1. Mes grands-parents paternels : Jean LARRETGÈRE et Maria DUTEN

Jean LARRETGÈRE

Jean LARRETGÈRE est mon grand-père. Il naît le jeudi 5 octobre 1899 et décède le dimanche 22 décembre 1963. Dans les deux cas, c'était à Saint-Geours-de-Maremne, village situé au Sud du département des Landes. Je ne l'ai pas connu, étant né cinq ans après son décès.

Maria DUTEN

Maria DUTEN, ma grand-mère est née à Saint-Geours-de-Maremne le lundi 29 février 1904 et s'est éteinte à Bordeaux le 20 octobre 1986. On l'appelait Jeanne ; beaucoup de personnes dans les Landes sont appelées par un prénom différent de celui de l’État civil. Elle avait presque 70 ans quand mes souvenirs d'elle deviennent plus précis. J'étais enfant dans les années 1970 quand nous allions la voir à Saint-Geours-de-Maremne. J'avais l'impression de l'avoir toujours connu, au même titre que mes parents et que sa soeur, Tatie Fernande.


1.1. Le mariage de mes grands-parents paternels

Jean LARRETGÈRE et Maria DUTEN se marient le 12 février 1923. Mon grand-père avait 23 ans et habitait dans la banlieue bordelaise, à Talence plus exactement. Il était wattman pour les TEOB (Tramways et Omnibus de Bordeaux). Je ne sais pas si ma grand-mère, âgée de 18 ans, avait une activité professionnelle. Comme beaucoup de personnes, dans cette partie des Landes, elle devait faire des sandales. C'était l'activité de son père, Antoine "Gentil" DUTEN. Tous les deux sont issus de familles depuis longtemps implantées à Saint-Geours-de-Maremne.

 

La famille LARRETGÈRE, outre mon grand-père, est présente sur la photographie de mariage en la personne de son frère Jean-Baptiste LARRETGÈRE, au dernier rang (le deuxième en partant de la gauche), reconnaissable à sa grande taille (pour l'époque... Il faisait 1,74 m), sa moustache bien fournie et son béret quasi inamovible. Sa mère Catherine "Rosalie" LARRETGÈRE, vivante au moment du mariage, n'est pas sur la photo, pas plus que sa sœur Marie LARRETGÈRE, épouse Lapébie. Ne sachant pas à quoi ressemble son frère aîné, Martial LARRETGÈRE, je ne sais pas s'il était présent. Vivant à Paris depuis de nombreuses années, ce serait surprenant qu'il soit "descendu" à Saint-Geours-de-Maremne. Cependant, s'il est là, ce doit être le moustachu à droite du marié (à sa gauche sur la photo) avec à sa gauche une jeune fille et sur ses genoux, un jeune garçon.

 

A gauche de la mariée (à droite sur la photo) , son père, Antoine DUTEN et sa mère, Jeanne HAURET (qui a une jeune fille sur ses genoux dont j'ignore l'identité).

 

Beaucoup de personnes sur la photo restent des inconnus et j'en suis parfois réduit à un jeu de devinette. Mais ce sera pour une autre fois.

 

Pour plus de détails sur chacune des 3 branches familiales (LARRETGÈRE, DUTEN, HAURET), cliquez sur les liens ci-dessous.

Jean LARRETGÈRE (mon grand-père) épouse Maria DUTEN (ma grand-mère) en 1923. Comme je l'écrivais plus haut,  il a 23 ans et elle en a 18. Si le mariage a lieu dans le village de Saint-Geours-de-Maremne où ils ont grandi tous les deux, Jean habite désormais Talence, et juste avant, Pessac, au Sud de Bordeaux, dans ce qui était à l'époque le chemin de Noës, devenu depuis l'avenue de Noës. Il a effectué son service militaire d'avril 1918 à mars 1921. A 20 ans, il mesure 1,69 m ; il a les cheveux châtains et les yeux bleus. Il est affecté dans le Génie, d'abord dans le 6ème régiment au début de son service et c'est dans ce régiment qu'il participe à la fin de la Première Guerre mondiale. Ensuite, il passe au 9ème régiment du Génie pour quelques jours en août 1919 et enfin au 2ème toujours en août 1919. Il part pour le Maroc d'octobre 1919 à décembre 1920, en étant intégré au 31ème bataillon de Génie qui est créé à ce moment (en avril 1920). Il est 1er sapeur conducteur. Le rôle du 31ème BG est de construire au Maroc une infrastructure routière et ferroviaire entre autres.

 

Il a obtenu deux décorations, la médaille commémorative de la grande guerre et la médaille coloniale agrafe "Maroc".

1.2. Homicide involontaire en 1921

De retour à la vie civile, Jean LARRETGÈRE va travailler pour les TEOB, la Compagnie française des Tramways électriques et omnibus de Bordeaux. Il est wattman (conducteur de tramway) depuis le 06 octobre 1921 et il y reste jusqu'au 20 janvier 1943. En faisant des recherches sur mon grand-père, j'ai récupéré sa fiche matricule. J'ai été surpris d'y lire la mention suivante :

Source : Archives départementales de Gironde.

Cote : 1261 W 5

Je n'avais jamais entendu parler de cela. Visiblement, c'était une nouveauté également pour mon père et pour tous ceux à qui il a posé la question (mais comme il fait partie des plus âgés des gens de sa famille, il y avait peu de chances que quiconque ait des informations si lui ne savait rien). Que s'est-il passé ? Pour quel acte mon grand-père fut-il condamné pour homicide involontaire ? J'écris aux Archives départementales de Gironde à ce sujet et ils me répondent assez rapidement ; ils ont bien le jugement concerné. Lors d'un de mes séjours à Bordeaux, je file m'inscrire aux Archives départementales de Gironde et, avec mon père, nous feuilletons le gros registre dont nous avons obtenu la cote. 

 

Le 1er avril 1922 a eu lieu l’audience publique où mon grand-père est jugé pour homicide involontaire. Il n’a pas été détenu ; il est présent ainsi que le représentant du directeur des TEOB, civilement responsable, le chef de contentieux. Ils sont représentés par un avocat, maître Lainé. Huit témoins ont également été convoqués.

La victime est dénommé DANÉ (pas de prénom). Le compte-rendu du tribunal relate l’accident ainsi :


« Attendu que le 17 décembre dernier, sur la route de Pessac, l’attelage de Dané composé d’une paire de mules attelées de front à une charrette fut violemment heurtée par un tramway de banlieue allant dans la même direction.
Attendu qu’à la suite de cet accident Dané fut tué et le joug ayant été brisé une des mules fut traînée par le chasse pierre sur un parcours de 75 mètres environ.
Attendu qu’il convient de rechercher à qui incombe la responsabilité de ce déplorable accident ».

Le reste du compte-rendu donne des précisions. À 6h du soir (on ne disait pas encore 18h), au moment de l’accident, il faisait déjà nuit, le mauvais temps accentuant l’obscurité et les réverbères n’étaient pas encore allumés. Certes, les phares du tramway étaient allumés, eux, mais ils sont peu puissants et éclairent juste à quelques mètres de distance. La route est réputée dangereuse car deux véhicules ne peuvent se croiser sans que l’un n’emprunte la voie du tramway. L’imprudence de la victime est soulignée :

 

« … malgré les constatations qui précèdent on doit retenir contre la victime une imprudence personnelle qui avant d’emprunter la voie du tramway aurait du s’assurer que l’une des voitures en service ne pouvait pas l’atteindre avant qu’il ait dégagé ; qu’un simple coup d’œil en arrière lui eut permis d’apercevoir le phare du tram ou d’apercevoir avec un peu d’attention le bruit du tram et de la remorque ».
   
Cependant, la responsabilité de mon grand-père n’est pas totalement écartée. En effet, il roulait visiblement trop vite compte-tenu du manque de visibilité, ce qu’indique un témoin et ce que prouve la violence du choc, une mule étant traînée sur 75 mètres par le chasse-pierre avant l’arrêt du tram. De plus, le choc a eu lieu à un arrêt du tram et mon grand-père wattman n’avait pas ralenti pour s’y arrêter bien que son tram ne fut pas plein. Certes, la collision n’aurait pu être évitée mais en tout cas atténuée avec une vitesse moindre. Au final, la condamnation est de 100 francs d’amendes, plus 178,95 francs de frais. Si c’est mon grand-père qui est coupable par imprudence, c’est à son employeur, les TEOB, qui doit payer l’amende et les frais en tant que « responsable de son préposé ».

 

Il semble que mon grand-père ait choisi de ne pas parler de cet incident à sa promise ni plus tard à ses enfants.

1.3. Vie de famille

Je ne sais pas grand-chose de mon grand-père. Mes sources proviennent essentiellement des récits de mon père et de ma mère (qui elle même ne l'a rencontré qu'une fois ou deux fois il me semble et qui recycle essentiellement des propos de ma grand-mère ou d'autres personnes de la famille). Il en ressort une image générale contrastée : un homme sympathique, bon vivant, porté sur la bonne chère, l'alcool et les femmes. Donc, très peu fidèle et avec une certaine propension à dépenser son salaire (et celui de sa femme) au café. Comme toutes les images, elle est sans doute caricaturale. Mais il est notable que sa silhouette s'arrondit considérablement entre la fin de son adolescence, son mariage et son départ à la retraite.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

 

 

 A droite, ma grand-mère Maria DUTEN dite Jeanne en 1922 lors du mariage de sa soeur Jeanne surnommée Fernande puis en 1923 lors de son propre mariage. Elle a respectivement 18 et presque 19 ans (à deux semaines près). Sur la photo du dessous, nous sommes en avril 1935 et Maria a 31 ans ; mais elle fait plus âgée. Entre-temps, elle a quitté Saint-Geours-de-Maremne, vit à Talence, a eu un enfant, Gérard, en 1924 et comme son mari, travaille au TEOB, depuis juin 1924 comme receveuse.

Ces deux premières photos ne sont pas datées : dans la première, Jean est parmi les membres de l'équipe de rugby de Saint-Geours-de-Maremne. Dans la deuxième, il est un peu plus âgé : il s'agit du conseil de révision, où les futurs conscrits sont examinés et évalués, ce qui donne lieu le plus souvent à une petite cérémonie lors de la venue des autorités dans le village. Mon grand-père à moins de 20 ans. Comme sur la photo de son mariage, on voit qu'il n'est pas mince sans être particulièrement fort.

Quelques années après son mariage, Jean a pris du poids et ça ne va pas s'arrêter.

A l'inverse, ma grand-mère, Maria DUTEN, que tout le monde appelle Jeanne, semble s'assécher et ses traits se durcissent. Son visage est plutôt rond et souriant quand elle approche des 20 ans. Mais 10 ans plus tard, son sourire a disparu.