Étienne MORICHÈRE et Jeanne CAMPET (SOSA 74 et 75).

1. Sur les traces d'Étienne MORICHÈRE et de Jeanne CAMPET

1.1. Le point de départ de la recherche : mon ancêtre Jeanne MORICHÈRE épouse LARRETGÈRE, fille d'Étienne MORICHÈRE et Jeanne CAMPET

Nous allons essayer ici de faire le point sur les parents de Jeanne MORICHÈRE, grand-mère de Catherine LARRETGÈRE, elle même mère de mon grand-père paternel Jean LARRETGÈRE.

Jeanne MORICHÈRE est l'épouse de Pierre LARRETGÈRE, qui a quitté Soustons, son village natal, pour s'installer à Saint-Geours-de-Maremne. Toutes les personnes portant le patronyme de LARRETGÈRE aujourd'hui sont les descendants de Pierre LARRETGÈRE et de Jeanne MORICHÈRE.

Regardons et transcrivons l'acte de baptême de Jeanne MORICHÈRE. Elle voit je jour dans le village de Tosse en 1784.

Acte de baptême de Jeanne MORICHÈRE

Source : Archives départementales des Landes

Nous avons ici affaire à un extrait du registre paroissial du village de Tosse tenu par un curé ou un vicaire. Il s'agit ici d'un curé dont le patronyme est BADET. Grâce au livre Histoire de la Baronnie Labenne-Capbreton et de la Vicomté de Maremne de l'historien Francis HIRIGOYEN, nous savons que ce curé se prénomme Jean-Marie. Les registres paroissiaux contenaient les actes de baptêmes, de mariages et de sépultures. Ils ont ensuite été remplacés par les registres d'état civil, qui relèvent les naissances, les mariages et les décès à partir de 1792. Les registres paroissiaux, bien que codifiés par des édits royaux, sont d'une qualité très variable quant à la richesse des informations contenues. Si pour les baptêmes, ils sont souvent identiques d'une paroisse à l'autre (nom des parents et des parrains, date de naissance et de baptême), pour les mariages et les décès, les différences sont grandes d'un registre à l'autre, ou d'un rédacteur à l'autre. Figure ou ne figure pas le nom des parents pour les mariages, ou du conjoint pour les sépultures... Pour le généalogiste, cela pose des problèmes en particulier en cas d'homonymie. Souvent, dans le Sud-Ouest, la maison est mentionnée, ce qui est d'une grande aide pour identifier une personne. On retrouve souvent, dans une même commune, plusieurs personnes portant un patronyme identique et, à cette époque, les prénoms sont peu diversifiés : les "Jean" et "Jeanne" sont légion, parfois dans une même fratrie. Il est parfois dur de différencier, dans ces conditions, sans précision de date ou d'âge, si l'on a affaire au père, au grand-père, au frère, à l'oncle, au cousin...

 

Mais je digresse. Revenons à l'acte et proposons une transcription. Jean-Marie BADET, le curé, n'a pas une écriture très lisible... Je précise que je conserve l'orthographe de l'acte ; je rétablis juste les majuscules.

 

BAP (pour baptême) à Marscaq

Le 26 may 1784 nacquit et fut baptisée le lendemain

Jeanne Morichère (ou Monichère) fille légitime d'Estienne

Morichère (ou Monichère) et de Jeanne Campet obergistes a

été parrain Jean Morichère (ou Monichère) [ ? ] habitant

de [ St Vincent ?] et marraine Jeanne [ ? ]  d'estat

de labeur habitant de [ St André-de-Seignanx ? ] qui 

n'ont scu signer

Badet curé

 

On notera le nombre d'incertitudes dans ma transcription. Le patronyme est incertain. On peut lire MORICHÈRE ou MONICHÈRE mais comme on le verra, les variantes sont nombreuses. Je n'ai pas non plus réussi à lire le métier du parrain (pasteur peut-être...) ni le nom de famille de la marraine. Quant à leur lieu d'habitation, c'est plus de la déduction que de la transcription. Je dois l'avouer, je ne suis pas très bon en paléographie malgré les cours que j'ai suivis à l'université. Je manque de pratique.

 

Cependant, ne perdons pas de vue l'essentiel : nous connaissons le village de naissance de Jeanne (Tosse), le nom de ses parents : Étienne MORICHÈRE ou MONICHÈRE et Jeanne CAMPET et la date de la cérémonie du baptême et de la naissance. 

 

Nous allons passer à l'étape suivante : son acte de décès et son acte de mariage qui permettront (ou pas) de vérifier voire de compléter les informations de son acte de baptême. 

 

L'acte de mariage est disponible sur la page consacrée à Jeanne MORICHÈRE et son époux Pierre LARRETGÈRE. Je ne le reproduis donc pas ici dans son intégralité.

Extrait de l'acte de mariage de Jeanne MORICHÈRE

Source : Archives départementales des Landes

Nous apprenons que Jeanne et ses parents, en 1807, n'habitent plus Tosse mais la commune de Saint-Geours-de-Maremne ; ils ne sont plus aubergistes mais laboureurs. Le patronyme est clairement MORICHÈRE.

 

Voyons maintenant l'acte de décès.

Acte de décès de Jeanne MORICHÈRE

Source : Archives départementales des Landes

On relève au moins une inexactitude dans l'acte, à savoir l'âge de Jeanne : on lui donne 35 ans alors qu'elle en a 41. Il faut dire qu'à l'époque, on ne fêtait pas les anniversaires. De plus, Jeanne, son mari et ses parents ne savent ni lire, ni écrire et la connaissance des saisons étaient plus importantes que le compte précis des années. Enfin, le décès est rapporté par des déclarants qui sont souvent des voisins ou des proches et qui ne connaissent pas forcément l'âge précis du défunt. Il n'y avait pas, à l'époque, de livret de famille donc difficile de connaître son âge exact et encore moins celui des autres. J'ai relevé, dans les recensements du début du XIXe siècle, des erreurs dans les âges des membres d'une même famille alors même qu'ils étaient les déclarants des informations données. L'orthographe de son patronyme est incertain : on lit clairement MONECHÈRE pour elle et son père. On remarque que les déclarants ne savent pas signer, donc ne savent ni lire ni écrire et n'ont pu relire les écrits de l'officier d'état civil. Et ce transcrit le nom "à l'oreille" dans une région où on parle un patois local dérivé du gascon. Tout cela peut induire des erreurs importantes. Le nom de famille du mari de Jeanne est orthographié LARRETCHÈRE et non pas LARRETGÈRE (et au début du XVIIIe siècle, le patronyme était LARRETIÈRE). 

En conclusion, nous avons cependant les éléments pour une recherche concernant les parents de Jeanne, Étienne MONICHÈRE / MORICHÈRE /MONECHÈRE et Jeanne CAMPET. Ils ont habité Tosse et sont sans doute morts à Saint-Geours-de-Maremne. Ils se sont mariés avant 1784 et étaient vivants en 1804. Ce sont de bonne bases de travail. 

1.2. À la recherche des actes concernant Étienne MORICHÈRE et Jeanne CAMPET

1.2.1. Les actes de décès

Pourquoi commencer par les actes de décès ? On sait que le couple est vivant en 1804. L'état civil est souvent plus complet et plus lisible au XIXe siècle qu'au XVIIIe. Et les actes sont souvent plus faciles à trouver. Les actes de décès, souvent (mais pas toujours) mentionnent la commune de naissance et l'âge supposé du défunt. Bref, autant commencer par eux.

Acte de décès de Jeanne CAMPET

Source : Archives départementales des Landes

L'acte de décès de Jeanne CAMPET nous informe sur certains aspects de sa vie : son métier de laboureur, son lieu de décès à savoir la maison Augelle à Saint-Geours-de-Maremne, son conjoint (Étienne MOUNECHÈRE, soit un troisième version de son patronyme après MONICHÈRE ou MORICHÈRE et MONECHÈRE). Il y a également son âge mais c'est à prendre avec précaution. On peut noter que la connaissance des déclarants concernant Jeanne est limitée :  ils ne connaissent pas le nom de ses parents. L'officier d'état civil (ici le maire Jacques DE SAINT-MARTIN) indique père et mère inconnus. Cela ne veut pas dire qu'elle a été abandonnée à la naissance mais que le nom de ses parents est inconnu de l'officier d'état civil et des déclarants. Pas d'information non plus sur sa commune de naissance.

Enfin, la date du décès est un élément essentiel de l'acte : le décès est déclaré le 17 janvier 1828 mais Jeanne est morte la veille, le 16 janvier à "huit heures du soir" soit à 20h. 

Acte de décès d'Étienne MORICHÈRE

Source : Archives départementales des Landes

Étienne MORICHÈRE (orthographié sur son acte de décès MOUNECHÈRE) décède quelques mois après son épouse Jeanne CAMPET. Un des deux déclarants est d'ailleurs le même ; ce sont des voisins comme le précise l'acte. Le lieu est également identique, maison Augelle à Saint-Geours-de-Maremne. Étienne meurt le 17 août 1828 à 16h et son décès est déclaré le jour même. Pas de précision concernant son lieu de naissance et seul son père est mentionné dans l'acte (Pierre MOUNECHÈRE, ce qui est exact).

 

Dans les deux actes, l'âge est évalué approximativement : Jeanne CAMPET avait en réalité78 ans et Étienne MORICHÈRE en avait 81. L'erreur est donc mince. N'ayant que des informations très incomplètes concernant les parents du couple, il va falloir partir à la recherche de l'acte de mariage. Leur fille Jeanne est née en 1784, le mariage a donc du avoir lieu avant. Elle est née à Tosse ; on va donc commencer à chercher dans la commune de Tosse. Le mariage se déroule le plus souvent dans le lieu d'habitation de l'épouse, ce qui ne signifie pas que le couple habite ensuite dans ce même village. La naissance de Jeanne à Tosse n'est donc pas la garantie que le mariage a eu lieu à Tosse. Ils sont morts vers l'âge de 80 ans ; ils ont donc une vingtaine d'année vers 1770. On peut donc chercher un mariage entre 1768 et 1784. On se retrousse les manches et on cherche dans les actes, à une période où il n'y a pas de table décennale ni même, parfois, de table annuelle à la fin du registre paroissial (avant 1792, nous avons affaire à des registres paroissiaux).

1.2.2. L'acte de mariage

J'ai bien exagéré l'effort que m'a demandé la recherche de l'acte de mariage. Grâce à l'excellente Association de Généalogie du Bas Adour et les relevés effectués par ses membres, l'indexation des noms permet une recherche qui est facilitée, très grandement facilitée. Le mariage a bien eu lieu à Tosse le 25 février 1775. Voyons les informations contenues dans l'acte.

Acte de mariage de Pierre MORICHÈRE et de Jeanne CAMPET

Source : Archives départementales des Landes

On retrouve notre curé Jean-Marie BADET qui a rédigé l'acte de baptême de Jeanne MORICHÈRE et son écriture toujours bien peu lisible. Avant toute chose, une petite transcription est nécessaire.

 

Mariage à Pouillon

Le 22eme février 1775 les bans de mariage entre

Estienne Monichère laboureur habitant de Tosse

et Jeanne Campet d'estat de labeur habitante

de Saint-Jean-de-Marsacq ayant été publiés

à Tosse et Saint-Jean-de-Marsacq aux prônes

des messes paroissiales par trois dimanches

consécutifs sans avoir découvert dans

aucun endroit d'empêchement audit

mariage sans qu'opposition y [ ? ]

et les parties s'étant disposées au sacrement

du mariage, de pénitence et d'eucharistie

je soussigné [ ? ] béni le dit mariage

en présence de Bertrand Laborde, Estienne

Laudemiey, Jean Lafitte et Barthélémy Lavielle

laboureurs habitant de Tosse qui n'ont su signé non plus que

 les époux pour ne scavoir comme

ils ont déclaré de ce requis par moy

Badet curé

Heureusement que, dans les actes de mariages, on retrouve certaines formules, ce qui permet de savoir plus ou moins ce qui est écrit. Cependant, les formules sont très variables d'un curé à l'autre, d'une paroisse à l'autre...

 

Bref, nous avons appris que Jeanne CAMPET habitait Saint-Jean-de-Marsacq au moment du mariage et qu'Estienne MORICHÈRE ou MONICHÈRE est de Tosse. ce qui contredit ce que j'ai écrit plus haut, à savoir que le mariage avait traditionnellement lieu dans le village de l'épouse. Ce qui n'infirme pas la règle générale, mais montre l'existence d'exceptions dans une tradition plutôt bien établie. On peut regretter l'absence de mention à l'âge des époux et le nom des parents, sans doute présents (s'ils sont vivants).

1.2.3. Les actes de baptêmes

Si les époux sont morts vers l'âge de 80 ans en 1828, ils ont du naître autour de l'année 1750, peut-être à Tosse pour Estienne (Étienne) MORICHÈRE / MONICHÈRE et peut-être à Saint-Jean-de-Marsacq pour Jeanne CAMPET. Donc, nous voilà partis à la recherche des actes de baptêmes dans les registres paroissiaux appelés également les registres de catholicité ou registres BMS (baptêmes, mariages et sépultures).

Acte de baptême d'Étienne MORICHÈRE

Source : Archives départementales des Landes 

Le curé CAZENAVE écrit de façon plus lisible et agréable que son successeur BADET. Étienne MORICHÈRE est né maison Jacquenau à Tosse le 11 mars 1748. Le baptême a eu lieu le même jour. Son père se prénomme bien Pierre comme l'indiquait son acte de décès et sa mère s'appelle Marguerite LAMARQUE. Cela va presque de soit (mais ce n'est pas systématiquement le cas), le couple est marié. Le parrain est Étienne LAMARQUE et il est possible que ce soit le grand-père maternel ; mais il peut s'agir d'un oncle. La marraine se nomme Anne LAUDOUA. Je ne connais pas son lien avec la famille MORICHÈRE (si le parrain est issu de la famille de la mère, la marraine est sans doute issue de la famille paternelle, peut-être une tante par alliance ou la grand-mère paternelle) ; elle de Saint--Vincent-de-Tyrosse. Suivent trois témoins qui signent l'acte, un cordonnier de Saint-Vincent-de-Tyrosse (Jean MOURAU),  le régent de la commune de Tosse (c'est-à-dire l'instituteur), Jean LAFONTAINE et Pierre COURTIEUX dont on ne connait pas le métier. Ils sont visiblement de Tosse puisque leur lieu d'habitation n'est pas précisé. Le parrain et la marraine ne savent pas signer. L'information essentielle, ici, est le nom des parents et le lieu d'habitation (Tosse et la maison Jacquenau).

Pour Jeanne CAMPET, l'acte de baptême n'est pas disponible. Ses parents se sont, à priori, mariés en 1749 et elle est née la même année. Or, l'année 1749 n'est pas disponible dans les actes numérisés sur le site des Archives départementales des Landes. Mais, objecterait mon lecteur éventuel, comment savoir son année de naissance et de mariage de ses parents ? J'ai regardé quelques généalogie sur le site Geneanet et Filae. Certaines contiennent des erreurs dont je parlerai plus tard et, hélas, les informations ne sont pas sourcées (ou on a juste un renvoie à d'autres généalogies qui ne citent pas non plus leurs sources). Comme il existe deux registres, je peux espérer que les registres qui font défaut sont ceux du greffe et que ceux de la paroisse sont plus complets et disponibles dans la commune. Ou que l'information vient d'une source indirecte comme un acte notarié. Bref, je suis obligé de m'en remettre, ce que je n'aime pas du tout, à des informations sans source identifiée. Sans vérification de ma part, je ne garantie pas la véracité des dates que je vais proposer. Cependant, on peut quand même croiser quelques informations et vérifier leur cohérence.

La généalogie que j'utilise ici et celle de Yves SAINT-AVIT, disponible sur Geneanet. Je crois que son auteur est décédé je ne peux donc pas lui poser la question des sources.

Jeanne CAMPET serait née (ou baptisée) le 30 septembre 1749 à Saint-Jean-de-Marsacq. Son parrain serait Robert PONS et sa marraine Jeanne BOUÉ. La mention des parrain et marraines semblent attester d'un accès direct à l'acte. Retenons le nom de la marraine, cela aura une importance dans l'identification des parents de Jeanne. Ses parents sont Pierre CAMPET et Françoise VIGUELASSUS : ils se seraient mariés le 11 février 1749 à Saint-jean-de-Marsacq.

Je pense que c'est sur l'identification de Pierre CAMPET que M. SAINT-AVIT est dans l'erreur. Pour lui, Pierre CAMPET est né le 30 avril 1715 à Saint-André-de-Seignanx, fils de Raimond CAMPET et Marthe PÉCHIC dite Jeanne LASSALE.

Je pense que le père de Jeanne CAMPET est Pierre CAMPET, né le 22 février 1728 à Saint-André-de-Seignanx, fils de Bernard CAMPET de de Jeanne BOUÉ. Jeanne BOUÉ, marraine de sa petite-fille, première née de son fils Pierre CAMPET, comme c'est la tradition.

1.3. Les enfants d'Estienne MORICHÈRE / MONICHÈRE et de Jeanne CAMPET

Revenons donc à Estienne MORICHÈRE / MONICHÈRE et Jeanne CAMPET. Ils se marient le 22 février 1775 à Tosse. Leur premier enfant est une fille, qui naît maison Pouillon, c'est-à-dire la maison où habitait Estienne. Elle est baptisée le jour même de sa naissance, le 12 décembre 1775, un peu moins de dix mois après la noce de ses parents qui sont laboureurs d'après l'acte de baptême. Elle porte le nom de Françoise, comme celui de sa marraine, Françoise CAMPET, probablement la sœur de Jeanne. Elle habite Saint-Jean-de-Marsacq, commune natale de Jeanne. Le parrain est Jean GADOU qui sait signer. Son métier est indiqué dans l'acte mais je n'arrive pas à le lire (en raison de la merveilleuse écriture du curé BADET). Sur l'acte, le patronyme de Françoise et d'Estienne semble être MONICHÈRE.

 

Les enfants se succèdent ensuite à un rythme régulier entre 1775 et 1790, tous natifs de Tosse. À priori, après leur premier enfant, Françoise, ils en ont 6 autres :

- Françoise donc, en 1775 (voir plus haut) ;

- Pierre en 1777 ;

- Jean en 1779 ;

- Catherine en 1782 ;

- Jeanne en 1784 ;

- Bertrand en 1788 ;

- Françoise en 1790.

 

Au vu des actes de baptême, rédigés avec l'horrible écriture du curé BADET, il me semble à chaque fois lire MONICHÈRE et pas MORICHÈRE

 

À la naissance de leur dernier enfant (sauf erreur de ma part), Étienne MORICHÈRE / MONICHÈRE (ou Estienne selon les actes) à, 42 ans et son épouse, Jeanne CAMPET en a 40. Tous les enfants sont nés à Tosse mais pas dans la même maison. Qualifiés de laboureurs, Jeanne et Étienne sont, au mieux, métayers, au vu de leurs déménagements successifs.

 

Leur deux premiers enfants, naissent Maison Pouillon ; à partir de 1779, les actes de baptême signalent qu'ils habitent au Petit Pourlets. En 1784, ils déménagent encore et s'installent maison Marsacq. Et c'est là qu'ils exercent la profession d'aubergistes. Le curé BADET écrit d'ailleurs "obergistes". Reprenons l'acte de baptême de mon ancêtre Jeanne MORICHÈRE.

Acte de baptême de Jeanne MORICHÈRE

Source : Archives départementales des Landes

IL sont toujours aubergistes à la naissance de Bertrand en 1788 ; le nouveau curé, LAMAIGNÈRE écrit lui aussi "obergistes". Cependant, son écriture est bien plus lisible que celle de son prédécesseur ; ils utilisent plus d'abréviations également. Pour leur dernier enfant, Françoise (même prénom que leur premier enfant), ils habitent toujours Marsacq mais sont redevenus laboureurs.

 

Les parrains et marraines sont, pour la plupart, des membres de la famille maternelle ou paternelle, donc des MORICHÈRE ou des CAMPET, dont beaucoup habitent Saint-Jean-de-Marsacq ou Saint-Vincent-de-Paul. Il doit s'agir dans la plupart des cas des oncles et tantes des nouveaux nés.

 

Ensuite, pendant quelques années, je n'ai plus guère d'informations concernant le couple. Il faut attendre quelques années et les premiers mariages de leurs enfants pour avoir des actes nous renseignant sur leur lieu d'habitation et leur activité professionnelle. Mais avant de parler du mariage des enfants, voyons ce qui ont survécu car n'oublions pas la forte mortalité de l'époque, et en particulier infantile (avant un an) ou enfantine (avant 5 ans). 

 

Sur les sept enfants du couple, un décède à l'âge de l'adolescence et deux à l'âge de la petite enfance : Pierre, né en 1777 décède à l'âge de 16 ans, à Tosse. En 1781, c'est Jean qui a trouvé la mort ; il avait 19 mois. Bertrand avait quasiment le même âge à son décès en 1789 : 18 mois. On notera que ce sont les trois garçons du couple qui décèdent.

 

Reste les quatre filles. Cependant, il y en a une pour qui je n'ai aucune information en dehors de son acte de baptême : Françoise, née en 1775. Est-elle morte sans que j'ai identifié son décès ? C'est toujours possible.

Les trois autres filles se marient :

- Catherine est la première à trouver un époux en 1797, Salvat DARROZÈS. Elle et ses parents habitent à Tosse. Étienne et Jeanne sont cultivateurs et résident toujours à maison Pourlets.

- Jeanne MORICHÈRE, mon ancêtre, se marie avec Pierre LARRETGÈRE à Saint-Geours-de-Maremne où elle habite avec ses parents laboureurs. Nous sommes en 1807.

- Enfin, Françoise (celle née en 1790) épouse, toujours à Saint-Geours-de-Maremne, Pierre BOUHAIN. Étienne MORICHÈRE et Jeanne CAMPET sont toujours laboureurs. Ils sont âgés de 63 et 62 ans. 

Une dernière source nous éclaire sur les dernières périodes de la vie d'Étienne et de Jeanne : le recensement de la commune de Saint-Geours-de-Maremne pour l'année 1819. Le recensement suivant, pour la commune de Saint-Geours-de-Maremne est celui de 1836 mais Étienne et Jeanne sont déjà décédés comme on l'a vu plus haut.

Extrait du recensement de la commune de Saint-Geours-de-Maremne pour l'année 1819

Source : Archives départementales des Landes

Étienne MONICHÈRE et Jeanne CAMPET vivent avec leur fille Catherine, leur gendre Salvat DARROUSÈS (ou DARROUZÈS) et les enfants du couple au nombre de cinq en 1819. Un jeune homme vit aussi maison Montberset, sans doute un domestique (c'est-à-dire un ouvrier agricole qui vit chez son employeur). Ce n'est cependant pas à maison Montberset qu'ils décèdent neuf ans plus tard mais maison Augelle.

 

Nous avons déjà évoqué le décès de Jeanne et d'Étienne. Nous allons donc voir ce qu'il advient de leurs enfants.

2. Les enfants de Jeanne CAMPET et d'Étienne MORICHÈRE

Entre 1775 et 1790, soit une période de quinze ans, Jeanne a eu sept enfants de son époux Étienne. Soit un tous les deux ans. Sur les quatre filles et les trois garçons, qui naissent tous à Tosse, dans ce qui était le duché de Guyenne et le Vicomté de Maremne avant de devenir le département des Landes, seules les filles survivent à l'enfance. Et sur les quatre filles du couple, je n'ai aucune information sur l'aînée des filles (et des enfants) prénommée Françoise, comme leur dernier enfant et dernière fille.

 

Reste donc, dans l'ordre, Catherine (née en 1782), Jeanne (née en 1784) et Françoise (née en 1790). Toutes ont MORICHÈRE come patronyme.

 

Je ne vais parler que de Catherine et de Françoise. Jeanne MORICHÈRE, qui se marie avec Pierre LARRETGÈRE à Saint-Geours-de-Maremne en 1807, est mon ancêtre directe. J'ai parlé de sa naissance plus haut et elle a sa propre page.

2.1. Catherine MORICHÈRE

C'est à Tosse, où elle a grandi, que Catherine se marie. Son époux a 20 ans au moment des noces. Il se prénomme Salvat, un prénom que l'on rencontre ponctuellement dans le Sud-Ouest au XVIIIe siècle et qui vient sans doute du latin, salvatus, celui qui a été sauvé. Il est en totale désuétude aujourd'hui. Sur son acte de baptême, Salvat porte le patronyme de D'ARROUSET ; à son mariage, son nom est écrit DARROZÉS. Il est né le 10 mai 1777 et a été baptisé le lendemain, à Soustons. L'âge de Catherine sur l'acte de mariage est de 16 ans mais en fait, elle n'en a que 15, ce qui est très jeune et assez inhabituel. J'ai rarement vu, dans la région et à cette époque une mariée aussi jeune.

 

Le couple vit dans un premier temps à Tosse, dans la maison Pouillon où ont vécu les parents de Catherine quelques années auparavant puis s'installe à Saint-Geours-de-Maremne comme les parents de Catherine et sa sœur Jeanne, mon ancêtre. Dans les deux cas, le couple vit du travail de la terre, sans doute métayer et ouvrier agricole. On qualifie Salvat de laboureur, parfois de brassier. Et à Saint-Geours-de-Maremne, ils changent au moins à trois reprises de maison, preuve qu'ils ne sont pas propriétaires. 

 

Le couple a 15 enfants entre 1798 et 1823. À la naissance de Jeanne, leur première fille, Catherine MORICHÈRE a 16 ans et Salvat en a 21. En 1823 naissent leurs derniers enfants, des jumeaux, Étienne et Gracie, qui vivent moins d'une journée. À cette date, Catherine a désormais 41 ans et Salvat 45. 

 

Sur les 15 enfants du couple, la plupart n'atteint pas l'âge adulte :

  • Jeanne, née le 16 juillet 1798 meurt 22 jours après ;
  • Étienne vit jusqu'à l'âge de 8 ans (1800-1808) ;
  • Dominique naît en 1802 et meurt 20 mois plus tard en 1803 ;
  • Robert, lui, ne dépasse pas 3 mois après sa naissance en avril 1804 ;
  • Agne, née en 1805, est la première à atteindre l'âge adulte et à se marier ;
  • Pierre atteint lui aussi l'âge adulte mais décède à 22 ans en 1830 (pour une naissance en 1808) ;
  • Louis, qui naît en août 1813, dépasse les trois ans mais guère plus avec un décès en novembre 1813.
  • Jeanne, née en 1812, décède à l'âge de 24 ans en 1837 ;
  • En 1814 naissent des jumeaux ; le premier est mort né (et on ne connait pas son sexe ; il ne porte pas de prénom) ; l'autre enfant, une petite fille prénommée Jeanne ne vit qu'une journée ;
  • Anne, née en 1815, atteint l'âge adulte et se marie. C'est le onzième enfant du couple.
  • Jean, née en 1817, atteint lui aussi l'âge adulte et se marie.
  • Pour Margueritte, qui naît en 1820, je n'ai, pour l'instant, aucun renseignement. Mais j'ai bien peur qu'elle n'ait pas survécu car elle n'apparait pas sur un des rares recensement de la famille à Saint-Geours-de-Maremne. Mais nous y reviendrons.
  • Enfin, nous avons déjà évoqué le cas des jumeaux Gracie et Étienne qui ne vivent qu'une vingtaine d'heure en 1823.

Pour résumé, nous avons treize accouchements et quinze enfants. Neuf ne survivent pas à l'enfance, deux décèdent en ayant dépassé 20 ans et trois vivent suffisamment longtemps pour se marier et avoir des enfants à leur tour. Enfin, je n'ai aucune trace dune des filles du couple.

 

Salvat DARROUZET et son épouse Catherine MORICHÈRE semble assez proches de mon ancêtre Pierre LARRETGÈRE qui a épousé Jeanne MORICHÈRE, sœur de Catherine. Pierre LARRETGÈRE est le très souvent le témoin des naissances des enfants de Salvat et de Catherine et un des déclarants des décès à au moins douze reprises. Salvat est également un des témoins du mariage de Pierre LARRETGÈRE et Jeanne MORICHÈRE et accompagne souvent ce dernier pour déclarer la naissance de ses enfants (ou déclarer leur décès) ; un des enfants de Pierre est même prénommée Salvat.

 

Les cinq premiers enfants naissent à Tosse. À partir de 1808, ils naissent tous à Saint-Geours-de-Maremne. 

Extrait du recensement de Saint-Geours-de-Maremne pour l'année 1819

Source : Archives départementales des Landes

En 1819, Salvat DARROUZÈS et Catherine MORICHÈRE ont déjà eu 12 enfants. Ils vivent à maison Montberset avec les parents de Catherine, Étienne MORICHÈRE et Jeanne CAMPET (on reviendra sur les différences d'orthographe des patronymes). On peut le constater, il n'y a que cinq enfants avec eux, les sept autres étant déjà décédés. Marguerite et les jumeaux Gracie et Étienne ne naissent qu'en 1820 et 1823.

 

Salvat et Catherine sont absents du recensement de Saint-Geours-de- Maremne pour l'année 1836. Je pense qu'ils ont du déménager à Saint-Paul-lès-Dax où leur fille Jeanne décède à 23 ans. Malheureusement, les recensements ne sont pas disponible en ligne pour cette commune des Landes pour l'année 1836. 

 

Ce n'est pas un membre de sa famille qui déclare son décès ; cependant, en cherchant dans les tables décennales, j'ai pu trouver un acte de naissance de 1836 d'une petite fille, Anne DARROUZET, fille naturelle de Jeanne. Et la naissance est déclarée par le père de Jeanne, Salvat DARROUZET, preuve que la famille vivait bien à Saint-Paul-lès-Dax. Je n'ai cependant pas trouver d'acte concernant leur fille Margueritte. Le bébé de Jeanne ne vit que trois mois et l'année suivante, c'est Jeanne qui décède à 23 ans. 

 

En 1841, ils sont visiblement de retour à Saint-Geours-de-Maremne puisqu'on les retrouve dans le recensement. 

Extrait du recensement de l'année 1841 de la commune de Saint-Geours-de-Maremne.

Source : Archives départementales des Landes

Étrangement, Catherine MORICHÈRE vit sans son mari, juste avec sa fille Anne. Où est Salvat ? Travaille-t-il dans une autre commune ? Peut-être est-il resté à Saint-Paul-lès-Dax... Pas de trace non plus de Marguerite. Je n'ai rien trouvé sur les listes de l'association de généalogie du Bas Adour, rien sur Filae et rien sur Geneanet. 

 

C'est en tout cas à Saint-Geours-de-Maremne que décède Salvat en 1843.

Acte de décès de Salvat DARROUZET

Source : Archives départementales des Landes

Ses parents ne sont pas connus par les déclarants ; souvenons-nous que Salvat est né à Soustons il y a déjà bien longtemps. On lui donne l'âge de 70 ans. Il en a en fait 66.

 

Son épouse, Catherine MORICHÈRE (orthographié MOUNECHERE dans l'acte ci-dessus) lui survit 11 ans. C'est à Saint-Paul-lès-Dax qu'elle décède. Vivait-elle avec un de ses enfants ? Je ne le sais pas encore, n'ayant pas fini mes recherches sur la génération suivante.

Acte de décès de Catherine MORICHÈRE

Source : Archives départementales des Landes

On lui attribue l'âge de 80 ans mais elle n'en a que 72. Là encore, la méconnaissance des âges précis tout comme l'absence de la mention des parents étaient monnaie courante, surtout si on ne décède pas dans la commune d'origine.

 

Sur ces problèmes d'âge, d'identité, on va évoquer rapidement les modifications dans l'orthographe des patronymes.


Regardons les actes de baptême : nous sommes en 1777 pour Salvat  ; pour Catherine, j'ai triché en prenant le patronyme de l'acte de baptême de sa sœur Jeanne, celui de Catherine étant illisible. C'est donc l'année 1784 et le scripteur est le même, le curé Badet. 


Avec le mariage, le patronyme de Salvat évolue, passant de DARROUSET à DARROZÈS. Pour Catherine, c'est plus difficile à dire ; j'ai l'impression que la première version, c'est MONICHERE et la deuxième MORICHERE. Mais l'écriture du curé BADET lors du baptême étant ce qu'elle est, c'est difficile d'avoir une certitude.


En 1798, pour leur premier enfant, pas de changement pour Catherine ; le patronyme de Salvat évolue encore avec un retour à son premier patronyme mais avec un "z" au lieu d'un "s". C'est l'orthographe qui va rester la plus courante. Cependant, notons que dans le même acte, son nom est écrit différemment...


1803 : acte de  décès de Dominique. Salvat voit son prénom modifié en Saubat et son nom évolue encore : après DARROUSET, DARROZÈS, DARROUZET et DARROZET, on a DARROUZÈS. Toujours pas de changement pour Catherine.


Nous sommes en 1814 pour un l'acte de décès des premiers jumeaux du couple. MORICHÈRE s'est étrangement transformé en MOUNECHERE pour Catherine (qui perd aussi son prénom au passage). Pas de changement pour Salvat. MOUNECHERE va rester dans quelques actes pour Catherine, pour sa sœur Jeanne et pour son père Étienne.


Pour leurs actes de décès respectifs, l'orthographe des patronymes respecte les versions les plus courantes de leur nom de famille.


Quinze naissances pour le couple mais onze décès dont neuf pendant la petite enfance ou l'enfance. Parmi ceux qui atteignent l'âge adulte, Pierre meurt a 22 ans, n'est pas marié et n'a pas de descendance. Jeanne qui meurt à 24 ans, a eu une fille naturelle, Anne, qui n'a vécu que trois mois. Et comme  je l'ai déjà dit, je n'ai trouvé aucune trace du devenir de Margueritte, née en 1820.

 

Reste trois enfants qui se sont mariés :

  • Agne, née en 1805
  • Anne, née en 1815
  • Jean, née en 1817

2.1.1. Agne DARROUZÈS (1805-1878)

J'ai rencontré quelquefois ce prénom, Agne, dans mes recherches généalogiques ; difficile de savoir s'il s'agit d'une variante d'Agnès (qui vient du latin agne qui signifie "pur") ou d'Anne (qui vient de l'hébreu et qui signifie "grâce"). Lors de son mariage, Agne DARROUZÉS est devenue Anne DARROSET alors que son père, dans le même acte, est appelé DARROUSET. Elle a tout juste 18 ans en 1823 quand elle épouse Pierre VERGÈS, un laboureur qui en a 30. Son époux décède deux ans après le mariage, à Saint-Geours-de-Maremne, lieu de mariage et de naissance de Pierre (dont le patronyme est orthographié VERGEZ sur l'acte de décès). Ils ont eu un enfant, une petite fille qui a été prénommée Catherine mais qui n'a vécu que quelques jours. Ils vivaient maison Montberset. Notons que les déclarants du décès sont Étienne MORICHÈRE, arrière grand-père de l'enfant et mon ancêtre Pierre LARRETGÈRE, oncle par alliance d'Agne

 

En 1828, Agne épouse Jean HILLADE, né à Saint-Geours-de-Maremne ; il a 24 ans. Lui aussi est laboureur. Agne a 23 ans. Ils mettent un peu de temps à avoir leur premier enfant, une petite fille qui naît en 1831 maison Bourdhieu et qu'ils prénomment Margueritte. Ils ont ensuite un deuxième enfant, maison Perras, en 1834 prénommé Jean comme son père. Agne et Jean semblent quitter Saint-Geours-de-Maremne ; ils ne figurent pas dans le recensement de 1836 de la commune, pas plus que les parents d'Agne, Salvat DARROUZES et Catherine MORICHÈRE. Tout le monde part vivre à Saint-Paul-lès-Dax.

 

Du moins, c'est ce que j'ai d'abord cru. En cherchant les actes concernant les enfants d'Agne, Marguerite et Jean HILLADE, j'ai trouvé l'acte de mariage de Jean (à Saint-Paul-lès-Dax). Et parmi les témoins, figure un Jean HILLADE, mentionné comme frère de l'époux. Je n'avais pourtant trouvé aucune naissance, pour le couple, à Saint-Paul-lès-Dax pas plus qu'à Saint-Geours-de-Maremne. Cela méritait une petite enquête. L'acte de mariage datait de 1862 et ce frère, prénommé lui aussi Jean, était décrit comme habitant à Magescq. Le recensement de la commune de Magescq pour l'année 1861 étant disponible en ligne aux Archives départementales des Landes, j'ai pu le parcourir. Pas de Jean HILLADE. Mais un Jean LAHILLADE. L'âge correspondait à celui du témoin de de l'acte de mariage. Et je me suis souvenu que l'acte de décès d'Agne DARROUZET la déclare veuve d'un LAHILLADE. HILLADE, LAHILLADE, avons-nous affaire à une petite erreur de l'état civil envers des citoyens ne sachant ni lire, ni écrire ? J'ai donc cherché des naissances de LAHILLADE (grâce à l'excellent site de l'association de généalogie du Bas Adour qui a indexé les noms des naissances, mariages et décès de toute une série de communes du Bas Adour où, par chance, se concentre l'essentiel de mes ancêtres paternels).

 

Et j'ai trouvé, outre la naissance de Jean, un autre enfant au couple. Les deux enfants sont nés dans la commune de Rivière (appelée aujourd'hui Rivière-Saas-et-Gourby), Jean LAHILLADE en 1839 et Salvat LAHILLADE en 1843. On apprend que leur père, Jean HILLADE ou LAHILLADE était vacher à la naissance de Jean et laboureur à celle de Salvat, (qui porte le même prénom que son grand-père maternel). Et il n'est pas impossible que je trouve d'autres naissances pour le couple. Quatre enfants, à cette époque, chez les membres de ma famille qui sont pour l'essentiel des métayers ou des ouvriers agricoles, c'est assez peu.

 

Revenons à Jean HILLADE (ou LAHILLADE) père et son épouse Agne DARROUZET. On les quitte en 1843 à Rivière et on les retrouve à Saint-Paul-lès-Dax en 1857, presque 15 ans plus tard. Je ne sais pas trop ce qu'ils ont fait pendant cette période. Ils ont au moins élevé leurs enfants et ils ont travaillé, sans doute durement. En tout cas, ils ne figurent pas dans le recensement de 1846 de la commune de Rivière (mais sont dans celui de 1841).

 

Arrêtons-nous quelques instants sur ce recensement.

 

Extrait du recensement de 1841 pour la commune de Rivière-Saas-et-Gourby

Source : Archives départementales des Landes 

En 1841, Jean HILLADE/LAHILLADE est bien vacher comme l'indiquait l'acte de naissance de jean (celui né en 1839. Agne, elle, est couturière. Devrait figurer sur ce recensement leurs trois enfants : Margueritte, née en 1831 (10 ans environ donc en 1841), Jean, né en 1834 (6 ou 7 ans) et Jean (2 ans). On retrouve bien deux enfants dont l'âge correspond même si l'un porte le prénom de Dominique, ce qui, le lecteur de ce site le sait, n'est pas forcément anormal, de nombreuses personnes dans cette partie des Landes ne portant pas leur prénom d'état civil mais un autre, choisi je ne sais comment. Par contre, pas de Margueritte. Où est-elle ? Mystère. Enfin, un enfant de 14 ans est présent : Salvat VERGÈS. VERGÈS, nom du premier mari défunt d'Agne. Après une petite recherche, je constate que je suis passé complètement à côté de la naissance de cet enfant. Il est né en effet en février 1826, soit trois mois après le décès de son père, ce qui m'a conduit à ne pas faire de recherche de naissance après cette date. Ce qui est une erreur. Et cela montre qu'il est important de croiser les informations de plusieurs sources pour compléter ses données.

Notons également que la famille accueille en nourrice une enfant naturelle, Augusta LUDGEO, âgée de deux mois, sans doute confiée par l'hospice de Dax. Ce qui est confirmé par une recherche rapide. La petite fille est née de père et mère inconnus à Dax.

Les mariages des enfants d'Agne DARROUZÈS

 

Le premier des enfants d'Agne DARROUZÈS à se marier et l'un des deux enfant qu'elle a eu avec son premier et défunt mari, Pierre VERGÈS ou VERGEZ. Leur premier enfant, on l'a vu, une petite Catherine, meurt à l'âge de trois mois. Le deuxième se prénomme Salvat, comme son grand-père, Salvat DARROUZET. À l'âge de 28 ans, Salvat VERGEZ se marie avec une jeune fille de 20 ans, originaire de Tosse, mais qui vit avec sa mère (c'est une enfant naturelle) à Saint-Vincent-de-Tyrosse, où va se situer la noce. À ce moment là, Salvat VERGEZ vit avec sa mère à Saint-Geours-de-Maremne et il est laboureur.Nous sommes en 1853. Sa jeune épouse, Marie DUHAU est en "état de travail", c'est-à-dire qu'elle travaille sans avoir un métier précis, sans doute ouvrière agricole.

 

En 1857, la fille aînée de Jean HILLADE et d'Agne DARROUZÈS, Margueritte HILLADE se marie à Saint-Paul-lès-Dax, où elle vit avec ses parents, avec Vincent DESCASEAUX, DESCASAUX ou DISCAZAUX (l'orthographe de son patronyme varie selon les actes). Elle a 25 ans et lui 21. Il est laboureur et elle est cultivatrice. Il est né à Ossages, dans les Landes, mais, il vit désormais à Saint-Paul-lès-Dax avec ses parents cultivateurs. 

 

L'année 1862 est celle du mariage de leur fils Jean HILLADE, celui qui est né en 1834 à Saint-Geours-de-Maremne. Dans l'acte, ils ont retrouvé le nom de HILLADE et non celui de LAHILLADE, souvent utilisé. Jean et Agne sont présents et consentants ; il est journalier, elle est "ménagère" (c'est-à-dire femme au foyer). Leur fils, le futur marié, a 27 ans et il exerce le dur métier de terrassier, sans doute en lien avec le développement du chemin de fer et peut-être aussi le domaine de la construction (gare, école, mairie...), assez active à cette époque. La jeune épouse s'appelle Jeanne SIBÉ  et elle a 25 ans ; elle aussi, est terrassière. Elle est originaire d'Habas, dans les Landes. Ses parents sont toujours vivants et son agriculteurs dans la commune de Saint-Paul-lès-Dax. 

 

Quatrième mariage, celui de Jean LAHILLADE, qui est né à Rivière en 1839. Le mariage se déroule de nouveau à Saint-Paul-lès-Dax, toujours en présence de Jean HILLADE père et d'Agne DARROUZET. Mais cette fois, son père et son frère (témoin) sont présentés avec le patronyme de LAHILLADE, sans doute pour correspondre à l'acte de naissance de Jean. Jean est terrassier, comme son père, son frère et deux autres témoins. C'est une affaire de famille : parmi les quatre témoins, on retrouve donc Jean HILLADE, le frère, Vincent DESCASAUX, le beau-frère, Jean PEYRELONQUE, l'oncle par alliance (il a épousé la sœur d'Agne DARROUZET qui s'appelle Anne DARROUZET). Et ils sont tous terrassiers ! Seule exception, le quatrième témoin, Jean BÉNESSE, un jeune garçon de 23 ans, étudiant en médecine, ce qui est surprenant car il ne semble pas appartenir au même monde social que tous ces ouvriers. La jeune épouse s'appelle Elizabeth BILLÈRES. Elle est couturière, elle a 21 ans (24 pour son mari). Elle est la fille d'un charpentier, Jean BILLIÈRES de Saint-Paul-lès-Dax ; son épouse, Jeanne PEYRELONQUE (à priori sans lien de famille avec le témoin qui porte le même patronyme) est ménagère.

 

Pas de cinquième mariage. Je ne sais absolument pas ce que devient leur dernier enfant, Salvat LAHILLADE. Je n'ai trouvé aucun acte à son nom (ni mariage, ni décès). Je ne sais donc strictement rien à son propos en dehors de sa naissance. Comme il n'y a pas de recensement disponible pour Saint-Paul-lès-Dax entre 1819 et 1921, je ne peux donc pas vérifier s'il est vivant et habitant avec ses parents autour des années 1860, à la fin de son adolescence.

La fin de vie d'Agne DARROUZÈS et de Jean HILLADE

Jean HILLADE meurt sous le nom de Pierre LAHILLADE en septembre 1871 comme l'indique l'acte ci-dessous. Ce n'est pas la seule erreur ; on le dit natif de Josse alors qu'il est né à Saint-Geours-de-Maremne. Son âge est presque le bon : on lui donne 68 ans et il en a 67. Pas de retraite pour tout le monde à cette époque : il travaillait encore comme ouvrier (sans doute terrassier). On pet d'ailleurs noter qu'une des déclarants du décès est également terrassier à 70 ans.

Acte de décès de Jean HILLADE

Source : Archives départementales des Landes

Il a été beaucoup plus difficile de trouver l'acte de décès de son épouse, Agne DARROUZÈS et je n'aurai jamais réussi sans l'indexation proposée par le site Filae. En effet, Agne ne meurt pas du tout dans son département d'origine mais dans l'Hérault. Elle décède à l'hospice de la commune de Bédarieux, qui se situe à une quarantaine de km au nord de Béziers. Elle n'était que de passage dans la ville. En fait, elle vivait à ce moment-là à Saint-Georges-de-Luzençon comme domestique. C'est une commune de l'Aveyron ; elle se situe sur la route qui va de Béziers à Rodez.  

Extrait du recensement de Saint-Georges-de-Luzençon pour l'année 1876

Source : Archives départementales de l'Aveyron

Dans cette période sans retraite pour la grande majorité des habitants, Agne (ou ici Anne) a besoin de travailler. Elle est domestique du rentier Charles ALRIC. Pourquoi lui ? Pourquoi aussi loin de son département d'origine ? Mystère. Que faisait-elle à Bédarieux au moment de sa mort ? Pour quelle raison était-elle en déplacement ? Difficile de le savoir. À son décès en 1878, elle a 72 ans.

Acte de décès d'Agne DARROUZET

Source : Archives départementales de l''Hérault