Catherine DICHON vit avec sa mère à Josse. Mais c'est à Saint-Geours-de-Maremne qu'elle trouve son époux, ce qui montre que sa mère continue à avoir des relations avec sa famille de Saint-Geours-de-Maremne, en particulier avec sa fille Catherine DASSÉ dont l'époux, Jean LARRETGÈRE est un des témoins du mariage.

2.3.1. Le mariage de Catherine DICHON et de Dominique HIRIGOYEN

Le mariage a lieu le 20 novembre 1860. Le jeune marié s'appelle Dominique HIRIGOYEN, âgé de 27 ans. Il est le fils de Jean Manech HIRIGOYEN, décédé et de Catherine DESTRIBATS. Catherine, elle, a 23 ans. Son père, Jean DICHON, qui n'est plus boulanger, habite Bordeaux où il est garçon de bureau, mais il n'a pas fait le déplacement pour assister au mariage de sa fille. Sa mère, Marguerite, est présente et consentante. Catherine DICHON habite Soustons où elle travaille (quel travail ? On note juste qu'elle est en "état de travail"). Parmi les témoins, trois sont de Saint-Geours-de-Maremne, dont, nous l'avons déjà mentionné, mon ancêtre Jean LARRETGÈRE, beau-frère de la jeune mariée et un de Soustons où elle habite.

2.3.2. Les enfants de Catherine DICHON et de Dominique HIRIGOYEN

Je n'ai identifié que deux enfants pour le couple. 

- Une petite fille prénommée Catherine naît maison Bruca au mois d'août 1862. Le papa, Dominique HIRIGOYEN, n'est plus qualifié de laboureur mais d'ouvrier. Les deux témoins qui accompagnent le père de l'enfant pour la déclaration de naissance sont Jean LARRETGÈRE, beau-frère de la mariée et Bernard DAUGÈ, boulanger, déjà témoins du mariage. 

- Un an (et sept jours plus tard) plus tard, en août 1863, un petit garçon voit le jour. Il se prénomme Jean. Dominique HIRIGOYEN est redevenue laboureur si l'on en croit l'acte de naissance. Il a désormais 30 ans et Catherine en a 26. Ils habitaient maison Bruca pour la naissance de Catherine, ils habitent maison Brutails à la naissance de Jean. Maison Bruca est également le lieu de résidence de Catherine DASSÉ et de Jean LARRETGÈRE.

La situation de Catherine DICHON et de son mari est proche de celle de sa sœur Valérine DASSÉ et de Jean-Baptiste LABADIE : ils quittent leur commune (ici Saint-Geours-de-Maremne) et même le département des Landes. Mais pour eux, j'ai eu plus de chance. En effet, j'ai trouvé le registre matricule de Jean HIRIGOYEN, ce qui m'a permis de localiser le lieu d'habitation des parents puis d'autres actes d'événements. 

  • Catherine HIRIGOYEN et ses deux fils

Catherine HIRIGOYEN se marie à Eysines avec une jeune homme appelé Jean CAUDÉRAN. Nous sommes en 1881, le 24 février. Grâce aux registres matricules, nous avons une description de l'époux : 

Il a fait sa conscription dans un service auxiliaire de l'armée, le service alimentation. Son degré d'instruction est de 3.

Au moment du mariage, il a 22 ans et Catherine HIRIGOYEN en a 19. Il est originaire d'Eysines et vit y vit, chez ses parents tout comme Catherine. Ils ont fait rédiger un contrat de mariage.

Deux enfants naissent de l'union du jeune couple :

- Jean Alfred qui naît en 1882 ;

- Jean qui naît en 1885.

  • Jean Alfred CAUDÉRAN, à 20 ans, est un jeune homme d'1,66 m, châtain, avec une instruction évalué à 3 sur sa fiche matricule. Il exerce la profession puis celle de chauffeur auto. Il fait son service militaire de 1903 à 1906 au 7e régiment de Dragons (c'est-à-dire la cavalerie lourde). Cavalier de deuxième classe en novembre, au début de son service armé, il devient Dragon 1ère classe un an plus tard en novembre 1904. En 1906, il entre en disponibilité avec son certificat de bonne conduite. UN an plus tard, cultivateur, âgé de 24 ans, il épouse à Blanquefort (son lieu de résidence) une jeune fille de 19 ans, Catherine RAYMOND. Elle est la fille d'un couple de cultivateurs de Blanquefort également.  Les quatre parents sont présents et consentants. Parmi les quatre témoins, on note la présence du frère de Jean CAUDÉRAN (qui s'appelle... Jean CAUDÉRAN) et deux membres de la famille de l'épouse : une cousine, Marguerite BELLON (la présence d'une femme parmi les témoins est suffisamment rare pour qu'on le souligne) et un cousin (horloger de 33 ans qui répond au nom de Jean JEAN...). Autre aspect montrant l'évolution de la société en ce début de XXe siècle, tout le monde signe : parents, époux, témoins, à une exception près, Catherine HIRIGOYEN, la mère du jeune marié. Cela montre de façon concrète la progression de l'alphabétisation. Vécurent-ils heureux après avoir fait de nombreux enfants ? Difficile à dire car les registres de naissances s'arrêtent en 1902 sur le site des Archives départementales de Gironde.Je peux juste préciser que Jean Alfred CAUDÉRAN décède en 1965, à 83 ans. C'est plutôt pas mal, d'autant qu'il a participé à la Grande Guerre de 1914-1918. Il fait la guerre dans le 10e régiment de Dragons où il obtient le grande de brigadier. Il est blessé en février 1917 à la cuisse gauche (à priori un coup de sabot à l'intérieur de la cuisse) qui entraîne un séjour dans différents hôpitaux avant son retour au front en juillet 1918. Il est démobilisé en février 1919.
  • Jean "Gaston" CAUDÉRAN ; dans son registre matricule, s'ajoute le prénom de Gaston (qui ne figure pas dans son acte de naissance). Il est, à 20 ans, bien plus petit que son frère : 1,57m. Sinon, sa description est identique : châtain de cheveux et d'yeux, visage ovale, menton rond, nez moyen. Il est jardinier et passe son service militaire au 123e régiment d'infanterie de 1906 à 1908. Avec la loi de 1905, le service militaire est passé à deux ans et concerne tous les jeunes garçons de 20 ans (la loi Cissey de 1872 avait posé les bases d'un service qui pouvait durer de 6 mois à 5 ans et ondé sur un tirage au sort). Comme son frère, Jean se marie peu après le service militaire, en 1909, lui aussi à Blanquefort avec une jeune fille du cru, Marie FRANÇOIS. Il a 24 ans, elle en a 21. Son frère Jean et Ismaël FRANÇOIS, frère de Marie, figurent parmi les quatre témoins. Le couple a peut-être des enfants mais je ne suis pas en mesure de le vérifier. Par contre, Jean CAUDÉRAN est lui aussi mobilisé pour la guerre qui débute en 1914. Il survit au conflit et revient avec de nombreuses médailles. Ce n'est pas moins de cinq croix de guerre qu'il ramène : deux croix de guerre étoile d'argent et trois croix de guerre étoile de bronze. Observons pourquoi avec les citations obtenues (cliquez sur l'image) :

Les citations de Jean "Gaston" CAUDÉRAN lors de la Première Guerre mondiale

Extrait de la fiche matricule de jean CAUDÉRAN.

Cote : 1R1207_0046

Source : Archives départementales de Gironde

Jean CAUDÉRAN décède en 1962 à l'âge de 77 ans.

  • Jean HIRIGOYEN et ses enfants

C'est en Gironde que Jean HIRIGOYEN, à 20 ans, fait son service militaire. Nous sommes en 1883. Jean mesure 1,59 m, ce qui n'est pas très grand, même pour l'époque. Dans les années 1880-1900, d'après les registres militaires, le conscrit moyen faisait dans les 1,65 m (je devrais plutôt dire : si on fait la moyenne de la taille des conscrits, on est aux alentours de 1,65 m). Il est châtain de cheveux, il a les yeux gris. Son niveau d'instruction est de 3 sur une échelle allant de 0 à 5, ce qui traduit un niveau d'instruction de type fin d'école primaire. Jean HIRIGOYEN, au moment de son service militaire, habite Eysines et exerce le métier de tailleur de pierres. Ses parents habitent également Eysines. C'est une commune de la périphérie bordelaise, au Nord-Ouest, aux portes du Médoc. Il est affecté au 93e régiment d'infanterie, fini soldat de 1ère classe avec un certificat de bonne conduite. Sa fiche matricule nous apprend qu'il a fait deux jours de prison à la suite d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Bordeaux le 13 décembre 1894 pour coups et blessures.

Jean HIRIGOYEN se marie à l'âge de 25 ans avec une jeune fille de 23 ans, qui est née à Eysines. Elle est la fille d'un couple de cultivateur : Léonard DIEU et Jeanne NORMANDIN. Elle se prénomme Marie. Le mariage a lieu le 1er mai 1889 à Eysines où résident la jeune épouse. Deux enfants au moins naissent de l'union de Jean HIRIGOYEN et de Marie DIEU, deux garçons.

Jean HIRIGOYEN meurt sans doute assez tôt. Je n'ai pas encore la date de décès précise de son décès mais celui-ci est mentionné la fiche matricule de son deuxième fils, Pierre. Celui-ci, né en 1893, fait son service en 1913 et son père est déclaré mort. Son frère aîné, Dominique, né en 1889 fait son service en 1909 et si son père, Jean, n'est pas déclaré mort, Dominique est soutien de famille. Jean HIRIGOYEN était sans doute déjà décédé en 1909.

  • Dominique HIRIGOYEN est le premier enfant du couple formé par Jean HIRIGOYEN et Marie DIEU. Il naît le 8 novembre 1889 à 20 h au domicile familial qui se situe à Eysines, dans le quartier appelé Migron. Sa naissance est déclarée le lendemain. Son père est toujours tailleur de pierres et sa mère, Marie, est sans profession. Sa fiche matricule nous donne un aperçu de Dominique : il est plutôt grand pour l'époque avec une taille d'1,69 m. Ses cheveux et ses yeux sont châtains ; il a le menton rond et la bouche moyenne comme son nez. Son niveau d'instruction est de 2, c'est-à-dire qu'il sait lire et écrire. Bien que soutien de famille, il fait deux ans de service militaire, d'octobre 1910 à septembre 1912 en tant que Dragon 2ème classe (dans le 10e régiment de Dragons à Montauban). Il n'échappe pas à la Grande Guerre. Toujours dans le 10e Dragon, il est blessé au genou gauche en 1915 (à priori un éboulement, à Nieuport). Il retourne rapidement au front ; en 1917, il est affecté à l'état major. Il est démobilisé en mars 1919. Il exerce le métier d'électricien après avoir été palefrenier. De retour à la vie civile, il se marie en décembre 1919 avec Marie RAYMOND ; ils ont un enfant en 1923 (un garçon, une fille ? Je ne sais pas. Cette information est contenue dans sa fiche matricule et il n'y a pas de détail). Il meurt à l'âge de 81 ans dans la ville du Haillan en Gironde où il s'était installé en 1921 (et où il s'est marié).
  • Pierre HIRIGOYEN voit le jour 4 ans après son aîné, le 22 juin 1893 à 8h du matin. Rien n'a changé pour ses parents (lieu d'habitation, travail...). Comme souvent, je ne sais rien de son enfance et c'est grâce à sa fiche matricule que nous avons quelques renseignements au sujet de Pierre HIRIGOYEN. Il est plus petit que son frère Dominique : 1,64 m. Il est brun aux yeux châtains, un nez rectiligne et petit, comme sa bouche aux lèvres minces. Son degré d'instruction est de 3. Il exerce le métier d'homme de chai mais il a été jardinier. Sa fiche matricule contient une erreur en situant sa naissance à Blanquefort alors qu'il est né à Eysines. Il fait son service dans l'infanterie coloniale à partir de novembre 1913. Il est donc conscrit quand la Grande Guerre éclate. À priori, rien de notable dans son dossier. Il ne semble pas s'être distingué des autres soldats (ce qui est le cas de la plupart des soldats mobilisés pendant le conflit). Il est porté disparu le 15 juillet 1918. En fait, il a été fait prisonnier et il est rapatrié après l'armistice. Après la guerre, il souffre de l'emphysème des gazés. Légers au début, ses problèmes s'accentuent et il est classé réformé définitif à 50 % en 1929 pour sclérose pulmonaire diffuse par la commission de réforme de Bordeaux. Il se marie en 1918 avec Jeanne MARNIESSE à Eysines en janvier 1918.  Il décède dans sa commune de naissance le 13 novembre 1967 à l'âge de 74 ans.

2.4. Jeanne Prudence DASSÉ (1856-?), quatrième et dernière fille de Marguerite DASSÉ

Disons-le de suite, je n'ai aucun renseignement sur Jeanne Prudence DASSÉ. Enfin, rien d'autres que son acte de naissance. Elle est née de père inconnu, comme ses deux sœurs aînées (Catherine DASSÉ et Valérine DASSÉ). Seule sa sœur Catherine DICHON (la troisième fille de Marguerite DASSÉ) fait exception.

Jeanne Prudence est née à Josse, le 7 février à 5 h du matin. C'est la première naissance de l'année 1856 de la commune de Josse. C'est son beau-frère, Jean-Baptiste LABADIE, âgé de 26 ans, époux de Valérine DASSÉ, qui déclare sa naissance à la mairie. Jeanne Prudence, à sa naissance, est déjà la tante d'un petit garçon plus âgé qu'elle (le fils de Valérine) ! Et j'arrive au bout de mes connaissances concernant Jeanne Prudence. Sa mère Marguerite DASSÉ est cabaretière, on l'a vu. Elles quittent Josse pour une commune quelconque mais je ne sais pas laquelle. Je ne retrouve Marguerite DASSÉ qu'en 1885, lors de son décès à Saint-Geours-de-Maremne. Jeanne a 29 ans à ce moment là. Mais je ne sais pas où elle vit. Je n'ai pas trouvé de décès ou de mariage la concernant. 

Donc, mystère quant à son devenir. J'espère trouver un jour des informations à son sujet ce qui me permettra de compléter cette petite histoire de Marguerite DASSÉ et de ses quatre filles.

Un peu d'onomastique...

Pour finir, un peu d'onomastique. Je cite mes sources en fin de paragraphe.

  • DASSÉ : "surtout porté dans les Landes, le nom est aussi écrit DASSE. Il semble renvoyer à une ferme appelée Asse ou Assé, de sens incertain, mais qui pourrait correspondre à un nom de personne d'origine germanique, Anshari (ans = nom de divinité + hari = armée). Le nom Dassé est également porté dans la Mayenne, où il désigne celui qui est originaire d'Assé-le-Béranger. Autre piste : "désigne aussi fils d'asse nom de personne d'origine germanique "adzo", issu de "ad noble". Pour les familles landaises, ces hypothèses ne me semblent pas très probantes ; mais je n'ai rien de mieux à proposer.
  • DICHON : ce nom de famille est si peu porté (23 personne depuis 1890 portent ce patronyme) que je n'ai trouvé aucune explication quant à son origine. Si j'ai le temps, j'essaierai de voir s'il a subit des modifications dans le temps en regardant les actes des ancêtres de Jean DICHON.
  • LABADIE : c'est un nom très fréquent dans le Sud-Ouest. C'est un patronyme issu du gascon, ABADIE, ABADIA, c'est-à-dire un monastère régit par un abbé. Jean TOSTI précise : "on peut penser que les personnes portant ce nom étaient des laïcs travaillant pour une abbaye, ou encore des gens habitant à proximité d'une abbaye. Le nom peut aussi désigner un villageois qui avait une abbaye comme seigneur. À noter cependant qu'en Gascogne, où le nom est très fréquent, l'abadia était la demeure de l'abbé laïc, imposant bâtiment situé le plus souvent près de l'église.
  • HIRIGOYEN (avec comme variante IRIGOYEN ou HIRIGOIN) : "nom basque, qui est au départ un toponyme formé des racines hiri = ville, village et goien = le plus haut, en hauteur. Donc le village situé sur une hauteur, ou encore la partie haute de la ville".
  • CAUDERAN : "Originaire de la commune de Caudéran, en Gironde. Comme la plupart des toponymes terminés par -an, il s'agit d'un ancien nom de domaine gallo-romain, dont le fondateur devait s'appeler Caldarius".
  • DIEU : encore une fois, faisons appel aux lumières de Jean TOSTI. "Difficile de savoir pourquoi des gens se sont appelés Dieu ! Et pourtant le nom est très répandu en Picardie ainsi qu'en Belgique (variantes Dieux, Ledieu). L'hypothèse la plus fréquente est qu'il se serait agi de celui qui jouait le rôle de Dieu (ou plutôt du Christ) dans les mystères médiévaux. On peut aussi imaginer un sobriquet désignant un homme orgueilleux, celui qui sait tout. En fait, il est bien difficile de se mettre dans la peau de nos ancêtres du moyen âge et d'imaginer leurs motivations".
  • FRANÇOIS : le site de Jean TOSTI propose l'étymologie suivante : "Nom de baptême issu du latin Franciscus. L'origine du nom est controversée. Pour les uns il vient du germanique frank, pour d'autres du latin francus. Mais, dans les deux cas, il signifie homme libre, ce qui simplifie les choses. La vogue de ce nom est tardive, car, avant saint François d'Assise (1182-1226), aucun saint digne d'intérêt ne s'était appelé ainsi. C'est dans le département du Nord que le nom est le plus répandu, tout comme ses variantes Franchois et Françoy (également porté dans la Somme)".
  • RAYMOND : "Sans compter Paris, c'est en Gironde et dans le Puy-de-Dôme que le nom est le plus répandu. Nom de personne d'origine germanique, Raginmund (ragin = conseil + mund = protection)". La source : toujours le site de Jean TOSTI.
  • MARNIESSE : essentiellement présent en Gironde, par un un nombre extrêmement réduit de personnes, son étymologie reste inconnue.