LARRETIÈRE / LARRETGÈRE : un patronyme qui a failli disparaître...

Mise à jour en juillet 2019 et juillet 2020.

Laurent LARRETGÈRE.

Au XVIIIe siècle, à Soustons, dans ce qui n'est pas encore le département des Landes, mais le duché de Guyenne et Gascogne, dans la petite vicomté de Maremne, vit la famille LARRETIÈRE. Une famille dont les membres sont peu nombreux, si peu nombreux que l'on peut se demander s"ils sont vraiment originaires de la paroisse, du village (on ne parlait pas encore de commune) de Soustons. Cependant, il y a des enfants et des petits enfants, des mariages, des naissances. Des décès aussi, bien sûr.

 

Au XIXe siècle, si des descendants des LARRETIÈRE (ou LARRETGÈRE, variante la plus courante de la graphie du nom) vivent encore à Soustons, le patronyme, lui, a disparu.

 

Comment expliquer l’extinction à Soustons du nom de LARRETIÈRE / LARRETGÈRE entre le début du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe ? Comment expliquer que le patronyme ne survit au XIXe siècle que dans la commune voisine de Saint-Geours-de-Maremne ? 

 

Nous essaierons de garder le fil de ce questionnement dans les pages consacrées aux descendants de Martin LARRETIÈRE et de Jeanne PINSOLLE, mes plus lointains ancêtres de ma branche agnatique.

Localisation de la paroisse de Soustons sur une carte de la Guyenne et Gascogne et Béarn, de Jacques-Nicolas Bellin (1703-1772), cartographe et hydrographe. Source de la carte : BNF


Le patronyme : quelques informations

Détail de l'acte de baptême de Martin LARRETIÈRE, fils de Martin LARRETIÈRE, en 1709 à Soustons.

Source : extrait du registre paroissial déposé aux Archives départementales des Landes sous la cote E dépôt 310 / ES 1242-1244.

C'est le document le plus ancien mentionnant le patronyme LARRETIÈRE. On lit Martin de LARRETIÈRE mais le "de" ne signifie aucunement une appartenance à l'ordre nobiliaire. Tous les actes de baptêmes de cette période et de cet espace géographique ajoute un "de" entre le prénom et le nom.

Transcription

À gauche : Bapt (pour baptême)

Ligne 1 : Le vingtcinquième février mil sept cent neuf est né et a esté baptisé par

Ligne 2 : moi soubs signé de moi miesme pour Martin de Larretière fils légitime de Martin de

Ligne 3 : Larretière et de Jeanne de Pinsolle conjoints parrin Martin Darrigade et 

Ligne 4 : marr [avec un signe d'abréviation pour "marraine"] Jeanne Duhan en présence de Bertrand de Lacabe et de Jean de Claverie

Ligne 5 : témoins ci appelés qui n'ont signé pour ne scavoir

Un peu d'histoire

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Le mot de Clio sur les patronymes.  C'est entre le XIe et le XIIIe siècles, au cœur du Moyen Âge (période qui s'étale du Ve au XVe siècles) qu'apparaissent les patronymes, c'est à dire un nom qui se transmet par le père. Auparavant, les individus étaient désignés par un seul nom, une tradition germanique qui avait supplanté la tradition romaine du triple nom : praenomen, nomen, cognomen comme dans Caius Iulius Caesar que l'on traduit à tord par le nom de Jules César ; en effet, Jules ou Julius est son nom de famille et César ou Caesar son surnom, son "cognomen" ; son prénom est Caius et on devrait donc parler de Caius Jules, dit César.                                                                                                                                    Le nom unique correspond à notre prénom, donné pendant longtemps lors du baptême ; c'est en général celui du parrain pour les garçons ou de la marraine pour les filles. Ce prénom individuel s'accompagne de plus en plus, à partir du XIe siècle, d'un surnom individuel, qui se transforme en nom de famille par transmission héréditaire. C'est la "révolution anthroponymique" médiévale.
Pourquoi se développent des surnoms qui deviennent progressivement héréditaires ?

 

Deux explications existent qui ne se contredisent d'ailleurs pas.

  • La première, la plus simple, celle que j'ai étudiée à l'université au début des années 1990 et que j'ai ensuite enseignée, est l'idée que la concentration des noms uniques (ou prénoms), autour de quelques noms chrétiens, comme Jean par exemple, que portait un quart des Européens au XIVe siècle, rendit nécessaire la création des surnoms pour différencier les individus, dans un contexte de croissance démographique.
  • Cependant, cette explication est remise en cause aujourd'hui. En effet, la concentration des noms uniques (ou prénoms) et le développement des surnoms ont eu lieu en même temps. Il ne semble donc pas qu'il y ait une relation de cause à effet. La création des surnoms progressivement héréditaires est sans doute plus liée à la volonté d'une meilleure organisation sociale, une meilleure gestion des personnes et des espaces qu'à la volonté d'éviter les homonymies.
Les surnoms, qui deviennent ensuite les patronymes, ou noms de famille héréditaires, sont essentiellement de quatre types :
  • le sobriquet, lié à un trait physique ou un trait de caractère ;
  • la fonction ou le métier ;
  • le nom de personne (souvent le prénom du père) ;
  • le nom de lieu (un lieu dit, un détail topographique, un lieu d'origine, surtout en ville).

Source : BRUNET Guy, DARLU Pierre, ZEI Gianna, Le patronyme. Histoire, anthropologie, société, CNRS, 2001, Paris.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  De multiples exemples sont données dans la page de la Société Neuchâteloise de généalogie.

Jean TOSTI, qui a un site très intéressant sur les noms de famille, propose une troisième explication (et encore une fois, les explications peuvent se cumuler), fondée sur la contraction des prénoms utilisés autour de l'an mil. Son article sur les prénoms est de toute façon très intéressant et mérite une lecture attentive. Je vous invite donc à cliquer sur le lien ci-dessous.

Généralités sur l'histoire des noms de famille.


 Prenons quelques exemples issus des patronymes de ma famille :

  • une branche familiale du côté de ma grand-même paternelle a pour patronyme HAURET. Il s'agit d'un métier : haure, en gascon des Pyrénées, c'est le forgeron ; en occitan on dit faure ou fabre (qui n'a pas un Lefebvre dans ses connaissances ?) ;
  • ma mère a pour patronyme MURAT ; ce nom est sans doute issu d'un village appelé Murat (il y en a plusieurs), dont le nom exprime la présence d'une enceinte, d'un lieu enclos dans un mur ;
  • ma grand-mère maternelle portait le nom de GOURDON : "Il peut s'agir d'un dérivé de l'ancien français gort (= engourdi, lourd), mais on doit surtout penser à un toponyme lié à l'ancien français gord (= pièce d'eau poissonneuse, cascade, tourbillon)"                                                                                                     Source : http://jeantosti.com/noms/g5.html

L'origine du nom de LARRETIÈRE ou LARRETGÈRE

Pour le nom LARRETIÈRE / LARRETGÈRE, je n'ai pas réellement d'explication. Il faut dire que les noms mettent du temps à être fixés définitivement malgré l'ordonnance de Louis XI en 1474, qui interdit le changement de nom sans autorisation royale, puis la loi du 6 fructidor de l'an II (23 août 1794) qui interdit de porter d'autres noms et prénoms que ceux inscrits à l'état-civil. C'est sans compter sans l'illettrisme et les erreurs de prononciations et de transcriptions. Ce n'est qu'avec le livret de famille, institué en 1870, que l'orthographe des noms se fixent à peu près définitivement.

En basque, larratz signifie lande, terrain, prairie ; on retrouve ce préfixe dans le nom d’un oiseau, larratxa (prononcer « larratcha »), désignant un oiseau, le tarier pâtre « rubicole », commun dans toute la moitié occidentale de l’Europe.

En vieux français, larris, c’est la lande, la bruyère, le terrain en friche.

Enfin, en gascon, larreylarée, c’est la raie, le sillon, la délimitation d’une frontière sur le sol. Dans tous les cas, on voit que le nom à un rapport avec la terre.

N’ayant pas pu remonter plus loin que le début du XVIIIe siècle, je ne peux pas savoir si je dois privilégier l’origine basque ou gasconne pour la famille et donc le nom LARRETGÈRE.

Pour le suffixe, en basque, on a txarri ou txerri, le cochon, ou txarro, la jarre ; xeru est la céréale donnée aux animaux laineux. Cependant, si la famille LARRETGÈRE n’est pas issue du Pays basque, tout ça n'explique rien…

Bref, d’un point de vue onomastique, je suis sûr d’une chose, c’est que je ne suis sûr de rien !

L'orthographe du nom LARRETGÈRE

Les premières générations de LARRETGÈRE (celles connues à partir du début du XVIIIe siècle) ne savaient écrire. Cela a laissé une grande marge de manœuvre aux officiers d’État civil pour orthographier le nom de LARRETGÈRE

 

Pierre LARRETGÈRE (SOSA 36 ; génération 6) qui a vécu de 1772 à 1850, a ainsi vu son nom orthographié  de la façon suivante :

- LARITCHÈRE

- LARRETCHÈRE

- LARETCHÈRE

- LARICHÈRE

- LARRICHÈRE

- LARRITCHÈRE

Les trois dernières orthographes ont été relevées dans le seul acte de son deuxième mariage !

 

Une de ses sœurs, Jeanne, fut nommé LARREJERT à son baptême pour finir avec le nom de DARRIÈRE à la mort de son mari et à la sienne.

 

Une autre de ses sœurs, l’aînée, Marthe, décède avec le nom de LARRIBIÈRE.

 

Une autre de ses sœurs, prénommée également Jeanne, voit son patronyme orthographié  nommée LARRIEU, LARRIÈRE, LAVIGUIÈRE, DARRIET, LARRETYÈRE, LARRIVIÈRE selon les actes de naissance ou de décès de ses enfants.

 

On a encore une Marie LAREDGÈRE (la fille de Jean LARRETGÈRE, fils de Pierre LARRETGÈRE (SOSA 36) et de Graci COURTIEUX, sa deuxième épouse) sur un acte d’état civil à Bordeaux ; je l’ai retenu plus spécifiquement car étant petit, dans la région bordelaise, on écrivait souvent mon nom avec un « d » à la place du « « t. Sans doute une particularité locale en lien avec la prononciation de mon nom. Ce fut un jeu de piste parfois délicat que de retrouver les actes de mes lointains ancêtres…